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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-31 janvier 2011



Cy Jung feuillets — V-01 31 janvier 2011

 [15d]

12.

Non ! pas les seins, s’il te plaît. Je n’aime pas ça. Passe les seins. Passe à autre chose. Je t’offre mon ventre. Tu ne l’aimes pas, mon ventre ? Et mes fesses ? J’ai envie que tu aimes mes fesses autant que tu m’aimes, que tu m’aimes à travers elles, par devers, par devant, par derrière. Et mon sexe aussi, ma vulve, petites et grandes lèvres, clitoris, toute chair confondue, vagin, fourchette, anus. que tu m’aimes dans ma matière, muscles, graisse, viande, que tu me portes à jouir de nerf en nerf jusqu’à ce que mon cerveau implose.
Ta main quitte mes seins. Elle saute le ventre. Ta paume se soulève. Tes doigts se fraient un chemin dans la foison de mes poils. Ils les frisent au passage, cherchent la peau en dessous puis fusent. Je frémis, du moins je crois. Je me tends vers toi. Ma vulve est impatiente. Elle imagine ces phalanges qui vont l’entr’ouvrir, s’imbiber de son suc, fouir, attiser, venir, prendre. Mon bassin se soulève. Mon clitoris se hisse sous son capuchon. Mon vagin suinte, tranquille. Il sait que tu viendras. Un doigt s’approche plus que les autres. Il effleure l’arrondi des lèvres, frise quelques poils au passage, revient vers le ventre, repart côté cuisses, ouvertes, larges, pleines. Il…
Où est-il ? Il est parti ? C’est impossible. Je le cherche. Je me tords. Ma chair proteste. Elle s’insurge, plus luisante encore. Je suis en manque. Je bous. Je fonds. Je coule. Je réclame tes mots pour racheter ton doigt. Je veux ta voix. Tu caresses ma joue. Tu me regardes, silencieuse. Mes yeux t’implorent. Tu souris. Ton ventre s’est calé de nouveau sur le mien, une cuisse entre les miennes, cette fois. Mon sexe se sert. Il s’y frotte. Il s’y excite. Tu approches ta bouche de l mienne. Tes lèvres d’abord, puis ta langue. Ma vulve imagine de plus belle. Une langue ! Le paradis sur chair. Mes bras se referment autour de tes reins. Mes mains dévorent tes fesses. Viens ! Tu m’embrasses encore. Tu n’es pas pressée. C’est ce que je veux, et pourtant !
Je sais. Quand ta main va venir, elle sera hors contrôle. Vas-tu me dire que tu m’aimes pour accompagner ma jouissance ? C’est si rare que l’esprit ait sa part du gâteau, entende ces mots qui sont sa caresse, qui aiguisent ses sens, que le corps entre en fusion, accapare ces pensées qui prennent la tangente, totalise tout ce que jouir suppose. Et le plaisir préside. Tu m’embrasses pendant que ton corps se dégage. Ta main prend la place de ta cuisse. Deux doigts partent tout droit, bien en ligne. Deux ou bien trois ? Je ne sais pas. Je suis à toi, à ta mesure, à ta portée. Viens ! Prends. Donne-moi accès à ma chair, que vibre la moindre fibre en moi et que mon cerveau tremble sous le cataclysme.
Il se cogne contre les parois de mon crâne. Je perds l’équilibre. Tu percutes. J’ingère. Tu sillonnes. Je plie. Je me divise. Ton autre main entoure mes épaules. Tu me souris une dernière fois. J’ai fermé les yeux. Je m’accroche à ce que je trouve de toi. Je veux te mordre. Je veux te manger. Je veux que tu passes par ma bouche. T’avaler. T’engloutir. Te sentir tout au fond de moi, boule de chair vivante qui me nourrit, me comble. Je veux te sentir là, que tu ne bouges plus et que mon corps, à t’entourer, fasse sa part de l’orgasme.
Tu t’appliques. Laisse filer ! Viens ! Partons ensemble. Ma main se glisse entre tes cuisses. Elle cherche l’intimité de ton sexe, s’y coule en douceur. Je la laisse agir. Elle fera ce qu’elle peut. Pourvu qu’elle sache mener ta danse. Il semble qu’elle sait. Nos souffles s’assemblent. Le lit grince. Nos bras s’étreignent. Nos doigts s’exaltent. Nos corps s’imbibent des flaveurs de nos sexes en décomposition. J’arrête ta partition. Je suis pleine. Je m’ancre. Je crie. Tu souffles. La pulpe de mon index rougit ton clitoris. Odeur de feu. Tu cries. Je pars. Je décolle. Tu t’accroches à mon corps pour voler avec moi. Viens ! Viens ! mon amour. Tu t’affales. Je m’affaisse. Ta tête roule au creux de mon cou. Tu me renifles. J’aurais voulu sue tu parles ; Je n’ai rien dit. Il est peut-être temps que les mots disent l’émotion encore intacte.
Les mots. En sont-ils capable. Tu relève la tête. Tu me sourit. Tu poses tes lèvres près de mon oreille. Tu dis « je t’aime » dans un souffle. Quelque chose de très chaud avive ma peau. Je transpire. Tes doigts sont toujours au fond de mon sexe. Il pompe. J’attrape ta nuque. Je plaque ta bouche contre la mienne. Tout mon corps tremble. Tout mon être savoure. Aura-t-il suffit d’un mot d’amour pour que le corps éprouve ? Il aura. Il a. Il est. Je t’aime. Tu m’aimes. Et je suis.

13.

On repense à Dieu. On n’aimait pas qu’elle nous caresse la poitrine. Cela nous était désagréable. Dieu non plus ne nous était pas très agréable. On n’y croyait pas plus que ça, à vrai dire. On croyait en l’amour, en ce qu’il porte l’esprit à autre chose que la matière. L’amour. N’a-t-on pas dit que c’était trop compliqué, indiquant par là qu’il serait bon de s’abstenir ?
On a toujours participé, en souvenir de ceux mort pour la France ! Plaît-il ? L’amour. On l’a toujours tenté. On le tente encore. Peut-être qu’il n’est pas trop tard. On jette les pensées par delà la chair au fur et à mesure qu’elles jaillissent. Ce corps qui se délite inspire au geyser mental. Ça fuse. On laisse aller. On est tranquille. On rêve que ce soit facile. Sortir. Laisser faire. Pour une fois, ne rien retenir. On oublie. On n’a pas fait la bataille d’Austerlitz. On a échappé au pire. Alors l’amour, ce n’était donc pas le pire ?
C’était meilleur, chacun le dit. Et nous, on dit quoi ? On ne sait pas. On se souvient d’avoir joui. On se souvient d’avoir été bien, d’avoir eu des moment où tout était bon, même les steak haché trop cuits et trop salé de la cantine. Sorit. On a faim soudain. C’est impossible, on le sait ; On a faim pourtant, on a soif. Le corps a toujours quelques existences. Il pue de plus en plus. On se bouche le nez. On se voile la face. Et on reste là, à attendre. Voilà.
Quoi d’autre ?
Il doit bien avoir quelque chose d’autre, quelque chose de très positif ? Pas Dieu ! Encore lui. On doit lui régler son compte, o soto gari, sinon, il est foutu de pourrir ce qu’il nous reste d’envie. Dieu. On y vient. On y va. Il peut tout endurer. Ne nous en privons pas. [15f]


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[15dDébut-2011:01:31

[15fFin-2011:01:31





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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