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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-13 mars 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 13 mars 2012

 [212d] [116d] [116d] [115d] [114d] [116d]
 [188f] [189f] [194f]

53.

On se gratte les pieds.
On pourrait tout aussi bien éplucher des haricots verts. Des carottes, des poires, des petits pois, des oranges, tous les fruits, tous les légumes. La nourriture n’en serait que meilleure et cela occuperait nos mains à autre chose qu’à triturer la chair et sarcler la peau.
Tricoter.
C’est ce que l’on a fait pour arrêter de fumer. On a pris un crochet, du coton, de la laine. On a monté une chaînette de cinq ou six mailles. On l’a fermée d’une simple maille coulée. Une autre en l’air pour commencer un premier rang. Des mailles serrées à suivre en calculant au mieux les augmentations. On a fabriqué ainsi de jolies pattes à casserole, des patins pour le parquet, des écharpes, des ponchos avec col roulé. Puis c’est devenu compliqué. Plus le crochet était fin et les modèles pointus, plus on se perdait dans la succession des mailles et des rangs. C’était fastidieux. Alors, on a remisé notre ouvrage, dans un carton, à la cave, entre un reste de carrelage et un jeu de Monopoly.
Ranger.
Renoncer.
Il semble que l’on y ait gagné quelque chose, une sorte de sérénité qui nous faisait jusqu’alors défaut. Et sans que rien ne l’annonce, on n’a soudain plus eu peur du mal que l’on aurait pu nous faire.
On n’y croyait pas trop. On s’observait grandir.
On s’est remise à lire. On aimait de moins en moins regarder la télévision. On écoutait de la musique. On travaillait. On furetait sur la toile. On écrivait des mails. On buvait des cafés froids. On allait se promener seule ou avec des amies chères. On dînait. On militait, beaucoup. On faisait du judo, encore plus. On courait. On cuisinait. Et on téléphonait en faisant les cent pas.
Marcher.
Compter.
Et s’assurer du contenu de la liste. [190f]
« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Une vachette. Des chocolats. » [113f]
Quelque chose cloche. On lève les yeux au ciel. On se frictionne le menton. On avale une gorgée de salive. La faille émerge. Il semble que l’on doive changer l’ordre des choses, la vachette cohabite mal avec les chocolats.
On modifie.
On biffe, sans éliminer.
Cocher.
« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une vachette. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Des chocolats. »
Vingt et un. Le calcul tombe juste sans qu’il n’y ait besoin d’y ajouter des haricots verts. Le nez coule de nouveau. On vérifie que le dictionnaire est bien fermé. On n’a pas envie de lire la Bible. On écouterait volontiers de la musique mais on n’en a pas apporté. Les cordes vocales sont-elles en état de chanter ? La réponse est non. Alors, on se gratte les pieds. Ils ont perdu une bonne partie de leur peau. On se rabat sur la tartine puis sur une omoplate. On racle d’abord, on ronge ensuite. Le repas est terminé. Dieu passe l’éponge. On va pouvoir se reposer jusqu’à la prochaine cène.
Manger.
Dormir.
On a envie de rêver.
On suce notre pouce, pulpe collée au palais. De l’autre main, on fait rouler une mèche de cheveux. On est retombée en enfance.
Chouiner.
On y renonce. Cela donne mal à la tête.
Caguer.
On aurait dû prendre du papier pour s’essuyer les fesses. Cela ne sent pas très bon sans que le poisson qui pue n’y soit pour quelque chose. Et ça colle ! On se retourne. Le poumon émet un long râle putrescent. Ce sera le dernier. C’est heureux. Cette émission était vraiment dégoûtante. On coupe le son. On attrape la poupée. On la sert fort dans nos bras. Le rose de ses joues nous console. Sa perruque synthétique nous chatouille un peu. On s’en moque. On est bien. On a envie que cela dure.
Pour l’éternité ?
On ignore de quoi il s’agit.
Durer.
On pose la tête dans le creux de l’estomac. On ferme les yeux. On imagine un jardin luxuriant, avec un pommier et un magnifique serpent qui s’enroule autour du tronc, langue fourchue en direction d’un fruit presque mûr.
— C’est le Paradis !
Et puis quoi, encore ? Judas, tu sais bien que l’on n’a pas envie de paradis, surtout s’il se situe en pleine nature, avec toutes ces bêtes qui mordent et toutes ces plantes qui piquent ! On a si peur des serpents… On frémit. La chair y perd de sa consistance. On a peur, Judas ! On a peur au souvenir de cette vipère écrasée sur la route alors que l’on passait à mobylette. Maman conduisait la mobylette. On était assise sur le porte-bagages. Le serpent était venimeux. Même réduit à l’état de crêpe, il aurait pu attaquer.
Tuer.
La mobylette itou.
Elle était rouge, comme du sang. Rouge, comme la cocarde, comme la tache qui noircit le poil du taureau quand on plante la banderille.
— Olé ! [114f]
La vachette pointe ses cornes, tête haute, queue basse, poil luisant. Elle frappe le sable du sabot. Elle souffle. On la rassure. Elle se rendort. La paix règne dans la boîte, la concorde. La violence est en panne. On congédie le rêve. On garde les yeux fermés. On voudrait que quelque chose se passe, quelque chose de doux, de tendre, de bienveillant. On voudrait y aller comme on avance dans la fraîcheur du matin, offerte à ce jour que l’aurore annonce, sereine, souriante.
Où irait-on ? C’est comme quand il s’agissait de partir en vacances, on ne sait pas où aller. Il va falloir pourtant trouver. On pressent que cela nous aiderait à sortir. On est revenue à la case départ. On chasse le dépit qui pointe à fleur de nichon. Il vole. On lance les dés. On doit avancer. On a toutes les clés, même celles que l’on croyait restées posées dans l’entrée près du tournevis, du stock de Kleenex et de la montre chronomètre.
Quelle est la porte qu’elles déverrouillent ? On appuie sur la première poignée venue et l’on affronte l’évidence.
L’espace est toujours clos.
La chair ne s’échappera pas de la boîte. Elle va y pourrir et ne se mêlera à la terre que le jour où le bois et le capiton se désagrégeront. Cela peut prendre du temps, surtout que le chêne est bien verni et à coup sûr traité contre la moisissure, les vers et autres parasites. Cela ne nous arrange pas. On va devoir nous en extraire par nous-mêmes à moins que notre destination n’ait rien à voir avec la matière telle qu’on l’a connue.
On a pourtant besoin du corps, pour éprouver.
Désirer.
Réputer.
C’est comme la Samaritaine avec son eau, sa cruche et la soif.
C’est comme tout, la mort, la boîte, la chair, la liste, une figure, une parabole. « Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une vachette. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Des chocolats. » [115f]
On épluche la corde à linge. Elle rouille sous sa protection en plastique. On l’enduit de moutarde. Elle dit que ça brûle. On calme la douleur avec un peu de tarte aux fraises. La poupée prépare le cartable de la vachette et le dictionnaire s’offre la tartine. Tout le monde est à son aise. La chair est apaisée. Elle se délite sans bruit. On dirait même qu’elle commence à ne plus rien sentir.
On retire la pince du nez. En effet. On ne sent plus rien à part les émotions, bien sûr, qui restent vives. Elles se cherchent un objet de désir, un purgatoire. Non, un exutoire. Ce n’est pas parce que les mots riment qu’ils disent la même chose. Le dictionnaire tranche et la Bible étanche la soif de la Samaritaine. Cela lui donne un air de déesse grecque petite tunique vaporeuse et épines sur la tête en moins. [193d] [118d]
Planer.
C’est aussi un moyen de sortir. Encore faudrait-il une substance hallucinogène qui nous transporte.
— Je suis là !
Mais non, Judas ! on ne va pas sniffer des lentilles.
— Arrête avec cette histoire de lentilles. Tu te trompes de personnage !
Ne te défile pas ! Tout le monde le sait, Judas, que tu t’es vendu au diable.
— C’est toi qui dérailles. Retourne lire la Bible, tu verras.
Et puis quoi encore ? On n’est pas dupe. Toutes les histoires se valent, avec leur lot de mensonge, de trahison et de souffrance. On ne veut plus voir ça. Plus jamais. On remet la pince sur le nez. C’est plus sûr. On ouvre le dictionnaire. On voudrait savoir ce que signifie « avunculaire ». Le mot était resté dans un texto en attendant que l’on ait la gentillesse de le prendre en considération. Voilà qui est fait.
Le dictionnaire répond que c’est une histoire de tante.
— Pédé !
Et d’oncle.
Judas ! excuse-toi auprès de la dame.
— Que dalle ! [111d]
Ce Judas est vraiment grossier pour un personnage biblique. Cela ne nuit-il pas à la crédibilité de la foi ? Il faudra que l’on demande à Dieu ce qu’il en pense à l’occasion de la prochaine vaisselle.
— En Judas, Je me mouille.
Satanée clochette !
On fait une boule de la chaussette et on la lance pour la faire taire. Cela produit un bruit sourd, comme un tocsin. Quelqu’un est-il mort ? Ou alors, c’est la guerre. On tend l’oreille en prenant soin de ne pas l’égarer. On n’entend ni le son du canon ni le bruit des bottes. Il faut dire que la guerre est parfois sourde ; elle n’en est pas moins meurtrière.
Vaincre.
On brandit une sandalette sortie de nulle part. On manque de se couper. On la remet dans son fourreau.
Résister.
On récupère la chaussette. On dénoue la boule. On y emballe le foie. Il commençait à s’émietter. La chaussette n’y suffit pas. On ajoute du tissu adipeux. La solution est dans la chair. On le sait. Elle donne cette forme particulière de joie qui porte l’esprit vers la créance. On court après la Samaritaine ; elle est trop rapide ! On l’a perdue quand elle a tourné le coin de la fontaine. Il nous en faut une autre. Où va-t-on la trouver ? L’eau se vend désormais en bouteille. On reprend le dictionnaire. On veut savoir quel est le mot qui suit « avunculaire ». « Awalé » ; c’est une idée.
Jouer.
Cela nous occuperait.
On marque la page avec le couteau suisse. On balance la tête comme si une douce musique nous berçait.

« Lalala. »

Ce n’est pas un leurre ! On l’entend… Léonard Cohen chante The Faith.
La foi.
On y est. On est là.
Et Dieu ?
Il essuie la vaisselle.
Déjà ? On ne se souvient pourtant pas du partage d’un autre repas.
Sortir.
On sourit d’abord. On salue la chair. On flatte le corps. Ce qu’il reste des muscles bande. Les tendons jouent de la cornemuse en duo avec les humeurs presque solides à présent. L’épiderme s’offre une dernière jeunesse — quel Don Juan ! Le clitoris reste en retrait. Les yeux se voilent derrière la poussière du cerveau. Des larmes ont cristallisé sur les joues. On n’y touche pas. Elles brillent comme des perles. Ce sont des larmes de joie.
La foi.

« Lalala. »

On tire la langue. Il ne sert à rien de s’y dérober.
La foi.
On l’a. On la tient. On ne la lâche pas. [109f]

« Lalala. »


— Tralalère. [110f] [112d]
Sortir.
On y croit. [116f] [192d]

54.

Je pompe. Mes muscles souffrent. J’inhale bouche grande ouverte pour les alimenter du maximum d’oxygène possible. Ma sueur, sur ma nuque, tente de les rafraîchir. Elle dégoutte le long de l’échine et glace. Je fume. Je veux arriver jusqu’à dix. Je sais que je peux y arriver. Je m’applique. Je plie les coudes. Je serre les fesses. Mon ventre se tend. Je déplie de nouveau les bras. Je marque une pause d’une fraction de seconde. Je redescends, le menton à fleur de tapis. La sueur brûle mes yeux. Je secoue la tête. C’est l’hécatombe. Les gouttes se précipitent, le long du nez, sur les joues, depuis les tempes. Mon crâne est un déluge. [106f] Je me vide. Je m’écoule. C’est le mal qui s’échappe, la douleur, le trou, la faille. J’exsude. Mon corps recouvre son unité, ma chair sa plénitude. Je me liquéfie et pourtant, je suis comble. [195d] [122d] [120d] [119d] [191f]

55.

On éteint la cuisson des carottes. On couvre, sans égoutter. On ferme un œil. Puis l’autre.
Rêver.
On est sur une île. C’est la guerre. On doit se cacher. Les Allemands sont partout. On erre de fossés en troncs d’arbre. On est à bout. On ne sait plus où aller. Alors on s’assoit sur les talons au bord de la route, et on mange des bonbons. Des soldats patrouillent. Ils ne nous voient pas. On reste là. On se gave de friandises. On dirait que cela nous rend transparente à cette armée qui a envahi l’île. Une voiture s’arrête. Ce sont des Japonnais. On monte à l’arrière, coincée entre deux grands gars assez costauds. Deux autres sont à l’avant. La voiture roule jusqu’à une entrée de parking sous un immeuble, de ces parkings auxquels on accède par un ascenseur. On reste dans la voiture. L’ascenseur nous emporte. Arrivé en bas, on emprunte un escalier, puis une échelle de corde, et tout au fond du fond il y a une grande salle, immense, peut-être infinie. Des gens sont assis, des milliers de gens, serrés pires que des poissons qui puent dans une boîte de champignons. Et pourtant, on trouve tout de suite une place. L’homme à côté de nous nous sourit. On est sauve.
Vivre.
Loger.
La poupée nous tire par la manche. Elle nous réveille. On secoue la tête comme un animal qui s’ébroue. On est contrariée par son intrusion dans le rêve. On la rudoie.
Elle s’excuse. Elle voulait juste que l’on raconte une histoire.
On baisse d’un ton.
C’est vrai qu’on l’avait promis. On demande un répit. On veut retourner dans le rêve. On racontera l’histoire ensuite. On le jure. On est si bien, là, au milieu de ces gens assis les uns contre les autres, agglutinés sans pour autant qu’ils ne soient collés. L’espace de chacun est respecté.
On est vraiment bien.
On est en sécurité.
Et chose plus étrange encore, ce sont des Japonnais qui nous ont sauvée des Allemands.

