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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V05-4 octobre 2012



Cy Jung Feuillets — 4 octobre 2012

 [275d] [116d] [116d] [115d] [114d] [116d]
 [188f] [189f] [194f]

53.

On se gratte les pieds.
On pourrait tout aussi bien éplucher des haricots verts. Des carottes, des poires, des petits pois, des oranges, tous les fruits, tous les légumes. La nourriture n’en serait que meilleure et cela occuperait nos mains à autre chose qu’à triturer la chair et sarcler la peau.
Tricoter.
C’est ce que l’on a fait pour arrêter de fumer. On a pris un crochet, du coton, de la laine. On a monté une chaînette de cinq ou six mailles. On l’a fermée d’une simple maille coulée. Une autre en l’air pour commencer un premier rang. Des mailles serrées à suivre en calculant au mieux les augmentations. On a fabriqué ainsi de jolies pattes à casserole, des patins pour le parquet, des écharpes, des ponchos avec col roulé. Puis c’est devenu compliqué. Plus le crochet était fin et les modèles pointus, plus on se perdait dans la succession des mailles et des rangs. C’était fastidieux. Alors, on a remisé notre ouvrage, dans un carton, à la cave, entre un reste de carrelage et un jeu de Monopoly.
Ranger.
Renoncer.
Il semble que l’on y ait gagné quelque chose, une sorte de sérénité qui nous faisait jusqu’alors défaut. Et sans que rien ne l’annonce, on n’a soudain plus eu peur du mal que l’on aurait pu nous faire.
On n’y croyait pas trop. On s’observait grandir.
On s’est remise à lire. On aimait de moins en moins regarder la télévision. On écoutait de la musique. On travaillait. On furetait sur la toile. On écrivait des mails. On buvait des cafés froids. On allait se promener seule ou avec des amies chères. On dînait. On militait, beaucoup. On faisait du judo, encore plus. On courait. On cuisinait. Et l’on téléphonait en faisant les cent pas.
Marcher.
Compter.
Et s’assurer du contenu de la liste. [190f]

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Une vachette. Des chocolats. » [113f]

Quelque chose cloche. On lève les yeux au ciel. On se frictionne le menton. On avale une gorgée de salive. La faille émerge. Il semble que l’on doive changer l’ordre des choses, la vachette cohabite mal avec les chocolats.
On modifie.
On biffe, sans éliminer.
Cocher.

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une vachette. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Des chocolats. »

