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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-28 février 2011



Cy Jung feuillets — V-01 28 février 2011

 [34d]

Il n’est pas question que j’abandonne.

20.

On a envie de rire. On a envie de jouer. Sortir.
Jouer à sortir ? C’est étrange. Ce serait plus drôle de jouer à la poupée même si on n’y a jamais vraiment joué. On préférait jouer aux cartes, aux voitures électriques sur l’anneau de vitesse, ou jouer à mettre des pétards sous des boîtes de conserve et les regarder s’envoler.
On prenait les petites boîtes de champignons, celles qui étaient un peu en hauteur. Elles décollaient mieux que les autres, surtout si on prenait soin d’enlever le papier pour en réduire le poids. Il fallait courir vite ! On plaçait le pétard sur le ciment devant la cuisine, on l’allumait, on le couvrait de la boîte sans couper la mèche et on filait dare dare se planquer.
Boum !
On riait. Le chat avait peur. Mais chut ! c’est un secret. On a juré, du temps où on le pouvait, que l’on ne dirait jamais que l’on jouait à tirer la queue du chat, ni que l’on jouait à se battre ou à jeter des pierres chez le voisin. On ne l’aimait pas, le voisin. Il avait mis un mur autour de son jardin. Qu’avait-il à cacher ? On montait sur le figuier, pour observer. On n’y voyait rien mais on montait quand même et on jetait une pierre. Un caillou plutôt. On n’aurait pas osé lancer plus gros. On n’aurait pas aimé blesser quelqu’un.
Ça, jamais.
Même pas pour jouer.
Juré !
Et pour sortir ? Devra-t-on faire sauter une boîte de champignons avec un pétard mouillé vu l’humidité ambiante ? Ça nous fait rire. C’était le but.
Rire, même si rien ne s’y prête.
Rire. Est-ce par là que l’on doit sortir ?
Psssss…
Qu’est-ce que c’est ? On dirait que le foie se dégonfle. Peu nous chaut ! On n’en a plus besoin, du foie. Ni du reste. Même pas pour jouer ? C’est vrai que gratter une allumette sans les doigts, c’est assez compliqué. C’est comme se placer devant le nez d’un Rafale en vol pour l’obliger à se poser. Sans une bonne boîte de champignons qui décollerait à la verticale, c’est inespéré. Et avec une poupée ? On aurait dû emporter une poupée.
On l’aurait prise dans le poulailler qui nous servait de cabane et où l’on avait installé un lit à poupées, en osier, avec une petite armoire où l’on rangeait leurs vêtements. Elle était tendue de tissus à larges rayures jaunes et orangées. On la revoit très bien, cette petite armoire. Et le lit aussi. On montait dans le poulailler par l’échelle posée contre le mur. La porte restait ouverte. On n’aurait pas pu l’ouvrir toute seule. Alors on ne la fermait pas. On n’aurait de toute façon pas pu la fermer seule non plus. On y restait des heures, dans ce poulailler. Est-ce pour cela que l’on a choisi un jour de vendre de la volaille sur les marchés ? On l’ignore. Le destin est affaire si inextricable. Même ici, on n’en décode pas grand-chose. Il le faudrait pourtant si l’on veut sortir.
On pourrait descendre avec l’échelle.
Ou glisser sur la peau du poisson qui pue.
Il est plus sûr de jouer avec le destin, à défaut de poupée à décortiquer. On aimait tant leur parler, comme on parlait au chat.
Et à la boîte de conserve ? Oui, à elle aussi, on parlait.
Et aux champignons ? Non. Eux, on les mangeait.
Cela ne doit pas surprendre. Ici, on discute avec la tarte aux fraises et on joue à se gratter les pieds, à jongler avec la Bible et le dictionnaire, ou à balancer le tire-bouchons à la barbe du couteau suisse. On ne mange rien. On n’a que des os à ronger sans avoir de quoi réchauffer la moelle. On aurait vraiment dû prendre une poupée. Quel manque de clairvoyance !
On doit faire face, trouver une solution. On pourrait essayer de jouer à y voir plus clair. Quelle drôle d’idée ! Tout est joué avant quel âge déjà ? On a oublié. On a toujours préféré penser que l’on pouvait avancer autant que l’on croit là que l’on va pouvoir sortir. On nage en plein illusion à moins qu’il ne s’agisse du flot des humeurs qui suintent.
On pourrait jouer à l’amour.
— Vous pouvez préciser ?
On veut jouer à lever l’illusion, jouer à se faire peur, à se faire mal, à se faire croire que l’autre est unique, jouer à « donner ce que l’on n’a pas à quelqu’un qui n’en veut pas. » C’est Jacques Lacan qui a écrit cela. Ce n’était pas n’importe qui. On n’a pourtant jamais rien compris à cette phrase. On la trouvait belle.
Quelqu’un d’autre ?
On vire Lacan.
Il sort.
C’est mieux ainsi. On balance aussi le paire de merguez.
L’estomac est vide. Ses humeurs ont pollué le reste du corps, jusqu’à l’intérieur des poumons, on dirait. C’est sans importance. La chair a expiré. Et ça pue. Pourquoi jouer à l’amour si ça pue ? On confond tout ! On n’a pas de brosse pour peigner la poupée, ni de piles pour faire rouler les voitures. On pourrait jouer à la marelle. On aurait juste besoin d’une pierre un peu plate et d’une craie. On irait à cloche-pied jusqu’au paradis. C’est pas dit que l’on y trouverait la sortie.
Mieux vaut jouer à l’élastique, ou au jeu des sept familles.
On a viré Lacan. On n’a plus de famille. [27f]
C’est à pleurer. On voulait rire et voilà où cela nous mène. Dans une impasse, une voie sans issue, un corps sans sans canaux d’évacuation. C’est impossible ! On va trouver. On reprend Lacan. Il peut toujours servir. On ajoute de la moutarde. On en badigeonne l’intérieur du pain. On revient au jeu de l’amour. On doit établir les règles. C’est urgent. [34f]


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[34dDébut-2011:02:28

[27fFin-2011:02:16

[34fFin-2011:02:28





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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