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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-23 février 2011



Cy Jung feuillets — V-01 23 février 2011

 [31d] Je contrôle. [25f]

13.

Les mots se sont avérés incapables. Le corps, lui, aurait pu. Il n’a pas suffi. Le désir s’est dissout dans la parole méconnue. La chair est devenue fragile, friable, glacée. Elle a disparu. Le vide s’est installé. Il a rempli l’espace, et maintenant, c’est moi qui l’éprouve. J’ai froid, dedans, partout, à l’intérieur. Par-dessus mon tee-shirt, j’enfile une polaire, puis un pull. C’est inutile. Mon dépit a coupé le chauffage. J’ai froid, comme un corps qui meurt.
Je suis en vie. Je fais quelques mouvements de la tête. Mes cervicales ont souffert. Mon corps est en désordre. [17f] Il est incapable de faire mieux, incapable de respirer plus vite, de courir plus fort. J’atteins ma limite, 8,56 kilomètres/heures ce matin. Je ne sais plus dire. Je ne sais plus que me défendre. Courir. Les étirements n’ont pas réduit les courbatures. Je dois boire plus que ça, manger des protéines. Aller plus loin. Aller plus haut. Et pourquoi devrais-je ?
Parce que j’ai froid. Je grelotte. Ma bouillotte est percée. Je me calfeutre entre trois oreillers. Je rajoute une paire de chaussettes. Rien n’y peut. La douleur se répand comme un frisson. Elle vrille autour de chaque muscle. Le froid se propage de la même manière. Il est coincé sur les biceps, pour l’instant. Où va-t-il aller. Il guette une ouverture. Les cuisses. Il file vers les cuisses ! N’y a-t-il rien qui puisse le retenir ? Les genoux. Le ventre à présent. Les jambes. Je me transforme en statue de glace. Ce n’est pas bon pour le prochain record. Je dois me réchauffer. La myalgie m’empêche de bouger. Je dois boire, chaud, c’est encore mieux. Je fais du thé, vert.
L’adjectif me renvoie à une partie de football. Y a péno ! C’est évident. Boney M. me donne soudain envie de danser. Je suis sauve. [24f] Presque sauve. [26f]

14.

Pan ! Qu’est-ce que c’est bruyant, ce corps qui se délite !
On se rétracte. Pan ! Boum !
On sursaute.
On allume la radio, que la musique couvre les détonations. P… ! B… ! On se concentre sur la chanson. « Est-ce que l’on sera un jour puni ? ». Bonne question, et congrue. Elle nous rappelle que l’on a toujours eu un peu peur, de ce que l’on disait du purgatoire, de ce que l’on disait de Dieu, du paradis, de ce qu’il serait à jamais perdu.
Toc toc ! c’est nous ! On aurait peut-être dû apporter la tarte aux fraises. On nous ouvre. Saint Pierre est là pour nous faire l’annonce de notre destin. Où va-t-il nous envoyer ? Au chaud ? Au froid ? À droite, à gauche, en haut, en bas. Ailleurs. Est-ce lui qui décide où, avec qui, pour quoi faire ?
Sortir. C’est d’emblée moins urgent.
On monte le son. « C’est le Bon Dieu qui nous fait. C’est le Bon Dieu qui nous brise. »
Salaud !

15.

Pan ! [8f] [20d] N’y a-t-il pas d’autre moyen de rompre le silence. [10f]
Boum !
Je frissonne. Ce n’est pas le froid qui m’atteint. C’est la peur. Je suis seule dans l’appartement. Mes voisins sont discrets. Les doubles vitrages arrêtent les bruits en provenance de la rue. Silence.
Je tends l’oreille. Rien.
Serais-je devenue sourde en plus d’être aveugle ? Je frémis. Je tremble. Les cellules les plus fines se mélangent les unes aux autres. Elles se percutent, s’emballent. Je joins mes paumes. Le froid revient sur les biceps mais ce n’est pas tout à fait du froid. Cela ressemble peut-être à une courbature mais ce n’est pas une courbature. Ce n’est pas véritablement une douleur, pas une crampe. C’est comme un poids aussi lourd qu’il ne pèse rien, une présence, une expansion de la chair qui devient spongieuse pour absorber l’onde de choc d’un silence qui ma paraît sans fond.
Ça tire un peu. Ça gonfle. Ça va, ça vient. C’est là, telle une masse qui grouille. C’est accablant, désagréable, oppressant et pourtant, c’est précieux : cela dit que le corps est intact.
Je suis en un seul morceau, recroquevillée sur une chaise. C’est inespéré.
Boum ! Boum, boum !
Est-ce mon cœur qui bat ? Je tends l’oreille. Oui ! c’est lui. Mes paupières s’étirent à présent comme si une larme voulait venir. Le froid, de nouveau. La faim. Le vide. Pan ! Qui a tiré ? Qui va mourir ? Mes mains viennent devant mes yeux. C’est idiot. Pourquoi se cacher la vue quand la peur inonde ? Cela ne peut pas la chasser tant l’image est gravée loin, tout au fond du cerveau, indélébile.
J’entends une sirène qui s’approche. Je me lève d’un bond. Je cours à la fenêtre. Le camion rouge des pompiers passe en trombe. Il ne s’arrête pas. La sirène se dissipe. Je frissonne de nouveau. Mes bras se croisent. Mes doigts crochètent mon chandail juste sous les épaules. Je me rassemble. Je me rassois. Je me protège. Il faut absolument que le légiste puisse dire dans son rapport que je ne me suis défendue.
Je me tends de nouveau vers les battements de mon cœur. Je ne parviens plus à entendre. Je guette. Une goutte de pluie sur le zinc de la fenêtre ? Le soleil brille. Le tic-tac de mon vieux réveil peut-être ? Non, c’est une araignée qui doit grimper au mur ; il y a un frottement imperceptible à chaque coup porté sur le papier peint. J’ai froid, toujours. Je me serre un peu plus contre moi-même. Je m’étouffe. Je m’étrangle. Je dois crier pour reprendre de l’air, comme le premier jour. Quelle horreur ! Il y a du sang partout ! Je ne veux pas voir. Il faudrait que je me voile la face. Mes mains glissent sur mon visage. Je fais front. Je n’ai plus le choix.
Pan !
Mais qui veut me faire peur ? Qui veut m’atteindre ? Qui tire à vue dans mon silence ? Il me faut du bruit, vite ! Du bruit qui rassure. Du bruit qui apaise. Du bruit vivant. Je me recroqueville. Je cherche dans ma mémoire un son qui me sorte de l’épouvante. Une feuille tombe sur le gravier sous la fenêtre de ma chambre. Elle me glace. Je l’expulse. Je veux les cris d’un enfant qui pleure, le bruit d’un moteur de voiture, une musique qui fasse bouger le corps. Je voudrais me souvenir. Comment faire quand le son ne se produit pas ?
Pan !
Pourquoi toujours venir à celui-là ? Je ne l’ai jamais entendu. Je me lève. Il est temps que je refoule la peur. Je remballe mes cellules. Je fais quelques pas dans le salon. J’allume le tuner. France info me plonge aussitôt dans le reste du monde. C’est si bon, ces voix qui parlent. Ma chair reprend son aspect normal. Plus de crampes. Plus de frissons. Le vide pèse son poids. [31f]


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[31dDébut-2011:01:23

[25fFin-2011:02:13

[17fFin-2011:02:04

[24fFin-2011:02:12

[26fFin-2011:02:15

[8fFin-2011:01:18

[20dDébut-2011:02:07

[10fFin-2011:01:20

[31fFin-2011:01:23





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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