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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-20 février 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 20 février 2012

 [202d] [139d] [199f]

65.

Personne n’a le droit.
Interdire.
On peut non, quand c’est la vie qui se joue ? Quand c’est l’amour.
On se tourne vers la liste. Elle nous sourit, bienveillante. Elle nous écoute même si ce n’est pas vraiment une histoire dont on se répand.
C’est gentil.
— Nia-an !
Oh Judas ! on va finir par te tuer en te découpant en rondelles, dans le sens de la longueur et sans gel.
— Normal, je suis le Père.
C’est trop facile.
— Mais si juste.
Quelqu’un pourrait-il bâillonner cette fichue clochette ? S’il vous plaît.
La lettre d’amour s’en charge. On n’est pas dupe. Elle veut sauver sa peau. On la remercie sans l’amnistier pour autant. On embrasse la poupée. On en avait envie. Et elle ? On a oublié de le lui demander. Ce n’est pas bien. On s’en excuse. Elle nous pardonne. On apprécie.
Décidément, c’est une perle cette liste.
Enfiler.
Déglutir.
On se souvient encore de la rengaine, de ces mots qui nous ont blessés et dont on n’a pas su se défaire faute de les avaler. C’est fini. Personne ne doit plus nous atteindre autrement que dans la joie. [200f] On veut rire.
Chanter.
Pleurer.
On sort un paquet de mouchoirs. On ne craint plus les émotions, ni les trémolos dans la voix. On ne veut tout simplement plus avoir mal au-delà de l’effet de surprise. On veut se reposer en confiance. On y travaille, même si l’on n’était pas seule dans l’action. Il y a du pain sur la planche, plus que de compote sur la tartine et de sang sur le couteau suisse.
Essuyer.
Et ranger la vaisselle.
Sortir.
Cela vient, à la vitesse de la sédimentation du corps au fond de la boîte. Le nichon s’impatiente. Il n’en peut plus d’attendre la révolution, celle qui est en marche et tarde toujours à venir. Il part en couille. C’est impossible. Un nichon n’a rien de testiculaire. On s’interroge. On s’accroche. On tient le bon bout. Il manque juste l’histoire, la bonne, cette fois, l’histoire que l’on a promis de raconter et qui réglerait nos affaires, dirait tout et son contraire pour les réconcilier.
Quand on l’aura, on pourra l’ajouter à la liste et filer.
Résoudre.
Trancher.
C’est le rôle du dictionnaire.
Carder.
On découvre que les cheveux ont poussé. Comment est-ce possible ? La chair se délite et le poil s’allonge. Les perspectives changent. Elles sont de moins en moins cavalières. Cela nous plaît. Cela va dans le sens de la considération que l’on réclame. Le nichon va l’avoir, sa révolution ! Et la poupée, gourmande, exige déjà un nouveau baiser. [201f]
On l’embrasse. Et on retourne chez le coiffeur. L’histoire a besoin que le crâne s’illumine au moindre rayon de lumière qui affleure le cheveux ras et ce, quel que soit le commentaire qui pourrait être fait par la suite. Les besoins de l’histoire sont plus forts que ce à quoi ils exposent. Elle est le guide, elle est la clé. On l’aperçoit, là-bas, toujours dans le meuble de l’entrée. On n’a plus pas de canne pour la pêcher. L’amour se tisse aussi en filet.
Conquérir.
Gagner.
Le coiffeur s’active. La tondeuse [111f] tond. Les cheveux s’éparpillent sur le sol. Ils piquent au contact de la peau. On s’ébroue. [134f] Cela ne suffit pas. On se déshabille. On jette nos vêtements dans le panier à linge sale. On file sous la douche. On maroufle l’épiderme avec un luffa enduit de savon à la glycérine. Le pétard sous la boîte de champignons lève sa mèche. On le renvoie dans ses foyers. On enduit le crâne de crème capillaire. Cela sent la vanille. C’est agréable. Cela lui donne un air de fille.
— La la la.
On sort de la douche. On enfile une tenue d’intérieur. On revient dans la boîte. Elle semble vide. On attrape le téléphone. On appelle les pompiers. Ils sortent la grande échelle. Ils récupèrent le chat sur le bord de la gouttière. On le prend dans nos bras. On le caresse. Il ronronne. On le rend à sa propriétaire. Les pompiers remballent leur lourd matériel. Il fait nuit. On sollicite la Bible. Elle bronze au bord de la mer. Et le dictionnaire ? Il a été embauché pour remplacer la feuille du boucher partie au Guatemala à la recherche de l’oiseau qui mange des serpents.
C’est quoi cette histoire ? On l’ignore.
On fait l’appel de la liste.
Personne.
Même pas Dieu ?
Même pas. Il a rendu son torchon en laissant les couverts rouiller dans l’égouttoir. On savait bien que l’on ne pouvait compter sur Lui. On a envie de pleurer. Ça recommence. [112f]
On se calme.
On respire.
Une Bible, un dictionnaire, un poisson qui pue, un couteau suisse, une tartine, un oreiller, une couette, un tire-bouchon, une échelle, une poupée, une paire de merguez, Jacques Lacan, une tarte aux fraises, un pétard sous une boîte de champignons, une vachette, une pince, Dieu, une lettre d’amour, une corde à linge, une chaussette, des chocolats.
Ils y sont, les vingt et un, là, dans notre cœur. Ça fait du monde. Il est plein. On y croit. On n’est plus seule. On ne le sera plus jamais. Le manque s’est évanoui. Il a rejoint le vide sans prendre la peine de vérifier le bon état de ses ailes. C’était risqué.
Sauter.
Souffler.
Une lumière inconnue éclaire l’intérieure de la boîte. Est-ce le pétard sous la boîte de champignons qui se prend pour un feu d’artifice ? Il décline toute responsabilité. Qui donc, alors ? On plisse les yeux, la main en visière. On cherche à voir de quoi il s’agit. De qui.
— C’est Moi !
On tire au jugé sur la clochette. Le silence revient. La lumière reste vive. La liste a encore disparu. On est seule, de nouveau, sans que rien ne manque. C’est étrange. La solitude nous apaise. Elle nous comble. Elle nous rassasie. On oublie le vide. On sent monter la joie. On s’allonge. On n’a plus froid. On n’a plus faim. On n’a plus peur. On écoute. On entend battre un cœur. Une étoile s’éteint. Le nichon la ranime. On compte les secondes. L’explosion ne vient pas.
On va pouvoir dormir tranquille.
Enfin. [136f]
Et sourire à l’histoire.
Pourquoi pas. [138f]

66.

Je transpire. Ma tête me fait mal. Une barre part des tempes et meurtrit le front. Ma sueur est encore chaude. Elle transporte la fièvre, à moins que ce ne soit l’inverse. Les toxines y grouillent. Je les sens qui cherchent à se cacher dans la chair. L’écume les guette. Elle les engloutit par paquets. Des vagues se forment. