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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-21 mars 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 21 mars 2012

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67.

On a entendu dire un jour dans une église, à l’occasion d’une simple veillée, que l’on sortirait par la bouche, portée par un souffle, celui de Dieu ou quelque chose dans le genre, ou quelque chose de très différent. On n’a pas bien saisi. On se concentre pour retrouver les mots, l’idée. Un air nous revient.

« Souffle de vie, quelle est ta joie ? »

C’était donc ça.
Non, la liste nous rappelle à l’ordre. On se fourvoie, dit-elle : c’était de « source » dont parlait la chanson, pas de « souffle ». C’est pareil. Ou presque. La Bible tente une exégèse. On ne l’écoute pas. On préfère regretter de n’avoir compris qu’aujourd’hui qu’il y aurait un lien entre le souffle et la joie, même si c’est de source dont il serait question. C’est dommage. Le poumon n’est plus en état. Il tient à peine enflé, grâce surtout au goudron et aux poussières qui en tapissent l’intérieur. On appuie. Il s’affaisse, infichu de se regonfler et d’assurer la ventilation. On sent pourtant une espèce de courant d’air.
Frémir.
On s’emballe dans la couette. C’est irrespirable. On ressort.
C’est venteux.
Voler.
Décoiffer.
On cherche un peigne pour être présentable. La poupée nous rassure. Elle nous trouve sexy le cheveu ras en bataille. On en sourit d’aise sans être convaincue. On lisse l’accroche-cœur et on le rabat sur le front. Il s’ébouriffe derechef, porté par le courant d’air qui toujours circule de part en part et ampoule le capiton. On s’interroge sur l’ambiguïté de la situation. Serait-on déjà sortie, avec la boîte qui nous maintiendrait à proximité de la chair, comme une enveloppe, un sac, une prison ? C’est impossible. [215f] On le saurait, tout de même, si l’on était dehors ! Non ?
— Si tu M’écoutais un peu, tu aurais la réponse à ta question.
C’est agaçant, cette clochette, pire que Judas.
On doit l’ignorer.
Méconnaître.
— Justement non ! malheureuse.
Malheureuse toi-même ! [138f]
— Ça suffit ! Veux-tu M’entendre, pour cette fois ?
« Ça suffit ? » Mais elle est complètement frappée cette pauvre clochette ! Elle prétend maintenant nous dire quoi penser et s’agite comme la muleta devant les cornes de la vachette. Quel vacarme !
On lui balance la tartine et on se bouche les oreilles avec la paire de merguez.
— Tu ne crois tout de même pas arriver à Me rendre inaudible ?
On l’entend encore, d’un peu plus loin. C’est mieux même si l’on préférerait ne plus l’entendre du tout. Le couteau suisse nous indique qu’il y a peu de chance que cela arrive. On s’en moque. On pressent que si l’on en trouve la provenance, la source justement, on sera tranquille. Enfin.
On énumère, le coude posé sur le dictionnaire, la main enfouie dans les plumes de l’oreiller. Qui cela peut-il être ? Judas ? Cela colle de moins en moins avec l’idée que l’on se fait du personnage. La Samaritaine alors, qui viendrait se cacher derrière le tintement à moins que le grelot ne soit planqué au cœur de ses cuisses ? Elle nous aura décidément tout fait. Tout. Même le meilleur.
On passe.
Ce n’est pas le sujet.
On y revient.
Sortir.
Puisque l’on y est encore. Dans le corps. Dans la boîte. C’est la même chose. Ou plus exactement la même dimension.
C’est Judas qui l’a dit.
— Mais Je…
La corde à linge fuse. La clochette émet un dernier râle.
Merci.
On écoute.
C’est fini. On va pouvoir tergiverser en paix, loin de toute contradiction et de tout prosélytisme.
On y croit.
On se gratte la tête. On regarde la bouche. Elle est fermée sans que les lèvres ne soient véritablement pincées. Le couteau suisse se précipite. Il propose de bander la lame et de se faire pied de biche. C’est inutile. Si le souffle était encore à l’intérieur, on le sentirait à l’orée des trous de nez. Et le nez, c’est certain, ne transporte plus rien.
— Mais c’est de toi dont il s’agit ! Tu es le souffle ! [208d]
Judas ! Tu es donc toujours là !
— Je suis immortel. Alors tu M’écoutes ; sinon…
Sinon quoi, Judas ? Tu nous menaces à présent ? Oublierais-tu que l’on était judoka ?
— Mais je…
Je ne veux plus t’entendre.
— Tu vas le devoir, pourtant.
Et toi, il va falloir que tu apprennes à nous parler sur un autre ton. On n’est pas là non plus pour se faire engueuler par le traître de service. On fait ce que l’on peut. Et puis, comment être source et souffle à la fois ? Cela ferait des vagues, sauf si bien sûr le souffle est là pour soulever les jupons de la Samaritaine.
Encore elle !
On l’oublie. On se concentre sur le souffle.
Attiser.
Il nourrit le feu de joie que la source crée puis noie.
On soupire. Il ne manquait plus que ça, une histoire de papier, de caillou et de ciseau ! Il n’y a donc pas qu’aimer qui est si compliqué ?
Sortir.
Par exemple.
On résume.
On commence par quoi ? [203f] [209d] [216f] [217f]


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[206dDébut-2012:03:02

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[138fFin-2011:10:13

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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