56.

On voudrait retenir le rêve, que la vie lui ressemble. Ou la mort.
Qu’importe !
On ne va pas se laisser embarquer dans ce genre de détails.
Sortir.
On enfile un kimono. On salue le tapis. On écoute la consigne. « Sasae tsuri komi ashi. » Le mot est joli. La prise est redoutable.
On prend la garde. On tire sur la manche, bien à l’horizontale. On bloque le pied, plante sur la malléole. On pivote. Uke tombe. Son bras fouette le tatami. On le suit au sol. Il nous retourne comme une crêpe. On est coincée. On tente l’écrevisse. Uke appuie de tout son poids sur nos côtes. Ça craque. On s’en moque. On aime le corps à corps, sentir la compression des chairs, éprouver son souffle, son odeur. Cela nous rappelle… Oui ! cela nous rappelle…
« Mais quoi donc ? » crie la poupée.
On hésite.
Est-elle en âge d’entendre ce que l’on aurait à raconter ? Et le restant de la liste ? On ne voudrait choquer personne, surtout pas Dieu dont chacun sait qu’il a la morale pudibonde.
— C’est bien mal Me connaître.
Judas… Tais-toi.
On est fatiguée de tes remarques acerbes. On n’a plus même la force de hausser les épaules. On a soudain besoin de silence et de repos. On s’allonge sur le dos. On respire lentement. On baisse à nouveau les paupières. On pose les mains sur le ventre. Hara. On cherche une image. On aimait faire basculer l’esprit au cœur d’un rêve érotique pour s’endormir. On puise dans nos souvenirs. On croise une vague représentation de la Samaritaine, son boléro noir, sa jupe rouge, ses bas résille et sa culotte en chiffon de comptoir. [121d]
On doit confondre. Elle ressemble à Carmen.
— Prends garde à toi !
Mais Dieu, je t’aime.
On déraille. Voilà que l’on prend Judas pour Dieu, à moins que ce ne soit l’inverse. [118f]
Dériver.
Il nous faudrait un canot, ou une bouée de sauvetage, un rondin. On n’a rien de tout cela. On est au milieu de l’océan. On maintient comme on le peut la tête hors de l’eau. On nage. On rame. On flotte sur les illusions.
Botter.
Si seulement on faisait une touche, il se passerait enfin quelque chose, ceci ou cela, qu’importe ! pourvu que ce soit doux, tendre, bienveillant. Si seulement… Il y a eu tant de choses qui sont passées sans qu’elles ne soient ainsi, tant et tant que l’on pourrait craindre que l’amour ne s’y résume.
Souffrir.
Il n’en est plus question.
Aimer.
Jouir.
On ne veut nulle autre addition. On paie la note. On quitte la table sans laisser de pourboire. On enfile une paire de solaires. On gaine. On ouvre les épaules. On sourit. On avance au milieu de la route. On repère un jardin public. On y entre. On tourne autour de la lettre d’amour. On hésite encore à la lire. Elle renferme une telle quantité de malentendus et de blessures ! Et d’amour, aussi. De désir plutôt. D’excitation. Comment ne pas confondre les trois ? On n’a pas la réponse à cette question. On en appelle au clitoris. Il est incapable de se prononcer, ratatiné qu’il est sous son capuchon. La vulve alentour n’en mène guère plus large. On frotte un peu avec l’oreiller. On fait trois vœux que l’on garde secrets. Rien ne se passe. La pompe à cyprine est hors service. Il va nous falloir trouver une autre source de jouissance. Tant va à l’eau…
Foutue Samaritaine !
Elle est partie, envolée et le désir avec.
On invoque le secours de la Bible. Elle suggère le Cantique des Cantiques. On lit. C’est cochon ! La vachette proteste. Elle ne veut aucune concurrence animale. On la rassure. Carmen a embarqué la Samaritaine qui de toute façon ne nous a jamais désirée.
— Salopes !
En effet.
La vachette se rassoit et s’endort sur sa position dominante, cocarde en berne. On l’observe. Elle nous inspire un retrait stratégique. On choisit de se planquer dans l’entre-deux-fesses. C’est exigu et fétide mais il y fait bon. On va pouvoir se refaire une santé jusqu’à recouvrer le désir, la joie. Les deux vont si bien ensemble… La chair soupire.
Jouir.
Sortir.
Ce n’est pas l’envie qui nous manque. C’est quoi alors ? Quelque chose comme un ressort.
Sauter.
Tel le diable qui jaillit de sa boîte ? [117f] Encore faudrait-il que le couvercle se soulève au bon moment.
— Il se soulèvera.
Qu’en sais-tu, Judas ? Quand sais-tu ?
— Je sais. Écoute-Moi.
Qui fait donc derechef tinter cette satanée clochette ? C’est agaçant.
On regarde au loin. Il n’y a personne. On est seule dans la boîte avec la chair qui se délite et les éléments de la liste qui attendent l’histoire.
On est seule.
À moins que… [124d] [123d]
Aimer.
On y est. [119f] [192f] [197d] [196d]

