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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-10 février 2011



Cy Jung feuillets — V-01 10 février 2011

 [22d]

10.

On tourne en rond. Assis. Debout. Couché. Un vrai truc de…
— Judoka.
Merci. [19f] On aurait pu craindre pire.
Assis. Debout. Couché. On s’ennuie. Sortir. On doit encore attendre. On s’occupe. Lire. Faire la vaisselle. Écrire, un mail, un texto. Payer le loyer. Tricoter.
On se mouche.
Brancher l’aspirateur. Courir. Regarder passer les trains. Traire les vaches. Gagner au loto.
On se gratte le nez.
On découvre un bouton juste à la base de la narine. On insiste. Pas de pus. Pas de sang. Pas de lymphe. Le privilège est toujours à l’estomac, qui se répand.
Étendre le linge. Se laver les dents. Ronger son frein.
On éternue, loin du dictionnaire.
Revoir la liste. Caresser le chat. Cuire des poires avec des pruneaux, des noix et de l’anis vert. C’était une recette que l’on avait inventée à partir du péréveck, un gâteau de Noël préparé par Marguerite. Elle est morte en 1968 d’un cancer. C’est ce que l’on nous a dit.
On sourit. On se détend. C’est agréable de se souvenir, de Marguerite, d’un piano, d’une odeur de poire en cuisson, du petit grain d’anis qui reste coincé entre les dents. On se souvient, soudain. C’est bon.
Il y a encore tant de bon que l’on ignore. On doit engranger. « Si je reste… » dit une dame en anglais ; il n’en est pas question ; on ne parle pas sa langue ; on ne peut pas le lui dire. On se tait. Sortir. Cela va venir. On ne doit pas s’ennuyer. On doit juste trouver le moyen, le moment. Renoncer. Réfléchir. Assis. Debout. Couché. On monte. On descend. On remonte. Aller au cinéma. Pécher un poisson. Mettre du beurre sur la tartine.
On reprend le petite annonce.
« On cherche. »
C’est court. Assis, debout, couché. Ça craque. C’est une côte qui s’affaisse. On l’a échappée belle. Ça fait mal, un coup de côte dans le dos. Ferions-nous dos à la côte ?
Il faut croire.

11.

J’ai envie de manger quelque chose, d’avoir la bouche pleine. Quoi ?
Une douleur au creux de l’estomac y fait écho, une douleur de vide, un point, pas si gros, mais précis. Il indique un endroit, juste derrière le plexus, je crois. Dès que j’ouvre la bouche, il grossit d’un coup et crée uns sorte d’appel d’air. Un sabre me fend, du dedans jusqu’au dehors. Ma salive forme des bouillons, chauds et âpres comme du sang. Elle déborde. Une gorgée de café la ramène vers l’intérieur. Le point rengaine son sabre. Il attend la prochaine respiration pour tenter un nouvel estoc.
J’esquive. Je fais un demi-tour sur moi-même. Un yaourt ? Une orange ? La bouche n’aura pas son compte. J’ai besoin de mâcher. Croquer. C’est le point, béant, qui le réclame. Un biscuit ? Du chocolat ? C’est calorique.
Parfois, quand je mange du chocolat, je sens les cellules adipeuses droper sous la peau de mon ventre. Elles courent vite, si vite qu’entre mon gosier et le deuxième bourrelet, l’estomac n’a pas le loisir d’en profiter. Elles s’installent. Elles grouillent. Et le point qui marque le vide en est exempt. [22f]


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[22dDébut-2011:02:10

[19fFin-2011:02:06

[22fFin-2011:02:10





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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