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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V05-11 septembre 2012



Cy Jung Feuillets — V05-11 septembre 2012

 [261d] [257d] [154d] [150d] [149d] [12f] [67d]
 [17d] [62f] [146f]

8.

On tue le temps.
On laisse tomber la Bible.
— Boum !
On a eu peur.
On la ramasse. Elle est solide. Elle a résisté au choc. On la repose sur la tartine, ouverte au hasard.

« Psaume 22 (30). Devant sa face, se couchent tous les moribonds : il ne les a pas laissé vivre. »

Qui croit au hasard ? On oublie. On ne veut plus avoir peur. Plus jamais, même pas du bruit sourd que fait une Bible qui se fracasse au sol. La peur opprime le désir et plombe l’espoir.
Sortir.
On doit y travailler, ne pas relâcher l’effort.
On évalue de nouveau ce dont on aurait besoin même si l’on n’a aucun moyen de le savoir. On récapitule : une Bible, un dictionnaire, un poisson qui pue, un couteau suisse, une tartine, un oreiller, une couette, un tire-bouchon et une tarte aux fraises.
On se souvient que l’on préférait les tartes aux pommes. On va devoir réviser la liste ou réformer nos faiblesses. La seconde option paraît plus difficile même si elle colle mieux aux circonstances. On doit peser le pour et le contre.
Plus tard.
On se repose.
Encore une question ?
On sourit. On se lave le nez avec de l’eau de mer sous pression. Ça coule de partout. Le corps suinte. Il n’en a pas fini de se liquéfier, on dirait. Il pète aussi. De plus en plus fort. Cela nous rappelle un homme en salle de réveil, la fois où l’on s’est fait opérer le cœur. L’homme semblait se dégonfler et pourtant, il était vivant. Est-ce le signe que la vie nous attend, dehors, au-delà, au dedans ? On l’ignore. On attend. On a de quoi voir venir et s’occuper longtemps. Très longtemps. Entre deux questions plus ou moins philosophiques, on a trouvé une lettre d’amour. C’est une lettre de rupture. L’amour est en rupture de ban. Si seulement !
Sortir.
On attend. [5f]
Écrire.
Lire.
On peut tout faire à présent.
On attrape le dictionnaire. On l’ouvre au hasard. Le nez coule à flots. Une goutte s’aplatit sur la page. La définition de « billot » s’efface. Un mot de moins. C’est triste, une telle perte. On épluche des pommes avec le tire-bouchon. On caresse la lettre aux amours perdues. On pleure. On se ressaisit. On se gratte les pieds. [9f] N’est-ce pas étrange que l’on puisse encore éplucher des pommes, caresser, pleurer, se ressaisir ou se gratter les pieds dans la position qui est à présent la nôtre ? Ça l’est. Mais c’est écrit : « On égraine des cordes à linge avec le dictionnaire. On pleure la couette aux merguez grillées. On torpille. On rit. On s’essuie. On se tartine les pinces. » Cela suffit à établir la réalité même si les mots, toujours, ne disent pas forcément ce qui se passe, ce qui est, ce que l’on ressent ; surtout ce que l’on ressent. [14f]
C’était déjà le cas, avant. Les mots ne disaient rien, ou en disaient trop, pas assez, pas ce que l’on voulait, jamais vraiment. Il y avait toujours un défaut, une sorte d’écart, une feinte. On s’emmêlait les termes. On bricolait des phrases. On s’y perdait. On se taisait. Et l’amour reculait.
Alors, quand on dit aujourd’hui que l’on se gratte la Bible ou que l’on déplume des fraises avec des écailles du poisson déglacées d’un jus de citron, c’est vrai, et on ne doit pas le discuter. Ici, ce qui est vrai est ce que l’on éprouve et ce qui est écrit, car voir n’est pas voir, entendre n’est pas entendre, lire n’est pas lire, penser n’est pas penser, etc. C’est complexe, en effet, mais on se comprend. C’est l’essentiel. On est seule, à présent. On n’a pas de comptes à rendre, ni sur les mots, ni sur leur sens, ni sur ce qui serait vrai, faux, sur ce qui serait.
Sortir.
Rencontrera-t-on du monde et devra-t-on à nouveau engager la conversation, tergiverser, débattre ? Quel monde ? On n’a plus rien à dire, à personne. On est seule, face à…
Éprouver.
On est seule.
Parler. [63f]
Dire.
Bien sûr, il y a Dieu, le fameux. Où est-il ?
On racontait, dans certains cercles, qu’on ne le rencontrerait pas forcément, ou qu’il faudrait marcher puis négocier avec le portier, le mériter, souffrir, beaucoup, pendant le temps que durait la vie et que, si ce n’était pas le cas, il nous faudrait expier. Faire pénitence, du plaisir. Quelle absurdité ! On disait tant d’inepties, avant. Et maintenant ? On dit vrai. On n’a pas le choix ; on doit faire confiance aux mots quelles que soient leurs failles. On n’a plus qu’eux. Les mots, moins « billot », que l’on vient de perdre. Et Dieu.
Lequel ?
Aurait-on perdu « Dieu » ?
Non, juste « billot ». « Dieu » n’est pas à la même page. Il est par contre assez proche du « diable » et de ses fournaises qui embrasent la littérature depuis que littérature il y a. On ignore à quand cela remonte. On sait si peu chose, même pas si le diable est l’ami de la rose.
Dieu non plus.
Mitterrand, oui, lui l’était. On sort du sujet.
On y revient.
On éternue.
On se mouche.
Il faut bien que cela surgisse de quelque part, que cela sorte. Cela. On. Les pronoms sont interchangeables. Seule la vérité compte, celle qui s’écoule avec les tempéraments. Les mots transpirent. Ils suintent, comme le corps. Ils pètent. Parfois, ils puent. Peu nous chaut ! On a de quoi s’occuper longtemps. Très longtemps. On l’a dit il y a un instant. On se moque de se répéter. La folie n’est pas là. Elle serait de se murer dans le silence et de se laisser enfouir dans les terres éternelles.
Sortir.
Lire une lettre d’amour.
Ou l’écrire.
On éternue. C’est moins compromettant. Et l’on se gratte les pieds.
On écoute. Entend-on encore quelque chose ?
On se fige.
On s’étire.
On se ferait volontiers un café. On cherche une épicerie. Mais qu’est-ce ce café vient faire au milieu de ce fatras de chair et de pensées en décomposition ? On baisse le rideau. On reprend la lettre. On s’installe. On l’observe. On écoute encore. On se concentre. On a vraiment envie d’un café. On retourne à l’épicerie. Elle est fermée. On devra faire sans. D’aucuns devaient bien le savoir que l’on trouverait porte close ! Ils auraient pu le dire plutôt que de se taire, ceux qui savent. Les fous. Les poètes. L’idée est simpliste. On sait. On aime se l’entendre dire. « L’amour, l’amour, l’amour ». C’est une rengaine qui construit la chanson. On la veut douce. Elle enivre. « Je veux trouver… » La sortie.
L’amour. Un café. Une épicerie.
On tue le temps.
— Pan !
On préfère « Boum ! »
On attend. La lettre, à coup sûr, n’est pas aimable. On n’est pas aimable. On se plaît, on s’est plu, on s’est dit oui et voilà. L’amour s’arrête avant que la mort ne survienne, un jour, comme ça. Était-ce le bon moment ? La question est idiote. C’est le moment. C’est tout. Et la réponse qui ne vient pas. On attend encore. On n’a que ça à faire, attendre, caresser, se gratter les pieds, observer les mots s’effacer du dictionnaire, éplucher des pommes, vider le poisson, laver le couteau suisse…
Éprouver.
Sortir.
Le corps est toujours chaud. Les fractions de seconde sont figées dans le sang, les humeurs ont pris la place du temps. Ça fouette.
On fouille. On trouve un téléphone portable au fond d’une poche avec trois cure-dents et un bonbon. Est-ce que la carte Sim est valide ? Et le réseau ? Y a-t-il du réseau ? Voilà qui nous occuperait, envoyer des textos. Toujours au chaud du corps qui pue, un instant on se croirait dans le métro, voleur à la tire en moins. Ne jurons de rien ; le corps est plein de surprises, bonnes ou mauvaises. Un texto.
On cherche quoi écrire à qui.
On s’étonne. On sent comme l’objet entre nos mains. Il n’y a pas d’objet, pas de mains. Sont-elles déjà décomposées ? Ce n’est pas ça ; tout le monde l’aura compris.
Comprendre.
C’est le nerf de la guerre. De la vie. La vie n’est pas la guerre. Ah bon ? [6f] Qu’est-ce que c’est, alors ?
Qu’est-ce c’est d’autre ? [18d]
Sortir.
La réponse y sera-t-elle ?
Où ?
Il va nous falloir comprendre cet outre-monde, comprendre pourquoi l’on se gratte les pieds, pourquoi l’on se mouche, pourquoi l’on envoie des textos qui n’ont ni objet, ni destinataire. Pourquoi on lit. Pourquoi l’on savoure une gorgée de café adossée au rideau de l’épicerie en épluchant des pommes pour confectionner une tarte aux fraises, le pied posé sur une Bible, la tête tranchée par un dictionnaire devenu muet à force que le nez y déverse ses humeurs. Et qu’en est-il du tire-bouchon, du poisson qui pue et de l’oreiller ?
Pourquoi l’on crie.
Pourquoi l’on pleure.
Pourquoi ça fait si mal, parfois.
Et pourquoi l’on rit, aussi. On rit, en dépit de tout. On rit.
Sortir.
Qu’est-ce que l’on attend ? La réponse, on l’a dit.
Et après ?
Sortir.
On y est. On y va. Entre deux, on tue. On éternue. Le temps. L’amour. La vie, elle, déjà n’est plus. C’est vraiment compliqué cette histoire, surtout si l’on rajoute le couteau suisse, la tartine et la couette. Quel équipage ! Le cœur est muet. On s’en va. On n’en peut plus. [21d] On doit trouver, vite. On ne va tenir longtemps à ne rien y comprendre. On doit trouver. Il y va de…
 [68d] C’était quoi, le bon verbe ?
— Éprouver. [7f]
Merci. Ça nous intéresse. [19d]
Y croire.
Y aller.
Et ne pas éternuer pour que le verbe reste dans le dictionnaire. [69d] [151d] [256f]

9.

Un point sensible apparaît au coin de mon œil droit. Une larme va jaillir. Je gaine. J’emplis mes poumons d’une large goulée d’air frais. Je pince les lèvres. Je serre les dents. Mes paupières drainent l’humidité qui cherche à se faire goutte. Je relève la tête. Je bande les épaules. La larme s’éloigne. Le point passe au centre du front. Je veux l’expulser d’un revers de main, d’une giclée de sueur, d’un effet de souffle, que la souffrance jaillisse ailleurs le corps que dans des sanglots.
Plus jamais, je ne veux pleurer. Pas aujourd’hui, en tout cas. Je veux être libre, légère et que ma chair m’enveloppe de sa douceur. Le mot suffit à appeler une nouvelle larme tant le corps est en manque d’attention. Cela se passe toujours à droite. L’œil gauche reste sec. Je respire, aussi dense que je le peux. Je caresse ma joue. Je sens mon odeur dans le creux de ma paume. J’inspire, fort, fort. L’effluence chasse le mal. Le point se dissipe. Il s’évapore, sans que je ne sache le chemin qu’il a suivi. Je souris. Il était temps. J’ai bien cru que cela allait arriver. Plus jamais je ne veux pleurer. Plus jamais, souffrir, sauf si cela ne fait pas mal. Sauf si.

 [70d] [147f] [148f] [149f]

10.

Partir.
Non.
Sortir. [67f]
Partir, c’est quitter. Sortir, c’est y aller.
Et aimer, qu’est-ce que c’est ?
On va trouver.

« JF, 47 ans — on était encore jeune à cet âge —, cherche âme éclairée pour l’aider à aimer. »

Cela n’a pas de sens. Personne n’aide à l’amour et, à l’exercice, on n’a jamais été trop aidée. On rit. On se trouve bête. L’annonce est sans objet. On doit y renoncer.
Oublier.
Aimer.
On passe à autre chose.
On reprend la liste. On l’égraine. Le corps s’écoule et les mots changent d’objet. On ne saisit pas tout. Mais est-ce si important de comprendre ce qui est au-delà du terme utilisé, l’amour, la liste qui s’efface du dictionnaire, les tartes aux pommes à base de fraises, les poissons en couette que l’on tranche avec un tire-bouchon, les bibles qui puent du couteau suisse sous l’oreiller, les petites annonces qui n’ont pas d’objet, pas de sens, aucune portée, les lettres d’amour, celles que l’on n’a pas reçues, celles que l’on n’a pas lues, celles qui arrivent trop tard, celles que l’on n’a pas postées, celles que l’on n’a pas encore écrites, celles que l’on n’écrira jamais, toutes les autres ? Et le soleil qui demande à Dieu pourquoi le sang se fige quand le cœur cesse de battre ?
Sortir.
Attendre.
Cela suffit, maintenant. On doit agir : on n’est pas là pour se reposer ; c’est le corps, qui s’y colle.
Bouger.
Déplacer la pensée.
Oublier ce que l’on sait.
Renoncer.
Sortir.
Est-ce la même chose, un lien de cause à effet ou juste une figure ? C’est une piste. Il nous faudrait un chien, pour la suivre. On n’en a pas. C’est dommage. C’était peut-être une bonne piste. Si c’est le cas, on ne peut pas la perdre, avec ou sans chien. De toute façon, on n’aime pas les chiens. On n’aime pas. On n’aime plus. On se gratte les pieds. Cela nous détend. Cela nous apaise. Dans la liste, on a oublié la corde à linge. Et la pince, pour que le nez cesse de couler. L’estomac vient d’imploser. Il a dû se fendiller d’abord ; on n’a rien entendu, pas même un bruit sourd. On se bouche le nez avec le tire-bouchon. Une bouillie proche de l’idée que l’on se fait de l’immonde se repend.
— Il y aura pire !
Qui parle ?
On reprend la lettre d’amour. On la déchire. On glisse les morceaux entre les pages du dictionnaire pour l’alimenter. C’est vorace, un dictionnaire. Une Bible, ça l’est moins. Le texte est définitif, mort, en quelque sorte, comme ce corps que l’on habite et qui se délite. On s’assoit. On a de nouveau besoin de se reposer, la tête sur l’oreiller, le cœur au chaud de la couette et les mains qui convoitent la tartine. On a envie de dormir. On ferme les yeux. Un éclair apparaît. On les rouvre aussitôt. On fatigue à force de serrer les dents sur le poisson qui pue.
Et ce n’est rien. Cela vient d’être dit. Le plus difficile est à venir.
On en ignore la raison.
On ne sait toujours pas grand-chose de ce qui est, de ce qui sera.
Sortir.
On ne sait pas.
On imagine que l’on devra en passer par un bilan, accepter, renoncer, pardonner, faire d’autres listes peut-être. Cela nous rappelle le jour où l’on a décidé de changer d’orientation professionnelle. On vendait des poules vivantes sur les marchés et, sans prévenir, cela nous a dégoûtée, un peu comme l’odeur de l’estomac nous dégoûte à présent, même le nez bouché avec le tire-bouchon et l’œsophage serré par la corde à linge.
Alors, on est allée au Pôle emploi, sans C.-V.. Au vu de notre expérience dans la volaille, on nous a proposé un travail dans un abattoir spécialisé dans le poulet industriel. Comment imaginer tuer ces pauvres bêtes, à la chaîne, partout du sang, partout des plumes ? Et pourquoi pas du goudron ? On n’était pas au bord de la mer ; on ne savait pas comment provoquer une marée noire et mazouter les poulets pour les endormir avant de leur trancher la tête d’un coup de dictionnaire, ne plus les entendre piauler.
On a renoncé, très vite, et l’on a choisi d’être boulangère : pain blanc : jolies miches. On a toujours aimé les poules à jolies miches.
On est vulgaire. Tant pis. Cela nous arrive. C’est une manière comme une autre de se détourner des émotions. C’est facile. On sait. On biaise. On fait parfois juste ce que l’on peut, même coincée dans ce corps dont il nous faut s’extraire avant que les portes du paradis ne soient définitivement fermées. Foutaise ! Le paradis est un conte pour enfants, comme l’enfer. Les poules y cuisent en rôtissoire. Leur jus dégouline sur des patates. Les lettres d’amour aboient. Et les fraises poussent en ligne sur les lames aiguisées de tire-bouchons importés de Suisse par couette express.
Sortir.
Il nous faudrait des clés. Elles sont posées sur l’étagère, dans l’entrée.
Il nous faudrait une canne à pêche, ou un aimant avec une ficelle, une épuisette, un parapluie, une canne anglaise, un harpon, une main, une tapette, une idée, pour les attraper.
Il nous faudrait une nouvelle liste. On aimerait qu’elle contienne une lettre d’amour. Un facteur serait nécessaire. Un timbre. Une adresse.
Il nous faudrait.
Un chien aboie. On se terre. [258d] [71d] [257f]

11.

On reprend.
Aimer.

« JF, 47 ans — on était encore jeune à cet âge —, cherche âme éclairée pour la guider vers l’amour. »

La « guider vers l’amour » ? Cela ne veut rien dire [16f], pas plus que l’« aider à aimer ». Pas moins. La bonne expression nous manque. On creuse. On tergiverse. On se gratte les pieds. En vain. Ce que l’on cherche ne vient pas. On a échoué. C’est agaçant, et fatiguant, usant, cette difficulté permanente à trouver les phrases comme si le nez avait coulé si fort que les mots nécessaires à la pensée s’effaçaient à l’envi du dictionnaire. Il nous faut à chaque instant aller les quérir, loin, loin dedans, au plus profond ou tout à la surface.
Laisser surgir.
Frémir.
Comment se fait-il ? On ne sait pas. On éternue. Un nouveau mot disparaît. Pourvu que ce ne soit pas « sot-l’y-laisse » ; c’était un morceau que l’on aimait. « Fugace ». Celui-là résiste. L’air frais manque. Où ? Dans le corps ? À la liste ? On se croirait dans un abattoir pour poulets élevés en batterie. Il paraît qu’ils ne courent jamais. C’était pourtant si bon, de courir. Les jambes moulinaient au gré de l’esprit qui décollait. On serrait les fesses. On gainait. La foulée s’allongeait. On savourait la vitesse. On perdait le souffle. On le recouvrait. L’eau coulait dans le gosier. On réclamait encore de l’air. C’est une image.
Éprouver.
On se jette dans le vide.
Sortir.
Voler.
Pauvre petit poulet confiné dans son hangar puant ! L’annonce est à refaire. [68f] Et l’amour ?
On va y arriver.

