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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-11 février 2011




 [23d]

Il nous faudrait au moins une chanson de Joe Dassin pour remettre un peu de joie dans tout ça, un peu d’espoir. L’équipe à Jojo ? C’est parfait. [3f] On chaloupe. On grillerait volontiers une cigarette avec la bande. On roule des plumes dans une page vierge du dictionnaire. On badigeonne l’intérieur de la baguette de moutarde avant d’y glisser deux merguez presque brûlées mais dont un peu de jus coule encore.
C’est bon. Sortir. Autant faire simple.
« JF cherche âme pour aimer. » « Pour », « à » ? C’est toute la question.
« JF cherche. »
— Cherche ! Cherche ! Bon chien.
Qui parle encore ?
Qui parle ainsi ?
C’est déplaisant. Blessant.
Attention à ne pas balancer derechef la tarte aux fraises ! On a deux merguez en main. [22d]

10.

On tourne en rond. Assis. Debout. Couché. Un vrai truc de…
— Judoka.
Merci. [19f] On aurait pu craindre pire.
Assis. Debout. Couché. On s’ennuie. Sortir. On doit encore attendre. On s’occupe. Lire. Faire la vaisselle. Écrire, un mail, un texto. Payer le loyer. Tricoter.
On se mouche.
Brancher l’aspirateur. L’éteindre aussitôt. Courir. Regarder passer les trains. Traire les vaches. Gagner au loto.
On se gratte le nez.
On découvre un bouton juste à la base de la narine. On insiste. Pas de pus. Pas de sang. Pas de lymphe. Le privilège est toujours à l’estomac, qui se répand. Les viscères ne vont pas tarder à s’y mettre. C’est infect.
Étendre le linge. Se laver les dents. Ronger son frein. Chanter. Jouer. Scanner un article de Que Choisir. Allumer la télé. Danser.
On éternue, loin du dictionnaire. On épluche une pomme.
Caresser le chat. Reprendre la liste. Cuire des poires avec des pruneaux, des noix et de l’anis vert. C’était une recette que l’on avait inventée à partir du péréveck, un gâteau de Noël préparé par Marguerite. Elle est morte en 1968 d’un cancer. C’est ce que l’on nous a dit. On croit souvent ce que l’on nous dit, un peu trop, parfois. On croit surtout ce que l’on aime s’entendre dire. Logique.
On sourit. On se détend. C’est agréable de se souvenir, de Marguerite, de l’appentis qui menait au jardin tout en longueur avec des arbres fruitiers, de l’humidité tenace, du piano, de l’odeur de poire en cuisson, du petit grain d’anis resté coincé entre les dents. Il y avait aussi, chez le voisin, des bêtes ; la mémoire peine. Des moutons, peut-être, des chèvres, des poules ? Des bêtes qu’il fallait apercevoir. Ou des bêtes qui faisaient peur. On ne sait plus. Un fumet de lisier remonte. On revoit un escalier vermoulu qui menait à l’étage et que l’on n’empruntait jamais, une grande table, carrée, un buffet en bois noirci par le temps, une boîte en fer avec on-ne-sait-quoi à l’intérieur, une clé. Des choses comme ça. Le sourire de Marguerite. Sa bonté. On se souvient, soudain. C’est bon.
Il y a encore tant de bon dont on doit se souvenir. Engranger. « Si je reste… » dit une dame en anglais ; il n’en est pas question ; on ne parle pas sa langue ; on ne peut pas le lui répondre que l’on n’est pas là pour ça. On se tait. Sortir. Cela va venir. On ne doit pas s’ennuyer. On doit juste trouver le moyen, le moment. Renoncer. Réfléchir. Assis. Debout. Couché. On monte. On descend. On remonte. On ne prend pas l’escalier.
Aller au cinéma. Pêcher un poisson. Mettre du beurre sur la tartine. Ouvrir la boîte en fer. Courir dans le jardin. Cueillir des cerises. Crier. Tomber. S’écorcher le genou. Prendre une échelle. Monter. Descendre.
Le panier est plein. On reprend la petite annonce.
« On cherche. »
C’est court. Assis, debout, couché. Ça craque. C’est une côte qui s’affaisse. On l’a échappé belle. Ça fait mal, un coup de côte dans le dos. Ferions-nous dos à la côte ?
Il faut croire. [23f]


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[23dDébut-2011:02:11

[3fFin-2011:01:11

[22dDébut-2011:02:10

[19fFin-2011:02:06

[23fFin-2011:02:11





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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