57.

Mes mains se posent sur mes cuisses. Mes épaules prennent le large. Mon souffle m’enveloppe d’une étrange fébrilité. Mon ventre se creuse. Mes abdominaux dessinent un cône qui guide l’influx nerveux à ras de pubis, juste à l’endroit où la vulve prend naissance. Un filet de chair s’écoule dans le mouvement. Il transmet une quasi-chaleur au clitoris et mes petites lèvres chuchotent, prêtes à s’embraser en répons. Une courte irritation affleure. Va-t-il falloir que ma main s’en mêle pour que la chair jouisse de l’incendie qui court ?
Ce serait vain. La pulpe fait mine de s’enflammer alors que mon sexe est transi. Mes nymphes sont livides. Une urtication accessoire se fait passer pour une effervescence. Je grimace, du dépit au fond de la gorge. Mon corps se trompe. Il tente une contre-offensive et crispe le périnée d’un coup sec comme pour ferrer le gland et que se soulève le capuchon. Rien n’y fait, pas même une pensée vagabonde. Mon sexe brûle sans fondre. Il réclame une caresse, un baiser, une attention. Il invente. Je ne dois pas le laisser faire et choisis de mettre un terme à cette farce avant que ne surgissent mes impatiences.
Je ramène ma vulve à la raison d’une petite claque bien ajustée. La pensée s’échappe et se vide de toute substance libidinale. La brûlure s’estompe. Elle drope du côté du ventre, en passant par le pubis. L’estomac l’engloutit. Je me fige un instant, inquiète de la suite. Je gaine pour défier la douleur. Je lui interdis de poindre. Elle prend la tangente. Je respire enfin. L’oxygène me gave et me ravit. C’est terminé. Mon corps se cristallise dans une drôle de posture. [126d] Je suis frigide, mon entre-deux-cuisses simplement dévoué à la miction.
 [123f] [198d] [128d] [193f]

58.