Vingt et un. Le calcul tombe juste sans qu’il n’y ait besoin d’y ajouter des haricots verts. Le nez coule de nouveau. On vérifie que le dictionnaire est bien fermé. On n’a pas envie de lire la Bible. On écouterait volontiers de la musique mais on n’en a pas apporté. Les cordes vocales sont-elles en état de chanter ? La réponse est non. Dommage. On se gratte les pieds. Ils ont perdu une bonne partie de leur peau. On se rabat sur la tartine puis sur une omoplate. On racle d’abord, on ronge ensuite. Le repas est terminé. Dieu passe l’éponge. On va pouvoir se reposer jusqu’à la prochaine cène.
Manger.
Dormir.
On a envie de rêver.
On suce notre pouce, pulpe collée au palais. De l’autre main, on fait rouler une mèche de cheveux. On est retombée en enfance.
Chouiner.
On y renonce. Cela donne mal à la tête.
Caguer.
On aurait dû prendre du papier pour s’essuyer les fesses. Cela ne sent pas très bon sans que le poisson qui pue n’y soit pour quelque chose. Et ça colle ! On se retourne. Le poumon émet un long râle putrescent. Ce sera le dernier. C’est heureux. Cette émission était vraiment dégoûtante. On attrape la poupée. On la sert fort dans nos bras. Le rose de ses joues nous console. Sa perruque synthétique nous chatouille un peu. On s’en moque. On est bien. On a envie que cela dure.
Pour l’éternité ?
On ignore de quoi il s’agit.
Persister.
On pose la tête dans le creux de l’estomac. On ferme les yeux. On imagine un jardin luxuriant, avec un pommier et un magnifique serpent qui s’enroule autour du tronc, langue fourchue en direction d’un fruit presque mûr.
— C’est le Paradis !
Et puis quoi, encore ? Judas, tu sais bien que l’on n’a pas envie de paradis, surtout s’il se situe en pleine nature, avec toutes ces bêtes qui mordent et toutes ces plantes qui piquent ! On a si peur des serpents… On frémit. La chair y perd de sa consistance. On a peur, Judas ! On a peur au souvenir de cette vipère écrasée sur la route alors que l’on passait à mobylette. Maman conduisait la mobylette. On était assise sur le porte-bagages. Le serpent était venimeux. Même réduit à l’état de crêpe, il aurait pu attaquer.
Tuer.
La mobylette itou.
Elle était rouge, comme du sang. Rouge, comme la cocarde, comme la tache qui noircit le poil du taureau quand on plante la banderille.
— Olé ! [114f]
La vachette pointe ses cornes, tête haute, queue basse, poil luisant. Elle frappe le sable du sabot. Elle souffle. On la rassure. Elle se rendort. La paix règne dans la boîte, la concorde. La violence est en panne. On congédie le rêve. On garde les yeux fermés. On voudrait que quelque chose se passe, quelque chose de doux, de tendre, de bienveillant. On voudrait y aller comme l’on chemine parfois dans la fraîcheur du matin, offerte à ce jour que l’aurore annonce, sereine, souriante.
Où irait-on ? C’est comme quand il s’agissait de partir en vacances, on ne sait pas où aller. Il va falloir pourtant trouver. On pressent que cela nous aiderait à sortir. On est revenue à la case départ. On chasse le dépit qui pointe à fleur de nichon. Il vole. On lance les dés. On doit avancer. On a toutes les clés, même celles que l’on croyait restées posées dans l’entrée près du tournevis, du stock de mouchoirs en papier et de la montre chronomètre.
Quelle est la porte qu’elles déverrouillent ? On appuie sur la première poignée venue et l’on affronte l’évidence.
L’espace est toujours clos.
La chair ne s’échappera pas de la boîte. Elle va y pourrir et ne se mêlera à la terre que le jour où le bois et le capiton se désagrégeront. Cela peut prendre du temps, surtout que le chêne semble bien verni et correctement traité contre la moisissure, les vers et autres parasites. Cela ne nous arrange pas. On va devoir s’en extraire par soi-même à moins que notre destination n’ait rien à voir avec la matière telle qu’on l’a connue.
On a pourtant besoin du corps, pour éprouver.
Désirer.
Réputer.
C’est comme la Samaritaine avec son eau, sa cruche et la soif.
C’est comme tout, la mort, la boîte, la chair, la liste, une figure, une parabole.

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une vachette. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Des chocolats. » [115f]

