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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V05-23 septembre 2012



Cy Jung Feuillets — V05-23 septembre 2012

 [269d] [267f]

37.

C’est peut-être la nuit. On vient de le dire. Ou alors, c’est l’hiver. La nuit est parfois douce au printemps. On grelotte. On cherche un souvenir qui réchauffe et, d’une courte pensée blasphématoire, on met le feu à la Bible.
Bafouer.
Étreindre.
On se souvient du contact des corps en randori. La pression coupait le souffle et brisait les côtes. On en sortait épuisée, repue de chair, affamée. On salivait das le métro du retour à l’idée d’un gratin de légumes aux crevettes ou d’une pizza aux ingrédients impossibles, spécialités de ma-Jeanine, en plus des crêpes, chacun sait.
On en bave.
On s’essuie le coin des lèvres d’un revers de kimono. On tend encore l’oreille. Il n’y a véritablement aucun bruit. Ce n’est pas si désagréable. La sensation nous surprend car l’on avait peur, avant, quand il n’y avait aucune trace sonore d’une présence. On avait peur du vide. On se sentait comme abandonnée, perdue, égarée. Ici, c’est différent. Le silence ne raisonne pas comme un vide qui lui ne résonne pas comme un manque.
On éprouvait souvent le vide. Cela nous faisait souffrir.
Beaucoup.
Et le manque ?
On ne veut plus souffrir. [179f]
Sortir.
On doit conjurer le mal qui nous ronge. On doit trouver la joie. On doit. Le devoir va bien avec l’ordre. [88f]
Et la joie, cela va avec quoi ?
On y travaille.
On encourage la chair qui se délite à activer l’enzyme glouton. Le processus est bien enclenché. Elle part en vrille. Des trous se forment. Des vides, si vides que ce qui faisait mal en est désormais absent. On s’approche de l’antimatière. On va pouvoir y puiser la solution, celle dans laquelle la souffrance se précipite. [177f]
On doit prendre les devants, oser, agir, et se préparer à sortir quels qu’en soient la voie et le prix. On sacrifie l’oreille gauche qui n’entend plus. On la jette. Un tendon la ramène contre la tempe. On l’évite de justesse. On relance. Elle revient. On joue au yoyo quelques instants. On se lasse vite. On cherche une paire de ciseaux pour couper les quatre poils que l’on a sous le menton. Ce n’est pas joli. La toilette a été mal faite. Pourvu que ce soit là la seule erreur commise au moment de la mise en bière ! On ne veut pas que le corps brûle. On veut le sentir pourrir, lentement. Cela va bien avec le silence.
Blettir.
Corrompre.
On y retourne. On s’y consacre.
On se tait.
On passe la couette par-dessus la tête pour accélérer le processus de décomposition. On branche le fer. On y verse un peu d’eau riche en calcaire. On ne craint pas qu’il s’entartre. C’est si rare que l’on s’en serve. On sort la table oblongue. On déplie la jeannette. On profite de la place libérée pour s’étirer les trapèzes. On fait quelques moulinets pendant que le fer chauffe. On fredonne Les mots bleus. On retire la chemise du cintre où elle a séché. On la repasse, le col d’abord, les épaules, les manches, le devant, le dos. On évite les faux plis. On enfile un pantalon propre. On cire nos chaussures. On se lave les dents. On se coiffe. On se parfume d’un jet d’Amour version Kenzo. On vérifie dans le miroir que l’on est prête et que des quatre poils il n’en reste aucun.
On ressemble à un croque-mort.
On ne change rien. L’endroit s’y prête.
Sortir.
Qu’est-ce qu’il nous manque ?
On reprend la liste, pour vérifier. Au cas où. On ne sait jamais. Il ne faudrait pas oublier quelque chose.
Omettre.
C’est moins compliqué que d’aimer.
Aberrer.
On a fait un mauvais rêve. On avait envoyé un texto en se trompant de destinataire. On a eu peur. On sort faire des courses. On ouvre la boîte aux lettres. Il pleut. Elle est vide. On attrape Caddie par la poignée. On vérifie que l’on a bien mis la liste dans la poche ventrale, avec la carte de fidélité et les piles à jeter au recyclé. Des mouchoirs en papier. De l’argent. Des clés. On n’a pas besoin de lunettes. On cherche un bonbon. On laisse le papier.