On est là depuis combien de temps ? Là dans le corps ou là dans le corps qui se délite ? On l’ignore et ce, quel que soit le point de vue que l’on adopte. On s’interroge sur ce qui va se passer.
On est sans crainte, mais on s’interroge.
Sortir.
Rester.
On oscille toujours entre l’intuition que l’issue n’est plus très loin et l’éventualité de ne pas atteindre le but que l’on s’est fixé. On voudrait se forger une conviction.
On ne veut plus tourner en rond.
Faut-il changer la perspective, trouver une chignole pour percer un trou dans la paroi, placer le pétard sous la boîte de champignons et se planquer derrière la corde à linge pendant l’explosion ? On a cette histoire à raconter, avant, pendant, après. La liste s’impatiente. On a la Bible, aussi, à lire, le dictionnaire à éplucher. On a le rêve à recomposer. On a l’amour, celui qui est dans la lettre, que l’on doit braver. On a la tarte aux fraises à consoler, la tartine, pour se pendre, la poupée, à faire décoller. On à la foi peut-être, et Dieu qui ne craint pas d’affronter la paire de merguez. On a Jacques Lacan qui se cogne le poisson qui pue. C’est louable. On a… Il va falloir que l’on se décide.
Choisir. [195f]
Biaiser.
Ce serait trop facile.
On éternue.
On renifle.
On n’a pas envie de se moucher. On n’a de toute façon pas de mouchoir et les humeurs sont en plein amalgame, comme figées.
On doit reprendre les choses en main.
Renâcler.
On commence par quitter l’espace de l’entre-deux-fesses. On s’y sentait confinée. On n’a jamais aimé les ambiances carcérales même si l’on savait que ce n’était pas le décor qui posait la liberté.
Élargir.
Marcher.
Cela nous faisait tant de bien.
Une amie surgit. La nostalgie nous gagne. On marche encore, jusqu’à revenir se placer sur le buste. Il est de moins en moins confortable mais la position est plus centrale. On a vue sur tout le corps. On a ouïe sur toute la boîte. Et même au-delà. N’est-ce d’ailleurs pas une voix que l’on perçoit à l’instant ? On rattrape l’oreille. On se la colle au tympan. [122f]
— La la la !
Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un chante et, pour cette fois, ce n’est pas la clochette. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, rien ne peut réparer le chagrin qui en résulte. C’est comme la colère. On doit la faire passer afin que la haine puisse surgir.
Puis disparaître à son tour. [120f]
Comme la Samaritaine. [120f]
— La la la !
Mais quelle est cette voix si ce n’est elle ?
— « C’est donc quelqu’un des tiens. »
Qui ?
On doit se concentrer, essayer de la reconnaître. Car c’est une femme, c’est certain. « C’est donc quelqu’un des tiens. » On croirait une réplique de cartomancienne. On rit. Ce n’est pas le moment. On ne voudrait pas perdre la lame. On pince les lèvres. On se gratte la nuque.
On sèche.
— La La La.
Est-ce l’amour qui de nouveau nous appelle ? Il n’est pas dit qu’il sache chanter, à moins qu’il ne faille des dispositions auditives particulières pour lui permettre d’exister.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux dans l’ordre inverse. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. Voilà une affirmation pire encore qu’une prédiction cartographique ! On se trompe de registre. On range la boule de cristal. On sort la planisphère. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de rebuter. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passait son temps en toilettes et parfums pour se faire gente, plaire, comme si la beauté avait rapport à l’amour, la popularité au bonheur.
Pire que cruche, elle était gourde !
On rit encore. On ne devrait pourtant pas traiter ainsi la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. Ce n’est plus le moment de l’être. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire, quelle qu’elle soit. La liste attend. Le corps est moins impatient. Il fond.
On a soif.
Puiser.
On s’assoit sur la margelle. Un figuier donne de l’ombre. On savoure l’instant. Une brise nous caresse la joue. L’azur nous illumine et nous inspire un sirop d’orgeat. L’’histoire devra dire que la vie était belle. Qui en doute à part la lettre d’amour ? Elle commence à nous agacer, celle-là. On sature de la menace qu’elle représente. On doit s’en défaire, quel qu’en soit le prix. Qu’aurions-nous à y perdre ? L’excitation ? Le désir ? Le sentiment ? Son illusion ? Peu nous chaut ! L’amour est dans la joie et, tant qu’à faire, autant se concentrer sur la dilection. On a tout à y gagner. Dieu, par exemple. Voire un peu d’éternité. Quant au désir…
Sublimer. [129d]
On va pêcher la lettre d’amour dans la cachette et on la déchire, sans regrets, sans remords. On n’a jamais compris la différence entre les deux et on n’a pas le courage de se pencher sur le dictionnaire. On regarde les morceaux de lettre s’envoler. Ils retombent les uns sur les autres, comme si les histoires voulaient s’agglutiner et ne faire plus qu’une.
Quelles histoires ? On s’y perd autant que l’on a pu s’y égarer.
Aimer.
C’est trop compliqué. On n’arrête pas de se le répéter. On devrait avoir compris, maintenant. Et renoncer. Mais c’est si simple en même temps. [121f] Il suffit d’y croire.
Espérer.
Allez ! Qu’est-ce que l’on a à craindre ? On le tente.
On est seule. Il n’est plus besoin de personne pour nous donner le change. [127d]
Aimer.
Pour la beauté du geste.
Aimer pour de rien. Aimer pour de vrai. On ne risque plus de souffrir. On ne risque plus de blesser.
Qu’est-ce que c’est chouette !
Là où l’on est, là où l’on va, on croisera au pire quelque fantôme ou quelque divinité. [124f] Sous chaque voile, on raconte qu’il se cache un joli visage.
On tire la bobinette, et le désir choit.
— La la la.
Et le désir choit. [126f] [131d] [196f]

59.