« JF, toute sa vie — on le restera, jeune —, cherche âme douce et éclairée pour aimer à sa place. » [18f]

C’est idiot cette idée que l’on pourrait aimer à la place de l’autre, plus encore qu’être « aidée » ou « guidée » à l’amour ! Vraiment, idiot. Bête à manger du foin. Imbécile. Sot. Stupide. Nouille. Crétin. Tarte. Niquedouille. Noix. Serin.
On arrête là. On ne va pas se refaire le dictionnaire. Cela donne faim et les bons mots ne sont pas très utiles. Qui le dit ? Personne ne l’ose. Là où l’on est, on a désormais tous les droits, s’amuser, rire, et même écrire des petites annonces sans objet et décapiter des poulets à la chaîne. C’est un peu la même chose. Ça saigne et ça crie. Ça souffre.
Aimer.
Pâtir.
Ce ne doit plus être la même chose.
Ici, tout est envisageable. Qu’est-ce que c’est chouette ! Foutaise ! Le paradis est en grève. La lettre est coincée dans un centre de tri bloqué par un piquet composé de gros bras de la CGT associés à des ultras de chez Sud. Ils sont là jour et nuit. Ils mangent des merguez, sans arrêt, et chantent l’Internationale, la bouche pleine. On les envie même si on ne l’aura jamais, notre lettre, et même si « tant pis » a été effacé par une goutte de sécrétion nasale qui n’a jamais rien connu de la révolution prolétarienne et pourtant en décide.
Misère ! Désespoir ! Quoi de plus ? [23d]
Il nous faudrait une chanson pour remettre un peu de joie dans tout ça, un peu d’espoir. L’équipe à Jojo ? C’est parfait. [3f] On chaloupe. On grillerait volontiers une cigarette avec la bande. On roule des plumes dans une page de la Bible. On badigeonne de moutarde l’intérieur de la baguette avant d’y glisser deux merguez presque brûlées mais dont un peu de jus coule encore.
C’est bon.
Sortir.
Autant faire simple.

« JF cherche âme pour aimer. »

« Pour », « à » ? C’est toute la question. [71d]

« JF cherche. »


— Cherche ! Cherche ! Bon chien. Cherche !
Qui parle encore ? Qui parle ainsi ? [29d]
C’est déplaisant. Blessant. [152d]
Attention à ne pas balancer derechef la tarte aux fraises ! On a deux merguez dans le pain. [30d] [26d] [22d] [70f] [150f]

12.

J’engage un pied, l’autre. Le jean passe les jambes et recouvre les genoux. Les cuisses [69f] l’arrêtent. Je force. Je tire. Ça coince. J’insiste. Ma chair gonfle le tissu plus sûrement que l’hélium et pourtant je ne m’envole pas. Je suis rivée à mon corps, lourde, pesante. Je tire encore. Les cuisses grippent puis s’enchâssent, enfin. Les fesses, c’est pire. Les hanches. Le ventre. Ça déborde.
J’étrécis mes chairs sous le nombril. Je boutonne. Un bourrelet jaillit. Un second s’y empile. Un troisième par ricochet cogne contre mes seins. Je respire le plus délicatement que je le peux. Le tissu va craquer. Les viscères souffrent sous la pression. Le sciatique se comprime dans sa gaine sacrée. Je me contracte. Je m’avachis et la chair se boursoufle avant d’étarquer les vêtements. Je suis flétrie. Je suis flasque. Je me sens comme vautrée dans ma propre chair, à deux doigts d’étouffer sous son poids. Mes seins dégoulinent. Une auréole apparaît près de l’aine, à droite. Est-ce le lard qui suinte ? Cela se pourrait bien tant la peau ne peut tout contenir. Je veux fondre, que les cellules adipeuses s’écoulent goutte à goutte et que glisse le pantalon afin que je puisse me couler dans la touffeur de mon lit.
 [72d]

13.

On s’ennuie.
On patiente.
On tourne en rond. Assis. Debout. Couché. Un vrai truc de…
— Judoka.
Merci. [19f] On aurait pu craindre pire.
Assis. Debout. Couché. On s’ennuie.
Sortir.
On doit encore attendre. On s’occupe.
Lire.
Faire la vaisselle. Écrire, un mail, un texto, une ouverture. Payer le loyer. Tricoter une écharpe multicolore. Se demander à qui l’offrir. Tondre la pelouse. Dégraisser le rosier. Caresser le chien.
Balayer.
Mettre le couvert. Partager en quatre la tarte aux fraises. Ou en six. En huit. Cueillir un coquelicot. L’effeuiller.
Repasser.
Éternuer.
Dire « je t’aime » sans savoir.
On ne sait jamais. On peut essayer. Non. C’est trop compliqué.
Peindre.
Croire.
Arrêter le feu sous la tisane de thym. Couper des jonquilles. Les mettre dans un vase. Reculer de quelques pas. Admirer la perspective. Partager un verre. Avec qui ? Il n’y a personne par ici.
Marcher.
Boucler sa ceinture. Tuer le jardinier. Rendre la monnaie.
Prier.
Bâiller.
Construire un mur en pierre sans que l’on ne voie de ciment. Frotter la tache de menstrues au fond de la culotte. Examiner le contenu de l’estomac. Recoller les morceaux de la lettre d’amour. Verser une larme. Une autre.
Tout un flot.
On se mouche. On se frotte les yeux. On se gratte le nez. Que faire d’autre ? Brancher l’aspirateur. Le laisser tourner.
Courir.
Regarder passer les trains. Traire les vaches. Gagner au loto. Se battre. Rêver qu’une main se porte jusqu’au clitoris et néglige les seins. Croquer une envie. Se couper les ongles à la suite. Soupirer d’aise. Rentrer le bois pour l’hiver. Éteindre une bougie. Griller une cigarette à la fraîcheur d’une nuit d’été. Remplir la bouillotte d’eau très chaude, sans se brûler.
Flâner.
Pétrir.
Taquiner le goujon. Reluquer les filles. S’enduire le visage de crème exfoliante.
Rincer. [71f]
On découvre un bouton juste à la base de la narine gauche. On insiste. Pas de pus. Pas de sang. Pas de lymphe. Le privilège de l’humeur est sans relâche à l’estomac, qui se répand. Les viscères ne vont pas tarder à suivre. Ça pue. C’est infect, nauséabond. On se bouche le nez avec la pince. C’est plus efficace que le tire-bouchon. On s’essuie les doigts sur la corde à linge. On pose sa tête sur la tartine. On essaie de penser à autre chose. On aimerait que le dictionnaire nous souffle une histoire. N’est-ce pas plutôt le rôle de la Bible ? On réclame une pause.
Sortir.
On doit encore attendre.
On décide de s’inventer une chimère pour passer le temps. On est présidente de la République. Ou maire. C’est peut-être mieux, d’être maire. Encore faudrait-il que l’on sache si l’on peut toujours voter. Ce n’est pas le moment. On chasse le rêve. On doit se concentrer, retenir les mots qui s’effacent du dictionnaire. Manger les merguez. Étendre le linge. Se laver les dents. Ronger son frein. Chanter la Marseillaise. Jouer au bridge. Scanner un article de Que Choisir pour maman. Allumer la télé. Danser une valse dans les bras audacieux d’une fille en joie puis lui conter fleurette. « Il était une fois… »
Dormir.
Sortir.
On épluche une pomme. On fait le ménage un plumeau à la main. On sort la serpillière. Le temps passe plus vite quand le carreau est propre. La ville s’ouvre. On respire. On navigue. On a loué un hors-bord. On met les gaz. Non ! c’est le corps qui pète. [28f] On ne sent plus rien. On flotte entre deux eaux. La mer est bleue. Le ciel est rouge. Un nuage de sang cache la vue. On brise le miroir. Peut-on sortir maintenant ?
Non. Forcément non.
D’accord.
On reprend.
Nourrir le chat. Établir une nouvelle liste. Arroser les plantes grasses.
Jouir.
Cuire des poires avec des pruneaux, des noix et de l’anis vert. C’est une recette que l’on avait inventée à partir du péréveck, un gâteau de Noël préparé par Marguerite. Elle est morte en 1968 d’un cancer. C’est ce que l’on nous a dit. On croit souvent ce que l’on nous dit, un peu trop, parfois. On croit surtout ce que l’on aime s’entendre dire. C’est logique.
On sourit encore. On se détend.
C’est agréable de se souvenir, de Marguerite, de l’appentis ouvert sur un jardin tout en longueur avec des arbres fruitiers, de l’humidité tenace, du piano, de l’odeur de poire en cuisson, du petit grain d’anis resté coincé entre les dents. Il y avait aussi, chez le voisin, des bêtes ; la mémoire peine. Des moutons, peut-être, des chèvres, des poules, des lapins ? Des bêtes qu’il fallait apercevoir. Ou des bêtes qui faisaient peur. On ne sait plus. Un fumet de lisier remonte. On revoit un escalier vermoulu qui menait à l’étage et que l’on n’empruntait jamais, une grande table, carrée, un buffet en bois noirci par les générations, une boîte en fer avec on-ne-sait-quoi à l’intérieur, une clé. Des choses comme ça. Le sourire de Marguerite. Sa bonté.
On recouvre des images que l’on croyait effacées. Cela nous fait du bien. [29f] Il y a encore tant de saveurs dont on doit se souvenir.
Engranger.
Sortir.
« Si je reste… » dit une dame en anglais ; il n’en est pas question ; on ne parle pas sa langue ; on ne peut pas lui répondre que l’on n’est pas là pour ça. On se tait.
Sortir.
Cela va venir.
On ne doit pas s’ennuyer.
On doit juste trouver le moyen, le moment, l’objet.
Renoncer.
Réfléchir.
Assis. Debout. Couché.
On monte. On descend. On remonte. On ne prend pas l’escalier. On reste assise à la table. On écoute les conversations. On a envie d’aller jouer dehors. Aller au cinéma. Pêcher un poisson. Mettre du beurre sur la tartine. Ouvrir la boîte en fer. Courir dans le jardin. Cueillir des cerises. Crier de joie. Tomber à plat ventre sans se faire mal. S’écorcher le genou. Pleurer pour le principe. Prendre une échelle. Monter au ciel. Descendre sous terre. [25d] Le panier est plein. On a égaré le texte de la petite annonce entre deux humeurs qui suintent ou deux pages du dictionnaire. C’est égal. On écrit une nouvelle version. [156d]