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. »

Depuis, on a ajouté une échelle, une poupée, une paire de merguez, Jacques Lacan, une tarte aux fraises, un pétard sous une boîte de champignons, Dieu, une lettre d’amour et une corde à linge. On thésaurise et le vide augmente. On entasse, et l’on en oublie la moitié, le quart. La totalité. On se tasse au creux de l’estomac. Il fait si froid, dehors, dedans.
A-t-on le nécessaire ? On relit, et l’on coche.

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. »

Tout est là.
Même Dieu ? On hésite.
S’il y est, c’est le plus à plaindre, dans cette histoire. On le malmène. On le conteste. On le combat ? Il s’en remettra. [52f]
On a plaint Dieu. On en a deux. On rit. Pas trop, c’est carême.
Jeûner.
Il n’en est pas question. On préfère niquer la Samaritaine, lui piquer sa cruche avant qu’elle ne se casse.
La cruche ?
Non, la Samaritaine.
Elle est pourtant un peu cruche avec sa jupe longue et son petit boléro noir d’où émerge un nichon qui abreuve la soif de Jésus. On rit encore. On n’y croit pas à notre bonne humeur. C’est pleurer que l’on devrait, ou se morfondre. On se sent pathétique, parfois. Il ne faut pas.
Sortir.
Oui, ça ; on le doit.
Boire.
Prier.
On n’a jamais su. [89f] [93d]
Alors, on attend.
On ouvre la Bible. On rejoint la Samaritaine. On y trouvait tout. On n’y trouve plus rien. Un grand hôtel a pris la place. Le champagne y coule à flots. On se gratte le nez. On se le pince. On n’a jamais aimé le champagne. On trouvait que cela sentait le poisson qui pue. On préférait les lettres d’amour. À chacune, l’émotion nous tirait une larme et, comme dans le dictionnaire, la larme effaçait les mots alors que les mots n’effacent jamais rien. Ou presque.
C’est trop compliqué.
— C’est comme l’amour.
Et le pardon.
On était en manque d’amour. On aurait voulu… Quoi ?
On aurait voulu quoi ?
C’est comme prier, on n’a jamais su.
Peut-être que l’on aurait voulu une pizza à la place de la tarte aux fraises ? Une pizza avec des merguez, mais sans moutarde, et sans œuf, avec une tonne de poivron, et d’oignon. Quelques olives, noires, bien sûr. Une pizza pas trop cuite, avec une pâte plutôt épaisse. Une pizza en entrée. Une tarte aux fraises pour le dessert. Ça fait beaucoup ! Et pourtant, ça ne comble pas.
Ça remplit.
Ça écœure.
On vomit.
Non, ça, c’est l’estomac qui libère ses dernières humeurs. [53f] Ça mousse comme du champagne. Et ça pue, pareil. On sort une coupe. Elle est déjà pleine. On trinque à la santé du vide, du manque, de la Samaritaine, de l’oreiller et du dictionnaire. On l’ouvre au hasard.
Faillir.
On n’a jamais cru au hasard. [181d]
Qui a failli ?
Dieu, peut-être. La Samaritaine, sûrement. Et Jésus, qui a dit à son père que ce n’était pas Lui, ce qui était somme toute assez méchant de la part d’un petit gars qui prétendait dire au monde ce que devait être son humanité.
— Pédé !
Judas, s’il te plaît…
Qu’est-ce que l’on disait ? On se concentre.
On disait que l’on a failli aussi. On sait. On ne parle que de ça. On y pense. Et l’on marche de long en long, trois pas, et l’on repart dans l’autre sens. Papillon. C’est lui nous a montré comment ne pas perdre la tête enfermée dans ce corps aux relents de prison.
On résiste.
Dormir.
Sortir.
On marche puis l’on court sur un chemin de traverse. L’air est frais. Le soleil nous sourit. On transpire. On souffle. L’air manque. On jette une louche de pâte dans la poêle à crêpes. Elle crépite. On l’étale d’un savant coup de poignet. On repose la poêle sur le feu. On décolle les bords de la tranche d’une spatule en bois. On ne la fera pas sauter. « 12 », rouge, pair et manque. On a perdu. On a tout perdu. On est fauchée. La mort nous a dépouillée. On est nue. Ils ont même retiré le linceul. On grelotte. On retrouve la corde à linge. On s’y emballe. On s’y complaît. On se gratte les pieds en écoutant les nouvelles. Elles ne sont ni bonnes, ni mauvaises. Elles sont. On frissonne encore. On a fait un autre rêve. Des gens roulaient en vélo sur les voies de chemin de fer ; d’autres, à pied, les traversaient ; les trains circulaient. On a eu peur, peur qu’il n’y ait des morts. On est reparti dans l’autre sens. On s’est perdue sur des routes le long de jardins emmurés. On a marché longtemps, sans savoir où l’on était. On avait toujours peur. Il est vain de fuir la mort. Aussi vain que de chercher à combler le vide ?
On tousse.
Un paquet de sucre poursuivi par un douanier en uniforme traverse le champ. Il perd sa casquette. On éternue. Une vingtaine de mots disparaissent du dictionnaire ; « bouillir » est dans le lot. On doit se dépêcher, même si le café est meilleur à température.
Sortir.
Il va nous manquer des mots. On cherche la liste. On trouve la lettre d’amour. Qui l’a écrite ? On ne sait plus. On s’en moque. Tout est si loin. On ne peut plus rien rattraper, même si l’on court très vite. On passe la ligne. On lève les bras au ciel. La foule applaudit. Victoire ! On a gagné !
Aimer.
C’est trop tard. La lettre d’amour s’est brisée. [90f] [94d] [178f]