On soulève une paupière. On est lasse. On reluque les chocolats. On salive. Cela nous rappelle une histoire. La liste se précipite. Elle veut la connaître. On hésite encore. Elle est si peu invariante, si subjective. On devrait peut-être la garder pour nous. Cela présente le danger de ne laisser dans la boîte qu’un restant d’os et de chair, un corps sans mémoire.
Sortir.
Transmettre.
Cela vaut la peine d’essayer.
La liste jubile.
On raconte.
C’était une fille, pas encore une amie. Elle le deviendra. Elle était assise dans le fauteuil rouge. Il y avait un ballotin de chocolats posé sur la table basse. Il n’en restait que cinq ou six.
— On partage ?
J’ai dit oui.
Elle a mis le nez dans le ballotin. Je n’avais pas envie d’en manger à cet l’instant. Je l’ai laissé faire. Plus tard dans la soirée, j’ai repris la boîte. Elle avait croqué dans chacun des chocolats, laissant de côté une moitié estampillée de ses incisives. La démarche m’a surprise, choquée même. C’était un peu dégoûtant et pas très civil.
— Tu voulais que l’on partage ; je ne pouvais pas faire plus égal.
Qui a dit que le partage menait à l’égalité ? Cela pouvait se discuter mais cette amie en devenir était ainsi, pleine d’astuce et de sagacité. Et j’aimais ça. Je n’ai pas répliqué. J’ai mangé mes moitiés de chocolats et je l’ai embrassée.
Ça aussi, j’aimais.
Étreindre.
Caresser.
Voilà.
« C’est tout ? » s’exclame la tarte aux fraises.
Oui, l’histoire s’arrête là. Cette histoire-là.
La liste est déçue. On en est désolée. Chacun reprend sa place. On les regarde s’installer et on reste à l’endroit où l’on était, à une encablure du plexus. On est mélancolique. On l’aimait, cette fille-là. Et quelques autres, aussi. Pas toutes. Pas celles qui nous ont blessées. Pas celles, brutales et insistantes, qui ont voulu faire de nous le jouet de leur solitude et de leur mal-être. Surtout pas celles-là. Elles n’avaient pas le droit. On aurait dû les détester d’emblée, comme on détestait les vampires et les infirmières qui nous pompaient le sang, parce qu’elles étaient comme eux, voraces, avides de notre joie.
Abhorrer.
C’était contraire à notre idée d’aimer.
Haïr.
Honnir.
On n’aurait pas dû s’en empêcher. On n’aurait pas dû se croire responsable. On ne l’était pas. On a été maladroite. On a été impuissante. On ne savait pas faire face à la violence. On ne savait pas esquiver les coups que l’on n’attendait pas. On ne savait que riposter et se mettre en colère.
Crier.
On ne comprenait pas pourquoi la molestation s’en mêlait.
On avait peur de la blessure. On se recroquevillait. On rapetissait. On perdait la joie. On contestait la foi. On montait le son de la musique. On mettait un oreiller sur notre tête. On suffoquait. Mais toujours on entendait comme une sorte de rengaine, un refrain qui n’en finissait pas.
— La la la.
Non, un autre. [130d]
— Tralalère.
Oui, celui-là. Celui qui dénigre. Celui qui harcèle.
Fuir.
Que faire d’autre ? On n’avait pas envie de batailler et il fallait coûte que coûte garder pour soi le sang qui coule, fluide, rouge, dedans, dedans nos veines, dedans le cœur jusqu’à oxygéner l’âme. Sauver sa peau. On préférait l’avoir douce plutôt que dure. On l’enduisait chaque matin de crème odorante. On aimait sentir bon. On aimait celles qui aimaient ça et exaltaient notre joie.
On aimait.
On aime. Autrement, cette fois.
Sortir.
On saura. [197f] [199d]

60.

Ma gorge se noue, comme pour retenir un hoquet qui ne viendra pas. Mes joues se creusent. Mes dents se serrent. Mes poumons se figent. Je me tends. Ma langue se colle à mon palais. Quelque chose opprime mon larynx à moins que ce ne soit quelque chose qui l’obstrue. Une boule. Une lame. Je l’ignore. L’air manque. Je respire fort. Cela ne suffit pas. Je tangue. Je pourrais vomir, éjecter la matière létale. Je refuse. Je n’aime pas le goût de la bile. Je déglutis. Mon larynx se serre un peu plus. Mon estomac vrille. J’attrape une bouteille d’eau à bulles. Il faut que j’éructe au risque de régurgiter.
Une gorgée ne suffit pas. J’en avale trois. Je fais une pause. Deux autres. L’air remonte. Je m’approche du lavabo, au cas où. La précaution est inutile. Le renvoi n’emporte rien avec lui. C’est bien. Je le regrette pourtant. Mon estomac souffre. Il enfle. Le mal y sommeille encore, l’occlut, le gave. Est-ce moi qui le retiens ? Non. Ce ne peut pas. Il n’est pas à moi, pas de moi, juste en moi, enfoui là par je ne sais qui au nom de je ne sais quoi. Je dois le chasser, l’occire. Je le vois. Il ressemble à une touffe dont les poils s’accrochent à la paroi. Il est comme un monstre qui remonte ras la gorge.
Je veux qu’il se dissolve, pas le sentir passer dans ma bouche, corrompre le suc du bonheur que je garde sur la langue. Je le noie d’une nouvelle lampée. Les bulles flottent à la surface. Ne pourraient-elles pas se glisser en dessous et chacune prendre leur part ? Mon larynx est noué à présent. Plus rien ne passe ; ni dans un sens, ni dans l’autre. Je dois faire quelque chose. J’ouvre grand la bouche. Une goulée d’air descend jusqu’au ventre. La boule de poil suit. Quel bonheur ! Je pète.
 [129f] [200d] [132d]

61.