« On cherche. »

C’est court. Cela ne sera pas très efficace.
Assis, debout, couché.
Ça craque. C’est une côte qui s’affaisse. On l’a échappé belle. Ça fait mal, un coup d’os dans les omoplates.
Ferait-on dos au sein ?
Il faut croire. [259d] [153d] [23f] [73d] [151f] [258f]

14.

Je pince les lèvres. De la salive perle à l’idée d’un bonbon. Je le cueille. Je suce. Il se coince entre deux molaires. J’appuie. La salive afflue. J’ingère. Elle dégouline vers l’estomac et y rencontre une douleur qui gît derrière le plexus, une douleur de vide, un point creux.
J’ouvre la bouche. Le point grossit et crée un appel d’air. Une lame aussitôt me fend, du dedans jusqu’au dehors. La salive forme d’âpres bouillons. Elle déborde et passe le coin des lèvres. Je déglutis. Le point rengaine son épée. [72f] Je soupire et en avale le bonbon. Je bois un peu d’eau. La salive est en ébullition. Le point se dilate derechef. Que faire ? La vis sans fin qui mène au vide appelle l’aliment. Du sucre. Du gras. De la saveur. J’ai besoin d’une nourriture qui comble et qui console. Le vide est si béant !
Je choisis un biscuit. Il croque en laissant quelques miettes mais il est trop prompt à se dissoudre. Il ne sait pas affronter la lame ; il l’aiguise. La douleur est plus forte encore. Je panique. Je fais un pas de côté. J’aperçois une pomme. Je veux la croquer, entendre la matière partir en morceaux. Les incisives s’y plantent d’un coup sec. La langue rattrape le suc qui s’en échappe. Je mastique. La salive s’en mêle. Le point sort de nouveau son épée. J’envoie la pulpe en contre-feu. Touché ! La douleur disparaît, pas longtemps.
Je reprends une bouchée. Les incisives coupent. Les molaires écrasent. La salive se mélange. Le gosier sort la grande échelle. Je m’accroche à la lance et darde la pulpe aussi loin et aussi fort que déglutir peut. La lame se retranche. Troisième bouchée. Nouveau quartier. La pomme s’achève. Le point n’a pas bougé. Le vide appelle plus qu’un fruit, tellement plus. J’aurai essayé.
Je tente le chocolat. Une autre douleur se forme, plus bas. Ce sont les cellules adipeuses qui dropent sous la peau du ventre telles des araignées qui tissent leur toile au milieu des chairs. Elles courent, tissent, et courent, courent, courent si vite qu’entre ma gorge et le deuxième bourrelet, l’estomac n’a pas le loisir d’en profiter. Elles grouillent. La peau se tend. Le ventre se démultiplie. Il est énorme. Et le point qui marque l’endroit du vide demeure exempt. [21f] [22f]
J’avale un quatrième carré de chocolat. La nausée s’en mêle. Je dois reprendre le contrôle. Le creux est toujours là, le vide, le point, la lame. Je perds espoir. Ils me narguent. Une crampe me saisit le mollet. J’apprécie la diversion. Je grimace. Mes amygdales me soutiennent. J’ai la gorge serrée. Je contrôle.
 [165d] [155d] [74d]

15.