On épluche la corde à linge. Elle rouillait sous sa protection en plastique. On l’enduit de moutarde. Elle dit que ça brûle. On calme la douleur avec un peu de tarte aux fraises. La poupée prépare le cartable de la vachette et le dictionnaire s’offre la tartine. Tout le monde est à son aise. La chair est apaisée. Elle se délite sans bruit. On dirait même qu’elle commence à ne plus trop fouetter. [273f]
On retire la pince du nez. En effet. On ne sent plus rien à part les émotions, bien sûr, qui restent vives. Elles se cherchent un objet de désir, un purgatoire. Non, un exutoire. Ce n’est pas parce que les mots riment qu’ils disent la même chose. Le dictionnaire tranche et la Bible étanche la soif de la Samaritaine. Cela lui donne un air de déesse grecque petite tunique vaporeuse et épines sur la tête en moins. [193d] [118d]
Planer.
C’est aussi un moyen de sortir. Encore faudrait-il une substance hallucinogène qui nous transporte.
— Je suis là !
Mais non, Judas ! on ne va pas sniffer des lentilles.
— Arrête avec cette histoire de lentilles. Tu te trompes de personnage !
Ne te défile pas ! Tout le monde le sait, Judas, que tu t’es vendu au diable.
— C’est toi qui dérailles. Retourne lire la Bible, tu verras.
Et puis quoi encore ? On n’est pas dupe. Toutes les histoires se valent, avec leur lot de mensonge, de trahison et de souffrance. On ne veut plus voir ça. Plus jamais. On remet la pince sur le nez. C’est plus sûr. On ouvre le dictionnaire. On voudrait savoir ce que signifie « avunculaire ». Le mot était resté dans un texto en attendant que l’on ait la gentillesse de le prendre en considération. Voilà qui est fait.
Le dictionnaire répond que c’est une histoire de tante.
— Pédé !
Et d’oncle.
Judas ! excuse-toi auprès de la dame.
— Que dalle ! [111d]
Ce Judas est vraiment grossier pour un personnage biblique. Cela ne nuit-il pas à la crédibilité de la foi ? Il faudra que l’on demande à Dieu ce qu’il en pense à l’occasion de la prochaine vaisselle.
— En Judas, Je me mouille.
Satanée clochette !
On fait une boule de la chaussette et on la lance pour la faire taire. Cela produit un bruit sourd, comme un tocsin. Quelqu’un est-il mort ? Ou alors, c’est la guerre. On tend l’oreille en prenant soin de ne pas l’égarer. On n’entend ni le son du canon ni le bruit des bottes. Il faut dire que la guerre est parfois sourde ; elle n’en est pas moins meurtrière.
Vaincre.
On brandit une sandalette sortie de nulle part. On manque de se couper. On la remet dans son fourreau.
Résister.
On récupère la chaussette. On dénoue la boule. On y emballe le foie. Il commençait à s’émietter. La chaussette n’y suffit pas. On ajoute du tissu adipeux. La solution est dans la chair. On le sait. Elle donne cette forme particulière de joie qui porte l’esprit vers la créance. On court après la Samaritaine ; elle est trop rapide ! On l’a perdue quand elle a tourné le coin de la fontaine. Il nous en faut une autre. Où va-t-on la trouver ? L’eau se vend désormais en bouteille. On reprend le dictionnaire. On veut savoir quel est le mot qui suit « avunculaire ».

« Awalé. » 

C’est une idée.
Jouer.
Cela nous occuperait.
On marque la page avec le couteau suisse. On balance la tête comme si une douce musique nous berçait.

« Lalala. »

Ce n’est pas un leurre. Léonard Cohen chante The Faith.
La foi.
On y est. On est là.
Et Dieu ?
Il essuie la vaisselle.
Déjà ? On ne se souvient pourtant pas du partage d’un autre repas.
Sortir.
On sourit d’abord. On salue la chair. On flatte le corps. Ce qu’il reste des muscles bande. Les tendons jouent de la cornemuse en duo avec les humeurs presque solides à présent. L’épiderme s’offre une dernière jeunesse — quel Don Juan ! Le clitoris reste en retrait. Les yeux se voilent derrière la poussière du cerveau. Des larmes ont cristallisé sur les joues. On n’y touche pas. Elles brillent comme des perles. Ce sont des larmes de joie.
La foi.

« Lalala. »

On tire la langue. Il ne sert à rien de s’y dérober.
La foi.
On l’a. On la tient. On ne la lâche pas. [109f]

« Lalala. »


— Tralalère. [110f] [112d]
Sortir.
On y croit. [116f] [192d] [274f]

54.

