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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-7 février 2011



Cy Jung feuillets — V-01 7 février 2011

 [20d]

14.

On a oublié de manger la tartine. Ce doit être pour ça que l’on avait faim, à cause de cet oubli. Rien d’autre. Absolument rien d’autre. On ne s’alimente plus depuis que l’on est là, coincée. Est-ce un signe de l’on ne sait quoi ? Cela ne peut pas : rien ne nous a jamais empêché de manger, ni le bonheur, ni le chagrin, ni l’envie de rien, ni autre chose. C’est plutôt une question d’état et d’estomac, qui a implosé. Il faut dire que l’on est dans une drôle de posture, un peu en vrac, là, à tenter de recoller les morceaux de l’histoire d’un corps qui part en charpies avec l’idée d’en sortir tout en ignorant comment et quand. Peut-on panser les plaies ? Le faut-il ?
Il est sans doute trop tard. On se souvient d’un pasteur qui disait, lors d’une cérémonie commémorative, qu’il n’était plus lieu de se lamenter de ce que l’on n’avait pas fait quand l’autre était vivant alors que maintenant il est mort. Il invitait alors l’assemblée à prendre le souvenir et à le porter à la mémoire. Les plaies sont béantes. Le corps se délite. Et l’on assiste à ce spectacle peu ragoutant, impuissante, prête à tout pour en sortir parce que notre place n’y est plus, quoi que l’on ait fait, quoi que l’on ait dit. Sortir.
Comme pour une résurrection ?
Et puis quoi encore, on n’est pas la fille de Dieu. Dieu ne peut pas avoir de fille. Les filles n’ont pas d’âme. Elles ont des gros nichons qui alimentent de leur lait les fils, futurs guerriers, futurs pasteurs, pas des pasteurs du genre de celui dont on se souvient, mais du genre des autres, de ceux qui mènent le monde comme un berger ses moutons.
Le chien aboie. On va tous dans la même direction.
Par là.
Ou par ici. On préfère, en général, aller là où l’on n’y est pas.
Penser. Sortir. C’est aussi une méthode. On y songe.
Boum !
C’est quoi qui explose ?
— Le nichon.
Ça peut exploser, un nichon ?
On pourrait aussi déduire des paroles du pasteur qu’il est urgent de faire ce que l’on à faire, aimer ceux que l’on à aimer. Il était gentil, le pasteur, mais on fait ce que l’on peut, chacun, quand on est du côté de la vie où Dieu est engraissé par nos prières pour nous bercer de ses illusions. On peut toujours y croire ; cela ne mange pas de pain. Justement, cette tartine. Où est-elle passée ?
Boum ! Encore. C’était bien le nichon, le second.
Ça fait toujours peur, un nichon qui explose et envoie son tétin au ciel afin de le placer en orbite de la Terre et confier l’humanité à la surveillance d’un mamelon géostationnaire. Pourvu que saint Pierre se le prenne dans l’œil que l’on rigole, un peu ! Voyeur ! Goujat ! C’est mauvais pour la concentration le lait qui se transforme en charge explosive. On a perdu le fil. Et mangé la tartine. Et la réponse, on l’a lue ? C’est que… On a oublié de dire que l’on avait reçu quelque chose. On n’a pas ouvert l’enveloppe. On était émue. On l’a reçue. On va pouvoir sortir. Enfin. Il était temps. On commençait à se sentir pourrir de l’intérieur à l’instar de la chair alentours.
Sortir.
Ouvrir. La réponse.
Lire. Où a-t-on mis nos lunettes ?
Boum !
Serait-ce le deuxième nichon ?
Non, il a déjà explosé. C’est l’œil cette fois. Ou le cerveau, on ne sait plus. On ne sait pas. On oublie le corps qui part en vrille. On ne pense plus qu’à cette réponse qui est venue. On voudrait la lire. On sait pourtant qu’elle est vaine. Doit-on déchirer l’enveloppe ? Non. Il faut la laisser se défaire d’elle-même. Et puis, il n’est pas question de mettre ces mots-là dans le dictionnaire. Ils seraient foutus de trancher dans le mauvais sens. On doit oublier la réponse. On cherche une issue. On fouille l’endroit. On voudrait retrouver la tartine. On a oublié l’avoir mangé. On y avais mis du beurre. Ça glisse. Ce n’est pas comme la réponse.
Quelle réponse ?
Ou oublie. On n’a rien reçu, rien d’autre que des tartes aux fraises et des poissons qui pue. Des Bibles. On est là. On passe à autre chose. On doit encore attendre. Sortir. On n’y est pas. On a du chemin à faire. On se gratte un peu les pieds. On grignote une miette tombée sur le pantalon. Le pasteur disait… On vérifie que l’on a bien fait ses lacets. La route est longue, surtout quand elle s’allonge à chaque pas.
Que disait le pasteur, déjà ?
On se souvient qu’il était aussi question de pardon. [15d]

15.

Pas les seins, s’il te plaît. Je n’aime pas ça. Passe les seins. Passe à autre chose. Je t’offre mon ventre. [20f]


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[20dDébut-2011:02:07

[15dDébut-2011:01:31

[20fFin-2011:02:20





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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