L’air ambiant se rafraîchit sans que le corps ne semble en être responsable. Cela donne envie de sucer quelque chose à défaut d’enfiler un chandail. On détaille les bonbons dans le panier posé sur l’étagère. On aurait pu choisir… Ce sera réglisse. C’est un hypertenseur mais, au vu de l’état actuel du cœur, il n’y a pas de danger. La tachycardie est définitivement impossible, même à l’effort.
Mourir.
C’est déjà fait.
Sortir.
C’est en cours.
On retire le papier. Il colle aux doigts. On le jette au fond d’une poche. Une phalange part avec. On la récupère. On glisse le bonbon entre les lèvres. On rejoint la cuisine. On a soif. On boit à même le goulot de la bouteille en plastique. On fait demi-tour. On perd l’équilibre. On se rattrape au dictionnaire. C’était moins une. On repose la bouteille sur le plan de travail. On visse le bouchon. Comment est-ce possible ? On n’a pas pu agir ainsi. Il n’y a là ni cuisine, ni bouteille, ni bouchon, ni bonbon. On récupère le couteau suisse dans la liste. On coupe une pomme en deux, puis encore en deux.
Cela fait quatre.
Une pomme ? Le paradis n’est pas atteint et l’épicerie toujours fermée. L’étal est vide. La tarte est à base de fraises mais on épluche une pomme. Elle est rouge, avec quelques taches vertes et brunes. C’est un beau fruit qui a l’air délicieux. C’est comme ça. On lui retire le cœur et on porte le premier quartier à la bouche. On croque.
Les dents claquent dans le vide.
On avise une tablette de chocolat. Non, ce sont les abdominaux. En avait-on tant que cela ? Il faut croire. On casse la tablette. Les viscères apparaissent. Ce n’est pas si répugnant que ce que l’on aurait pu craindre. Ce doit être parce que l’on ne craint plus rien. Et puis quoi encore ? On aurait tort de fanfaronner. La peur est toujours là. Et elle n’a pas changé d’objet.
Aimer.
On sort de la cuisine qui est autre part la boîte sans que l’on ne puisse dire si elle est dedans ou dehors. Et le corps ? Lui, il gît céans, habillé de propre et chaussures cirées, les paupières closes, un peu de poudre sur le bout du nez et de fard sur les joues, les mains posées à plat sur le ventre, les épaules et le dos calés contre le plancher capitonné. Un vrai coq en pâte ! On l’observe. Il sourit, à ce qu’il semble. Quel idiot ! Sourit-on d’être mort ? Pourquoi pas, si cela lui plaît, ce d’autant qu’il est bien installé. Il va pouvoir se déliter en toute sérénité, sans qu’aucun lambeau ne s’égare au-delà les parois. Il y a l’odeur, bien sûr, qui gâche un peu le plaisir.
On s’interroge sur le moyen d’y échapper. Est-il possible d’actionner un système de ventilation ? On fouille l’espace capitonné en quête d’un mécanisme ou d’une ouverture. On dégote une coupure de presse entre deux couches de papier peint. On sort un riflard. On soulève un coin du journal et on le décolle avec délicatesse. On lit. [153f]

« La querelle de voisinage a tourné au drame hier soir dans la cité Berthelot de Nanterre (Hauts-de-Seine). Un résidant de ce quartier difficile a poignardé ses voisins, deux hommes de 17 et 39 ans. Le plus âgé est mort quasiment sur le coup, l’adolescent est décédé une demie-heure plus tard, poignardé lui aussi à de multiples reprises. Hier soir, rien n’expliquait encore ce qui a déclenché la folie meurtrière… » [*] [31d] [25f]

C’est quoi cette histoire ? Serait-on morte ainsi ? On ne s’en souvient pas, le corps ne porte pas traces de blessures, on n’était pas un homme pas plus que l’on n’habitait à Nanterre. Comment est-on morte alors ? Dans un lit, peut-être.
En faisant l’amour.
Fantasme ! On s’était fait opérer le cœur pour que cela n’arrive pas.
Dans un lit.
Dormir.
Aimer.
Doit-on se faire opérer le cœur pour que cela arrive ? C’est une idée.
On la cache sous la coupure de presse que l’on remet à sa place derrière le capiton. Il ne faudrait pas que quelqu’un nous la vole, l’idée, surtout pas la lettre d’amour, cette funeste pie, noire, qui fonce sur tout ce qui luit et s’accapare le plus doux sans rien en faire ensuite.
Piquer.
Et gratter la morsure du moustique jusqu’à ce que la peau ne s’enflamme. [152f] [154f] [158d] [157d]

16.

J’ai froid, dedans, partout, à l’intérieur. J’ai froid, comme un cœur qui meurt. Je fais quelques mouvements de la tête. Mes cervicales ont souffert. Mes chairs sont en désordre. [17f] Les étirements n’ont pas réduit les courbatures. Je dois alimenter mes muscles en eau et en protéines. Aller plus loin. Aller plus haut. Pourquoi ?
Je grelotte. Le froid se propage. Il est coincé sur les biceps. Il guette une ouverture. Les cuisses. Il file vers les cuisses ! Les genoux. Le ventre à présent. Les jambes. Je me fige. Je dois trouver une source de chaleur. Je fais du thé, vert.

 [33d] Il me réjouit. Le froid s’estompe. Je suis sauve. [24f] Presque sauve. [26f] [159d] [32d] [72f] [155f]

17.

— On danse ?
Qui parle ?
— Devine !
Une clochette tinte.
On a connu mieux comme musique pour mettre de l’ambiance. On s’en contente.
Bouger.
Aimer.
Cela tonifie au-delà du cœur…
— Jusqu’aux pieds.
C’est ça. Les pieds.
Gratter.
Et remettre des chaussettes avant que le foie ne parte en sucette. [156f]

18.

— Pan !
Qu’est-ce que c’est bruyant, ce corps qui se délite !
On aspire au silence. On se rétracte, le poisson qui pue par-dessus la tête et le dictionnaire pressé contre le ventre. On ne veut plus rien entendre. On voudrait réfléchir et se reposer.
Penser.
— Pan ! Boum !
On sursaute. Le poisson qui pue tombe à l’eau. On s’accroche comme on le peut au dictionnaire et l’ on allume la radio afin que la musique couvre les prochaines détonations.
— P… ! B… !
C’est mieux.
Écouter.
Douter.
On s’assoit. On pose le dictionnaire à côté de la Bible. La chanson interroge.