38.

Je plisse les yeux. Je déglutis. Les vases communiquent et ma salive se sale au contact des récréments. Mes pommettes remontent jusqu’à ce que les paupières ne soient closes. Elles creusent les rides. Une larme perle. Je la laisse couler. [51f] [56d] [55d] Une seconde prend la suite. Une troisième. Quelques autres. Un flot petit à petit se forme. Les pattes d’oie le guident vers l’extérieur jusqu’aux tempes d’abord, puis le long des oreilles. Très vite, ça déborde. Le cou se mouille. Le nez renifle. L’air s’effrite. J’ai envie de crier. Je crie. J’ai envie de me moucher. Je me mouche. J’ai envie de baver. J’en bave, j’ai mal et les sanglots ne semblent rien y pouvoir.
Je laisse couler pourtant. Ils y vont droit, dru. Ils fluent sans perdre haleine. C’est moi qui m’essouffle. La barre qui coupait mon front s’évapore. Mes pommettes redescendent d’un cran. Mes poignets maintenant supportent le supplice. Je gémis comme un chiot pleure. Je me recroqueville, les bras autour du visage. Les larmes lavent la peau et dispersent ce que le cœur exsude. Elles laissent un vide derrière elles, comme si de chaque pore on avait retiré le noyau. La gorge s’en mêle. Le larynx. Ils se contractent, expulsent leur écume. La salive pisse jusqu’au menton. Un spasme. Un autre. [95d] Derrière mes paupières apparaît un rideau de pluie et, derrière encore, le noir, total. Un flash l’éclaire. Il devient lumière. Elle m’éblouit. Je plonge dans la flaque. Ma chair s’y fond. Mes larmes y meurent. Et la souffrance se noie dans le tréfonds.

39.