Je pompe. Mes muscles souffrent. J’inhale bouche grande ouverte pour les alimenter du maximum d’oxygène. Ma sueur, sur ma nuque, tente de les rafraîchir. Elle dégoutte le long de l’échine et glace. Je fume. Je veux en faire dix. Je sais que je le peux. Je m’applique. Je plie les coudes. Je serre les fesses. Mon ventre se tend. Je déplie de nouveau les bras. Je marque une pause d’une fraction de seconde. Je redescends, le menton à fleur de tapis. La sueur brûle mes yeux. Je secoue la tête. C’est l’hécatombe. Les gouttes se précipitent, le long du nez, sur les joues, depuis les tempes. Mon crâne est un déluge. [106f] Je me vide. Je m’écoule. C’est le mal qui s’échappe, la douleur, le trou, la faille. J’exsude. Mon corps recouvre son unité, ma chair sa plénitude. Je me liquéfie et pourtant, je suis comble. [195d] [122d] [120d] [119d] [191f]

55.

On éteint la cuisson des carottes. On couvre, sans égoutter. On ferme un œil Puis l’autre.
Rêver.
On est sur une île. C’est la guerre. On doit se cacher. Les Allemands sont partout. On erre de fossés en troncs d’arbre. On est à bout. On ne sait plus où aller. On s’assoit sur les talons au bord de la route, et on mange des bonbons. Des soldats patrouillent. Ils ne nous voient pas. On reste là. On se gave de friandises. On dirait que cela nous rend transparente à cette armée qui a envahi l’île. Une voiture s’arrête. Ce sont des Japonnais. On monte à l’arrière, coincée entre deux grands gars assez costauds. Deux autres sont à l’avant. La voiture roule jusqu’à une entrée de parking sous un immeuble, de ces parkings auxquels on accède par un ascenseur. On reste dans la voiture. L’ascenseur nous emporte. Arrivé en bas, on emprunte un escalier, puis une échelle de corde, et tout au fond du fond il y a une grande salle, immense, peut-être infinie. Des gens sont assis, des milliers de gens, serrés pires que des poissons qui puent dans une boîte de champignons. Et pourtant, l’on trouve tout de suite une place. L’homme à côté de nous nous sourit. On est sauve.
Vivre.
Loger.
La poupée nous tire par la manche. Elle nous réveille. On secoue la tête comme un animal qui s’ébroue. On est contrariée par son intrusion dans le rêve. On la rudoie.
Elle s’excuse. Elle voulait juste que l’on raconte une histoire.
On baisse d’un ton.
C’est vrai qu’on l’avait promis. On demande un répit. On veut retourner dans le rêve. On racontera l’histoire ensuite. On le jure. On est si bien, là, au milieu de ces gens assis les uns contre les autres, agglutinés sans pour autant qu’ils ne soient collés. L’espace de chacun est respecté.
On est vraiment bien.
On est en sécurité.
Et chose plus étrange encore, ce sont des Japonnais qui nous ont sauvée des Allemands.

56.

On voudrait retenir le rêve, que la vie lui ressemble. Ou la mort.
Qu’importe !
On ne va pas se laisser embarquer dans ce genre de détails.
Sortir.
On enfile un kimono. On salue le tapis. On écoute la consigne.

« Sasae tsuri komi ashi. »