« Est-ce que l’on sera un jour puni ? »

Bonne question, et congrue. Elle nous rappelle que l’on a toujours eu un peu peur de ce que l’on disait du purgatoire, de ce que l’on disait de Dieu, du paradis, de ce qu’il serait à jamais perdu. On grimpe à la corde à linge et on se retrouve face à une lourde porte de bois vermoulu, bien sûr, rivets et montants rouillés apparents. C’est impressionnant, une telle porte. On frissonne. On se serre les coudes. On se lance.
Sortir.
— Toc toc ! C’est Moi !
Entrer.
On attend.
On aurait peut-être dû apporter un cadeau pour amadouer le portier et son hôte, un morceau de tarte aux fraises ou un tire-bouchon. Quelque chose de gentil. Une glace au chocolat dans un sac isotherme. Des fleurs. Dieu aime-t-il les fleurs ou préfère-t-il sucer, des bonbons ? On n’aura jamais la réponse à la question. On n’a pas eu longtemps à attendre. On nous ouvre. saint Pierre est là, le sourire aux lèvres. D’après ce que l’on nous a raconté, il doit nous faire l’annonce de notre destin. Où va-t-il nous envoyer ? Au chaud ? Au froid ? À droite, à gauche, en haut, en bas ? Ailleurs. Est-ce lui qui décide où, avec qui, pour quoi faire ?
On se trompe de décor. C’est une fable.
Qui sait ?
Sortir.
C’est d’emblée moins urgent.
On se concentre de nouveau sur la chanson qui passe. La mélodie est agréable. La voix nous rassure. On monte le son.

« C’est le Bon Dieu qui nous fait. C’est le Bon Dieu qui nous brise. »

Salaud ! [36d] [20d] [10f] [8f] [157f]

19.

Je frissonne. Ce n’est pas le froid qui m’atteint. C’est la peur. Le silence. Je tends l’oreille. Je n’entends rien. Serais-je devenue sourde en plus d’être aveugle ? Je frémis. Je tremble. Mes cellules nerveuses fulminent leur noyau et se frottent avec frénésie les unes contre les autres. Elles se percutent, s’emballent. Elles perdent le sens de la mesure. Ma chair se dérobe. Je joins mes paumes. Le froid revient sur les biceps mais ce n’est pas tout à fait du froid. Cela ressemble peut-être à une courbature mais ce n’est pas une courbature. Ce n’est pas non plus véritablement une douleur, pas une crampe. C’est comme un poids aussi lourd qu’il ne pèse rien, une présence, une expansion de la chair qui devient spongieuse pour absorber l’onde de choc d’un silence qui me paraît sans fond.
Ça tire un peu. Ça gonfle. Ça vient, ça va. C’est là, telle une masse qui grouille. C’est accablant. Je suffoque et pourtant, c’est précieux : cela dit que le corps est intact. Je me concentre encore. Je suis en un seul morceau. C’est inespéré. Je bande l’aorte. Mon cœur bat. Je savoure sa présence. L’émotion me ravit et m’oppresse tout aussitôt. Mes paupières s’étirent vers l’extérieur. Une larme point. Un réflexe palpébral l’efface. Le froid, de nouveau. La faim. Le vide.
Je me tends encore vers les battements de mon cœur. Je ne parviens plus à les entendre. Je guette. J’ai froid, toujours. Je me serre un peu plus contre moi-même. Je m’étouffe. Je m’étrangle. Je dois crier pour reprendre de l’air, comme le premier jour. Quelle horreur ! Il y a du sang partout. Je ne veux pas voir. Il faudrait que je me voile la face. Mes mains glissent sur mon visage. Je fais front. Je n’ai plus le choix.

 [260d] [163d] [160d] [259f]

20.

— Pan !
On sursaute encore. On a eu peur, toujours.
Oublier.
Aimer.
— Pan ! Pan !
Mais qui nous tire dessus ? On se planque derrière l’os du bassin. On met les mains devant les yeux. C’est idiot. Pourquoi se cacher la vue quand la peur inonde ? Cela ne peut pas l’effacer tant l’image est gravée dans le plus lointain du cerveau, indélébile.
— Pan !
Le silence est rompu. Les bruits reviennent.
On entend une sirène qui s’approche. On sort de notre cachette. On court à la fenêtre. Le hurlement se dissipe. On revient s’asseoir près du dictionnaire. On frissonne de nouveau. On croise les bras, les doigts crochetés en haut du chandail juste sous les épaules. On se rassemble. On se protège. Il faut absolument que le légiste puisse dire dans son rapport que l’on s’est défendue. On n’a pas pu mourir sans combattre. On n’a pas pu mourir.
Trop tard.
On est piégée dans cette boîte avec le corps qui se délite.
À moins que…
Sortir.
On écoute. Le silence est revenu. Il ressemble tant à la mort. Il glace. Il transperce. Il tue. Pourquoi se sent-on encore en vie, alors ? On pose la question au poisson qui pue. Il nous regarde d’un œil circonspect et nous invite à consulter la corde à linge.
Elle rit.
On meurt.
Sortir.
Peut-être que du bruit pourrait nous ramener au monde ? On tend l’oreille. Une goutte de pluie cogne sur le zinc de la fenêtre. Un réveil tictaque. Une araignée grimpe au mur. On y est ! On entend le frottement imperceptible de ses pattes sur le papier peint. C’est elle, qui vient.
— Pan !
Ça suffit ! Qui veut nous faire peur ?
— Pan ! Pan !
Non !
Qui veut nous abattre ? Qui veut nous atteindre ? Qui tire à vue dans notre silence ? On veut du bruit, vite, du bruit qui couvre la déflagration, du bruit plus fort que l’araignée qui tisse sa toile, du bruit dans la boîte, du bruit qui nous enveloppe, du bruit qui nous assure. Du bruit qui nous apaise. Du bruit vivant. Pas du bruit qui achève.
Assourdir.
Vivre.
On se recroqueville. On cherche un son qui nous sorte de l’épouvante. Une feuille tombe sur le gravier de l’allée. Elle transit. On se souvient des cris d’un enfant qui pleure ; c’est pire. On entend un moteur de voiture, un diesel encrassé, de préférence, une musique qui chauffe la poitrine, un écho qui enchante. L’eau que la cafetière expulse. Une voix. Laquelle ? La sonnerie d’un téléphone. Un rire. Un peu d’air que l’on inhale. La lame du couteau d’office sous la peau d’une pomme. Une étoffe. La circulation d’un train. Un…
— Pan !
Il faut que cesse cette détonation.
— Pan ! Pan ! Pan ! Pan pan !
Ça suffit, maintenant ! Qui s’amuse ?
Combattre.
Répondre.
On serre les poings. On cogne dans le vide. Un os fuse. La paroi capitonnée l’amortit. On le récupère. Il reprend sa place. On guette la prochaine détonation, prête à bondir.
Saisir.
— P… !
Bingo ! On l’a chopée au vol. On la jette à la poubelle. [37d] Vlan ! Elle se prend le couvercle sur le coin de la figure. Ça y est. On a gagné. Elle n’y est plus. Le silence que l’on s’est choisi est revenu. On savoure. On est libre désormais de le rompre, si on le veut, comme on le veut. Libre ? La peur n’a pas disparu. On fait quelques pas. On rallume la radio. France info. C’est si bon, ces voix qui envahissent la boîte. Le vide pèse encore son poids. [31f] Le béton craque quelque part. On sursaute.
— P… !
C’est fini. La détonation se perd en route.
— Boum ! Boum, boum. Boum ! Boum, boum !
On préfère. Un cœur bat pas loin d’ici et, si l’on chante, on entend une voix ? [32f] [33f] [75d] [47d]
Bien sûr que non. On a perdu l’ouïe autant que la vue et maintenant la raison s’égare. C’est pire que tout. Ce n’est pas sûr tant que l’on reste sur le chemin.
Gager.
Rien n’est plus sûr. [158f]
Aimer.
C’est le moins certain.
Le moins.
Certain. [162d] [161d]

21.

