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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-28 février 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 28 février 2012

 [204d]

66.

Je transpire. Ma tête me fait mal. Une barre part des tempes et meurtrit mon front. Ma sueur brûle. Elle transporte la fièvre, à moins que ce ne soit l’inverse. Les toxines y grouillent. Elles cherchent à se cacher dans la chair. L’écume les guette. Elle les engloutit par paquets. Des vagues se forment. Le flot se glace aussitôt. Il ruisselle là où la douleur est grande. Mes muscles souffrent. Ils réclament de profiter de l’aspersion. Mes globules blancs savonnent, les rouges marouflent au fer blanc. Mes poumons pompent et offrent à tous leur nourriture oxydante. Mon crâne n’est plus qu’une masse molle que la fièvre n’atteint pas encore. Elle grimpe. Un frisson me parcourt l’échine. Je lui offre une boisson chaude. Elle se délecte. Elle éructe. Elle fuse et emporte tout sur son passage. Tout ce qui faisait mal. Tout ce qui souillait l’humeur.
Je déborde. Ma peau se trempe et avec elle, mes vêtements. Ils absorbent. Je les retire. Je les jette au panier, le poison avec. Ça pue. Une nouvelle lame me lessive. J’essuie. Je m’affale, le cerveau en rupture. Je tremble. Je me dissous. Je bous. Et j’ai si froid, pourtant. Je me tasse. Je me mets en boule. La bouillotte chauffe mon ventre et mon ventre chauffe mon sang. Mon cœur s’agite. Je m’affole. La lymphe étrille la chair. Ma sueur la rince. C’est l’été. L’orage a cette force. Je vois des éclairs. J’entends mon souffle qui tonne. Je suis à bout. À force d’être liquide, je crains d’y perdre ce qu’il me reste de consistance. Mon corps me rassure. Il s’apaise d’un coup et, soudain, la ragasse est loin, comme si elle n’avait jamais existé. La douleur est toujours en mon front mais il est sec. Et pur.
 [202f]

67.

On a entendu dire un jour dans une église que l’on sortirait par la bouche, portée par un souffle, celui de Dieu ou quelque chose dans le genre. On s’en souvient seulement maintenant. C’est dommage. Le poumon n’est plus en état. Il tient à peine enflé, grâce surtout au goudron et aux poussières qui en tapissent l’intérieur. On appuie. Il s’affaisse, incapable de se regonfler et d’assurer la respiration. On sent pourtant une espèce de courant d’air.
Frémir.
On s’emballe dans la couette. C’est irrespirable. On ressort.
C’est venteux.
Souffler.
Voler.
Serait-on déjà sortie, avec la boîte qui nous maintient à proximité de la chair, comme une enveloppe, une prison ? C’est impossible. On le saurait tout de même si l’on était dehors ! Non ?
— Si tu M’écoutais un peu, tu aurais la réponse à ta question.
C’est agaçant, cette clochette, pire que Judas. On doit l’ignorer.
Méconnaître.
— Justement non ! Malheureuse.
Malheureuse toi-même ! [138f]
— Veux-tu M’entendre, pour cette fois !
Elle est complètement frappée cette clochette ! Elle s’agite comme la muleta devant les cornes de la vachette. Quel vacarme ! On se bouche les oreilles avec la paire de merguez. C’est mieux.
— Tu ne crois tout de même pas arriver à Me rendre inaudible ?
On l’entend encore, d’un peu plus loin. C’est mieux. Est-ce la Samaritaine qui se cache derrière ? Elle nous aura décidément tout fait. Tout. Même le meilleur.
On passe.
Ce n’est pas le sujet.
Sortir.
On se gratte la tête. On regarde la bouche. Elle est fermée sans que les lèvres ne soient pincées. Le couteau suisse se précipite. Il propose de bander la lame et se faire pied de biche. C’est inutile. Si le souffle était encore à l’intérieur, on le sentirait à l’orée des trous de nez. Et le nez, c’est certain, ne transporte plus rien.
— Mais c’est toi dont il s’agit ! Tu es le souffle !
Judas ! Il va falloir que tu apprennes à nous parler sur un autre ton. On n’est pas là non plus pour se faire engueuler. On fait ce que l’on peut. Et puis, on ne peut être source et souffle à la fois, cela ferait des vagues, sauf si bien sûr le souffle est là pour soulever les jupes de la Samaritaine.
Encore elle !
On l’oublie. On se concentre sur le souffle.
Attiser.
Le souffle attise le feu de joie que la source crée puis noie.
Il ne manquait plus que ça, une histoire de pierre, de caillou et de ciseau ! Il n’y a donc pas qu’aimer qui est si compliqué ?
Sortir.
Par exemple.
On résume.
On commence par quoi ? [203f]

68.

Rigoler.
Pourquoi ? Rien de drôle ne s’est produit. On peut changer le sens du verbe. On ouvre le dictionnaire.
Ruisseler.
Une page entière de mots s’efface. La Bible vient à la rescousse. Jacques Lacan propose de les recopier sur la liste. On hésite. Entre Dieu et Lacan, les versions sont bien différentes. Quoique. Pour le coup, c’est la vachette qui rigole. Elle a raison.
Rigolons.
Et faisons la nique à Dieu.
— Pourquoi toujours Moi ?
Parce que si l’on se perd, c’est Toi qui nous retrouves. Un vrai chien de chasse.
— Enfin, tu Me parles.
La clochette annonce l’heure du thé. On grignote un biscuit à la cannelle. On trempe le dernier morceau. Il fond sous la langue. [204f]


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[204dDébut-2012:02:28

[202fFin-2012:02:20

[138fFin-2011:10:13

[203fFin-2012:02:22

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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