On reluque de nouveau les chocolats. Ils sont au final plus appétissants que la Samaritaine.
On y croit.
Croquer.
Le sucre nous fait tourner la tête. On est décidément prête à gober n’importe quoi, n’importe qui. La tarte aux fraises entame une danse du ventre, pâte nue et fruits découverts. Jacques Lacan se marre. L’Origine du monde tangue. On s’accroche au couteau suisse.
Sortir.
La tarte aux fraises insiste. On salive. L’appétit est intact même si le désir est en panne. La chair se tasse au fond de la boîte. Elle souille le capiton. On y occupe de plus en plus de place, en proportion. On s’en étonne. On n’avait pas imaginé ça. Ne sortirons-nous donc d’ici qu’une fois le corps totalement réduit à l’état de poussière ? On l’ignore.
On ne s’affole pas.
On est là.
On y restera autant que cela doit. [127f]
Demeurer.
Attendre.
Il n’est de toute façon pas envisageable de faire le chemin à rebours.
Prenons un exemple. La Samaritaine a raté la queue du Mickey ; tant pis pour elle. Elle a laissé passer sa chance et, à présent, on ne voudrait pas qu’elle revienne.
Regretter.
Jamais.
Il est de toute façon impossible d’inverser les chronologies et l’on est si loin désormais du temps mathématique. On a trouvé la joie. On s’y applique. On est bien. On s’y emploie. La suite viendra. On se gratte quelques instants les pieds. On réfléchit à la tournure que prennent les événements. On incline la tête sur le côté gauche, menton bas, comme pour bloquer le nystagmus. Un muscle oculaire cède. L’oreiller vient à la rescousse. L’œil s’y repose. On caresse la joue du dictionnaire. Une clochette tinte. C’est l’heure du goûter. On mangerait volontiers la paire de merguez, avec de la moutarde dans le pain.
Mordre.
Débiter.
On doit tout dire, on l’a promis, même dire que l’on a aimé les tartines enduites d’une trop fine pellicule de compote industrielle quand on était en colonie de vacances avec les Œuvres laïques. Dire que l’on a maudit, aussi. Pas la tartine, ni la colonie, ni les Œuvres, encore moins la compote laïque, plutôt la Samaritaine, elle, les autres, ses semblables.
On a eu peur.
On a eu froid.
On a été abandonnée, bafouée, blessée, méprisée. On n’a pas aimé ça.
On n’a pas aimé.
Ça.
Sortir.
Et que jamais cela ne recommence. [133d] [198f]

62.

Mon larynx est enfin vide de toute obstruction mais la membrane picote encore. Je déglutis. Ça pique. J’avale. Ça gratte. Je serre les joues et je salive. Ça chatouille. C’est irritant. Je tousse. Je suffoque. Je bois. Ça démange, surtout sur le côté droit, peut-être sur un coin de l’amygdale. Je bois encore. Je renifle, que la mucosité descende dans la gorge et huile la paroi. Je racle. Je me frotte l’oreille. Cela n’a rien à voir mais cela détourne l’attention. C’est fugace. Je tousse. Aussitôt la démangeaison reprend. Ça s’accroche. Je vise une boisson chaude. Tant que le liquide coule, il est le plus fort. La tasse est vide. Je fronce un sourcil. Rien n’y fait. J’attrape un couteau bien affûté. Je me perce la gorge vers l’endroit où cela démange le plus. Le sang coule. Je…
Non ! Une deuxième tasse de boisson chaude est préférable à la mort. J’ajoute du miel de montagne. Je sirote. Je respire par le nez. L’air glisse jusqu’au plus profond du ventre. Quand il passe la gorge, elle se gonfle et la démangeaison perd de sa vigueur. Je chasse l’air dans l’autre sens. Je gaine. Je respire encore. Je fais trois moulinets. Le miel apaise la pulpe. Le souffle comble le vide. Il étouffe l’irritation. Elle décroît mais je sens qu’elle guette, toujours, sournoise, fétide, prête à venir agacer mes sens et à corrompre la muqueuse. Je tousse. Ça brûle. Je manque d’air. Le résidu est tenace.
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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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