On a oublié de manger la tartine.
Ce doit être pour cela que l’on avait faim, à cause de cet oubli. [73f] Rien d’autre. Absolument rien d’autre. On ne s’alimente plus depuis que l’on est ici, coincée au milieu de cet agrégat de chair voué à la dissolution. Est-ce le signe d’un état particulier ? Cela ne peut pas : rien ne nous a jamais empêchée de manger, ni le bonheur, ni le chagrin, ni l’envie de rien, ni autre chose. On doit en convenir : ici, on n’a tout simplement plus le loisir de se nourrir, de croquer, mâcher, sucer, avaler, et la raison n’est pas que l’estomac aurait implosé en déversant ses humeurs fétides partout la chair. [159f]
Souiller.
Épurer.
Il va nous falloir une bonne dose de récurants.
Répéter.
On a oublié de manger la tartine.
Ce doit être pour cela que l’on est dans une drôle de posture. On y est, sans y être, une araignée quelque part dans le capiton et des gouttes de pluie sur le zinc. On y est, peut-être, ou peut-être pas, et l’on tente de recoller les morceaux de l’histoire d’un corps qui part en charpies avec l’impératif d’en sortir tout en ignorant quand et comment. Pourquoi.
Fuir.
Il n’en est pas question. On doit faire face.
Sortir.
Quand tout sera réglé.
Quand le pardon sera acquis.
Le pardon ? La Bible nous fait un signe. On l’ignore même si l’on a dans l’idée que l’on doit produire un travail de mémoire qui apaise, une sorte de chemin vers soi pour être libre, enfin. Libre de ce que l’on était coupable même si on ne l’était pas. Libre de ce que l’on a porté et dont on n’a jamais su se défaire. Libre de soi, guérie des blessures et des outrages.
S’affranchir.
Rambiner.
Peut-on encore panser les plaies ? Il n’est pas dit qu’il le faille. On a oublié la trousse à pharmacie et il n’y a près du corps ni sparadrap, ni compresse, pas même un peu d’alcool pour brûler les tourments qui ravivent l’ulcération. On est démunie. On est seule face à ce qui ronge.
Sortir.
Appréhender.
N’est-il pas trop tard pour se souvenir ?
Un pasteur a dit, lors d’une cérémonie commémorative, qu’il n’était plus lieu de se lamenter de ce que l’on avait fait ou pas fait quand l’autre était vivant alors que maintenant il est mort. Il invitait alors l’assemblée à s’emparer du souvenir du défunt et à le porter à la mémoire, pour le faire vivre et s’en repentir.
Bats les pattes !
Que l’on nous laisse libre de notre chapitre ! Notre empreinte nous appartient. Les plaies sont béantes et les coups vont voler.
Pardonner.
C’est comme aimer, c’est trop compliqué, surtout du fin fond de ce corps qui se délite. On doit changer la perspective.
Sortir.
Comme pour une résurrection ?
Et puis quoi encore ? On n’est pas la fille de Dieu. Dieu ne peut pas avoir de fille car il la voudrait aussi courageuse que le Petit Jésus fût tout-puissant. Les filles courbent l’échine face à la violence. Elles n’ont pas d’autre argument que leurs gros nichons qui alimentent de leur lait les fils, futurs guerriers, futurs pasteurs, pas des pasteurs du genre de celui dont on se souvient, mais du genre des autres, de ceux qui mènent le monde comme un berger ses moutons.
Le chien aboie. On va tous dans la même direction.
Par là.
Ou par ici.
On préfère, en général, aller là où l’on n’y est pas.
Penser.
Sortir.
C’est aussi une méthode. On y songe.
— Boum !
Qu’est-ce encore que cette déflagration ?
— Le nichon.
Ça peut exploser, un nichon ?
On pourrait aussi déduire des paroles du pasteur qu’il est urgent de faire ce que l’on à faire, aimer ceux que l’on à aimer, se séparer de ceux qui nous méprisent. Il était gentil, le pasteur, mais l’on fait ce que l’on peut, chacun, quand on est du côté de la vie où Dieu s’engraisse de nos prières pour nous bercer de nos illusions. On peut toujours y croire ; cela ne mange pas de pain.
Justement, cette tartine… On a faim.
— Boum !
Encore ?
C’était bien le nichon : on vient de voir voler le second.
Ça pète à foison. On sursaute derechef. C’est que ça fait peur, un nichon qui explose et envoie son tétin au Ciel afin de le placer en orbite de la Terre pour confier l’humanité à la surveillance d’un mamelon géostationnaire. Pourvu que saint Pierre le prenne dans l’œil histoire que l’on rigole un peu ! Voyeur ! Goujat ! Mais de quoi parle-t-on ? On a perdu le fil.
Et mangé la tartine. [36f]
Et la réponse ? Où est la réponse ?
A-t-on déjà oublié que l’on avait reçu quelque chose ? On était émue. Peut-être que si l’on s’appliquait, on trouverait plus vite par quelle voie sortir. Enfin. Il serait temps. On commence à se sentir pourrir à l’instar de la chair alentour.
Ouvrir.
L’enveloppe, et trouver la réponse.
Lire.
Où a-t-on mis nos lunettes ?
— Boum !
C’était l’œil cette fois. Ou le cerveau, on ne sait plus. On ne sait pas. On oublie le corps qui part en vrille. On ne pense plus qu’à cette réponse qui est venue. On voudrait la lire. On sait pourtant qu’elle est vaine. Doit-on déchirer le poulet ? Non. Il faut le laisser se défaire de lui-même ; chacun son tour d’y perdre des plumes. Et puis, il n’est plus question de mettre les mots qu’il contient dans le dictionnaire. Ils seraient foutus de trancher dans le mauvais sens.
On doit oublier cette réponse.
On cherche une issue. On fouille l’endroit. On voudrait retrouver la tartine. On y avait mis du beurre. Ça glisse. Ce n’est pas comme la réponse qui, elle, était râpeuse.
Quelle réponse ?
Ou oublie. [261f]


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[*Le Parisien, 10 février 2011.

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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