On dirait qu’il fait nuit. Même la chair semble s’être mise au repos. L’oreille pendouille, misérable. L’œil est terne. Le cerveau a atteint la consistance d’une épaisse bouillie de lentilles sans pour autant s’écouler hors l’enceinte du crâne. Il stagne.
— Miam miam ! [180f]
On t’a dit de te taire, Judas.
— Ou alors ?
On te pète ta gueule. Maintenant, c’est comme ça. On ne discute plus ; on cogne. La paroi est élastique. Elle ne rompt pas, ni ne saigne. On y retourne. On serre les poings. On frappe plus fort. Rien ne se passe. Ce doit être parce que l’on n’a pas vraiment tapé. On n’a jamais réussi à porter un coup, même au kendo quand l’autre avait un casque de fer sur la tête et que l’épée était de bambou. C’était contraire à nos principes, ceux que le corps dictait plus encore que l’esprit. On ne doit pas insister.
Cogner.
On ne saura jamais.
Aimer.
On ravale nos poings. On se rassoit.
On contemple la ligne bleue des Vosges. On reçoit un bretzel en récompense de cette pensée nationaliste. La liste n’en veut pas. On le confie à la tarte aux fraises. De la chair s’est collée à la pâte. C’est peu ragoûtant. On dégage le tire-bouchon. On l’observe. Il sourit et propose de servir de poing américain. On serre fort la poignée en bois sculpté, la lame glissée entre index et majeur. On tente encore de frapper. La Bible rigole. Elle rappelle que l’on en est infichue.
Veut-elle, elle aussi, se prendre une claque ?
Elle nous la laisse volontiers. Elle sait que l’on aime ça, les châtiments.
Judas ! Non, elle, c’est la Samartaine.
On range le tire-bouchon. On doit trouver la solution.
Sortir.
En attendant, l’on observe. C’est plus judicieux que d’en appeler à la violence, celle que l’on refoulait, celle que l’on condamnait. On passe à autre chose. On essaie. Il suffit parfois de poser la bonne question. Exemple. Le cerveau a-t-il besoin d’une ouverture dans le crâne ou est-il destiné à se figer, sur place, à se transformer en une sorte de pierre aussi dure que la bêtise qui l’a parfois animé ?
Sécher. [93f]
Cristalliser.
Et le clitoris, où en est-il ?
Il résiste, planqué sous son capuchon la tige encore ferme. Sera-t-il le dernier à se déliter ? Il est en compétition directe avec les tétins que la mise en orbite a placés sous vide. Les paris sont ouverts. Gageons que l’on aura la réponse assez vite. On a autre chose à faire que de départager des zones érogènes en décomposition. [91f]
Sortir.
Toujours.
Aimer.
Peut-être.
Pardonner.
Et reprendre la liste. [92f]

« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. »

C’est bon comme ça ? [54f] On hésite. Il y a tant de choses qui manquent. On doit concentrer notre attention, tout écrire, ne plus oublier. C’est important.
Compiler.
Noter.
On cherche une feuille blanche. On trouve la lettre d’amour. C’est parfait. On attrape un stylo. On se gratte la tête. On hésite. On se lance.

« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. »

On s’arrête.
Que pourrait-on bien faire d’une carte d’état-major, d’un mitigeur, d’une boule de lavage, d’un brin d’herbe, d’une capsule et d’un débardeur ? On l’ignore. On étudiera ce point plus tard. L’urgence est d’établir ce qui manque, comprendre, pour ne plus souffrir.
Panser.
Ordonner.
Ce qui manque ou ce qui manquait ?
Ce qui nous a manqué.
On est d’accord. Ce n’est pas la même liste.
Dans la première, on ajoute la chaussette qui a sa place près de la Bible, du dictionnaire, du poisson qui pue, du couteau suisse, de la tartine, de l’oreiller, de la couette, du tire-bouchon, de l’échelle, de la poupée, de la paire de merguez, de Jacques Lacan, de la tarte aux fraises, du pétard sous une boîte de champignons, de Dieu bien sûr, de la lettre d’amour et de la corde à linge. C’est acquis. On n’y revient pas. On se concentre sur ce que l’on a inscrit au dos de la lettre d’amour. C’est ce qui nous intéresse pour l’instant, le verso.

« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. Une fable de La Fontaine. Un stéthoscope. Un éléphant. Une tondeuse à gazon. Une aquarelle. Un clic. Un cheval au galop. Une étoile. Un saxophone. Un comprimé. Un bouquet de persil. Un manteau. Une expression courante. Une bassine. Une limace. Une dent creuse. Un tapis. Des yeux bleus. Une tente. Une portion de frites. Un crochet. Une galipette. Un gobelet. Un condamné à mort. Une coursive. Une machine-outil. Un germe. Un maroquin. Un jardin. Une perfusion. Un ami. Un orgue de Staline. Du sable fin. Un élastique. Une sonnette. Une scie. Un foulard en soie. Une hémorragie cérébrale. Un témoin. Un ticket de métro. De la peinture rouge. Un coq de bruyère. Un truc. Une poussière. Une barrière de corail. Un bonhomme de neige. Une poubelle. Une ambulance. Un cahier à gros carreaux. Des perles. Un lit de camp. Un chiffon. Un crématorium. Une contravention. Un parfum. Une casquette. Un credo. Des cotillons. Un si bémol. Une paire de lunettes. Un sourire. Un préservatif. Un sac de billes. Une mèche de cheveux roux. Une calculatrice. Une roche éruptive. Un papillon. Des allumettes. Un cours d’eau. Un manège. Un gyrophare. Un trousseau. Un avion. Une pomme de pin. Un canal urinaire. Un code à barres. Un relent. Une chute. Une colonne de direction. Une règle. Un tas de gravats. Une chanson douce. Un ravalement. Une brindille. Une étagère. Un sou. Une écrevisse. Une grotte. Un calicot. Un doute. Un essuie-glace. Une boucle de ceinture. Un ronronnement. Une longueur de piscine. Une serviette hygiénique super plus spécial nuit dans son emballage. Un laminoir. Une facture. Un tube de colle blanche. Une poignée de cerises. Une tribulation. Un cône au chocolat. Un cœur de pierre. Une recharge. Un numéro. Une lampe frontale. Un soleil d’hiver. Une pâte brisée. Un article. Une écorce d’orange. Un pylône. Une botte de foin. Un brocoli rose. Une érection. Un lendemain. Un as de carreau. Une touche. Un wagon. Des farces et attrapes. Un lecteur DVD. Un fil RSS. De la poudre d’escampette. Un panier. Un savon. Un râteau. Un masque. Un messie. Du vinaigre de vin. Un manche à balai. Un coquelicot. Une agrafeuse. Une pagaie. Un camion. Un compte-fils. Une ampoule. Une goutte de sueur. Un oripeau. De l’encre. Une balle dans la tête. Une fourchette. Une photographie. Un collier de perles. Un casque. Un Interphone. Un canot. Une tasse de café noir sans sucre. Un chou-fleur. Un appui. Un plat en argent. Un atome crochu. Une route de montagne. Un oignon. Une prise multiple. Un cadavre. Un écrou. Du wasabi. Une vitre. Une cruche. La Samaritaire… »

Ah ! la Samaritaine. Jésus était un homme de goût, c’est évident.
On attrape la poupée au vol et on la rassoit sur nos genoux. On lui caresse la nuque. On lui demande comment elle va. « Très bien, répond-elle. L’orbite est un endroit un peu sombre mais somme toute très accueillant. On y fait des rencontres incroyables ! J’y ai plein de copines et j’y retourne quand tu veux. » On est contente pour elle. On lui propose de rester un peu avec nous. Elle accepte. On la remercie. On relit la liste par-dessus son épaule. Elle est longue et pourtant rien de tout ce qui est inscrit ne nous a jamais véritablement manqué à part la pagaie, peut-être, pour avancer.
Et le camion, pour rouler.
Transporter.
Conduire.
La liste ne peut pas combler le vide. Peut-elle étancher la soif ?
Respirer.
Était-ce l’air qui manquait ? Ou l’eau ? La matière.
On est dubitative. On s’essouffle. Le cœur bât trop vite. On appelle les secours. On a tant besoin d’une parole, d’un échange. D’un partage. C’est trop tard. Personne n’habite par ici. Il ne reste que les mots, et le souvenir. Les mots ne sont plus rien. Et les souvenirs ? Ils ont le même rictus que la poupée. Les souvenirs, les autres. Des sentiments. Des sensations.
Sentir.
Éprouver.
On chassait parfois les émotions à l’arbalète. On avait trop peur qu’elles ne nous fassent souffrir à défaut de nous faire aimer.
Être aimée. [182d]
La poupée réclame que l’on ajoute une robe au dos de la lettre d’amour. La pauvre ! On ne peut rien pour elle. On mange la liste. On tranche le ventre de la poupée. On regarde à l’intérieur. Elle n’a pas de cœur. On jubile. On a trouvé d’où venait ce vide. Enfin ! Il était dans le corps de la poupée. On la renvoie en orbite. On vomit la lettre d’amour avec la liste. Elle est intacte.
On la relit. [94f]

« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. Une fable de La Fontaine. Un stéthoscope. Un éléphant. Une tondeuse à gazon. Une aquarelle. Un clic. Un cheval au galop. Une étoile. Un saxophone. Un comprimé. Un bouquet de persil. Un manteau. Une expression courante. Une bassine. Une limace. Une dent creuse. Un tapis. Des yeux bleus. Une tente. Une portion de frites. Un crochet. Une galipette. Un gobelet. Un condamné à mort. Une coursive. Une machine-outil. Un germe. Un maroquin. Un jardin. Une perfusion. Un ami. Un orgue de Staline. Du sable fin. Un élastique. Une sonnette. Une scie. Un foulard en soie. Une hémorragie cérébrale. Un témoin. Un ticket de métro. De la peinture rouge. Un coq de bruyère. Un truc. Une poussière. Une barrière de corail. Un bonhomme de neige. Une poubelle. Une ambulance. Un cahier à gros carreaux. Des perles. Un lit de camp. Un chiffon. Un crématorium. Une contravention. Un parfum. Une casquette. Un credo. Des cotillons. Un si bémol. Une paire de lunettes. Un sourire. Un préservatif. Un sac de billes. Une mèche de cheveux roux. Une calculatrice. Une roche éruptive. Un papillon. Des allumettes. Un cours d’eau. Un manège. Un gyrophare. Un trousseau. Un avion. Une pomme de pin. Un canal urinaire. Un code à barres. Un relent. Une chute. Une colonne de direction. Une règle. Un tas de gravats. Une chanson douce. Un ravalement. Une brindille. Une étagère. Un sou. Une écrevisse. Une grotte. Un calicot. Un doute. Un essuie-glace. Une boucle de ceinture. Un ronronnement. Une longueur de piscine. Une serviette hygiénique super plus spécial nuit dans son emballage. Un laminoir. Une facture. Un tube de colle blanche. Une poignée de cerises. Une tribulation. Un cône au chocolat. Un cœur de pierre. Une recharge. Un numéro. Une lampe frontale. Un soleil d’hiver. Une pâte brisée. Un article. Une écorce d’orange. Un pylône. Une botte de foin. Un brocoli rose. Une érection. Un lendemain. Un as de carreau. Une touche. Un wagon. Des farces et attrapes. Un lecteur DVD. Un fil RSS. De la poudre d’escampette. Un panier. Un savon. Un râteau. Un masque. Un messie. Du vinaigre de vin. Un manche à balai. Un coquelicot. Une agrafeuse. Une pagaie. Un camion. Un compte-fils. Une ampoule. Une goutte de sueur. Un oripeau. De l’encre. Une balle dans la tête. Une fourchette. Une photographie. Un collier de perles. Un casque. Un Interphone. Un canot. Une tasse de café noir sans sucre. Un chou-fleur. Un appui. Un plat en argent. Un atome crochu. Une route de montagne. Un oignon. Une prise multiple. Un cadavre. Un écrou. Du wasabi. Une vitre. Une cruche. La Samaritaire… » [96d]

Ah ! la Samaritaine.
Était-ce l’eau ou la soif qui nous manquait ? On disposait des deux. Alors ?
On cherche.
— Bon chien !
Ça suffit !
Sortir.

«  Aimer. Rire. Penser. Jouir. Débiter. Cogner. Savourer. Vivre… »

Doit-on à présent établir une liste de verbes ? C’est difficile, ce d’autant que l’on n’ose plus ouvrir le dictionnaire. On craint qu’il ne soit désormais vide, [55f] aussi vide que le ventre de la poupée et la corde à linge. Elle n’a jamais eu de cœur, cette petite salope de corde.
Étrangler.
On déraille. On doit se ressaisir.
On attrape la paire de merguez. On la brandit.
— Chers amis, chers camarades…
Hourra ! [56f] [95f] [181f] [194d] [183d] [185f] [269f]


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[269dDébut-2012:09:23

[267fFin-2012:09:21

[179fFin-2012:01:13

[88fFin-2011:07:16

[177fFin-2012:01:10

[52fFin-2011:04:01

[89fFin-2011:07:17

[93dDébut-2011:07:25

[53fFin-2011:04:03

[181dDébut-2012:01:17

[90fFin-2011:07:20

[94dDébut-2011:07:27

[178fFin-2012:01:12] ][[<268f>Fin-2012:09:22

[51fFin-2011:03:31

[56dDébut-2011:04:07

[55dDébut-2011:04:05

[95dDébut-2011:07:30

[180fFin-2012:01:15

[93fFin-2011:07:25

[91fFin-2011:07:23

[92fFin-2011:07:24

[54fFin-2011:04:04

[182dDébut-2012:01:18

[94fFin-2011:07:27

[96dDébut-2011:07:31

[55fFin-2011:04:05

[56fFin-2011:04:07

[95fFin-2011:07:30

[181fFin-2012:01:17

[194dDébut-2012:02:08

[183dDébut-2012:01:19

[185fFin-2012:01:22

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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