Le mot est joli. La prise est redoutable.
On prend la garde. On tire sur la manche, bien à l’horizontale. On bloque le pied, plante sur la malléole. On pivote. Uke tombe. Son bras fouette le tatami. On le suit au sol. Il nous retourne comme une crêpe. On est coincée. On tente l’écrevisse. Uke appuie de tout son poids sur nos côtes. Ça craque. On s’en moque. On aime le corps à corps, sentir la compression des chairs, éprouver son souffle, son odeur. Cela nous rappelle… Oui ! cela nous rappelle…
« Mais quoi donc ? » crie la poupée.
On hésite.
Est-elle en âge d’entendre ce que l’on aurait à raconter ? Et le restant de la liste ? On ne voudrait choquer personne, surtout pas Dieu dont chacun sait qu’il a la morale pudibonde.
— C’est bien mal Me connaître.
Judas… Tais-toi.
On est fatiguée de tes remarques acerbes. On n’a plus même la force de hausser les épaules. On a soudain besoin de silence et de repos. On s’allonge sur le dos. On respire lentement. On baisse à nouveau les paupières. On pose les mains sur le ventre. Hara. On cherche une image. On aimait faire basculer l’esprit au cœur d’un rêve érotique pour s’endormir. On puise dans nos souvenirs. On croise une vague représentation de la Samaritaine, son boléro noir, sa jupe rouge, ses bas résille et sa culotte en chiffon de comptoir. [121d]
On doit confondre. Elle ressemble à Carmen.
— Prends garde à toi !
Mais Dieu, je t’aime.
On déraille. Voilà que l’on prend Judas pour Dieu, à moins que ce ne soit l’inverse. [118f]
Dériver.
Il nous faudrait un canot, ou une bouée de sauvetage, un rondin. On n’a rien de tout cela. On est au milieu de l’océan. On maintient comme on le peut la tête hors de l’eau. On nage. On rame. On flotte sur les illusions.
Botter.
Si seulement on faisait une touche, il se passerait enfin quelque chose, ceci ou cela, qu’importe ! pourvu que ce soit doux, tendre, bienveillant. Si seulement… Il y a eu tant de choses qui sont passées sans qu’elles ne soient ainsi, tant et tant que l’on pourrait craindre que l’amour ne s’y résume.
Souffrir.
Il n’en est plus question.
Aimer.
Jouir.
On ne veut nulle autre addition. On paie la note. On quitte la table sans laisser de pourboire. On enfile une paire de solaires. On gaine. On ouvre les épaules. On sourit. On avance au milieu de la route. On repère un jardin public. On y entre. On tourne autour de la lettre d’amour. On hésite encore à la lire. Elle renferme une telle quantité de malentendus et de blessures ! Et d’amour, aussi. De désir plutôt. D’excitation. Comment ne pas confondre les trois ? On n’a pas la réponse à cette question. On en appelle au clitoris. Il est incapable de se prononcer, ratatiné qu’il est sous son capuchon. La vulve alentour n’en mène guère plus large. On frotte un peu avec l’oreiller. On fait trois vœux que l’on garde secrets. Rien ne se passe. La pompe à cyprine est hors service. Il va nous falloir trouver une autre source de jouissance. Tant va à l’eau…
Foutue Samaritaine !
Elle est partie, envolée et le désir avec.
On invoque le secours de la Bible. Elle suggère le Cantique des Cantiques. On lit. C’est cochon ! La vachette proteste. Elle ne veut aucune concurrence animale. On la rassure. Carmen a embarqué la Samaritaine qui de toute façon ne nous a jamais désirée.
— Salopes !
En effet.
La vachette se rassoit et s’endort sur sa position dominante, cocarde en berne. On l’observe. Elle nous inspire un retrait stratégique. On choisit de se planquer dans l’entre-deux-fesses. C’est exigu et fétide mais il y fait bon. On va pouvoir se refaire une santé jusqu’à recouvrer le désir, la joie. Les deux vont si bien ensemble… La chair soupire.
Jouir.
Sortir.
Ce n’est pas l’envie qui nous manque. C’est quoi alors ? Quelque chose comme un ressort.
Sauter.
Tel le diable qui jaillit de sa boîte ? [117f] Encore faudrait-il que le couvercle se soulève au bon moment.
— Il se soulèvera.
Qu’en sais-tu, Judas ? Quand sais-tu ?
— Je sais. Écoute-Moi.
Qui donc fait derechef tinter cette satanée clochette ? C’est agaçant.
On regarde au loin. Il n’y a personne. On est seule dans la boîte avec la chair qui se délite et les éléments de la liste qui attendent l’histoire.
On est seule.
À moins que… [124d] [123d]
Aimer.
On y est. [119f] [192f] [197d] [196d] [275f]


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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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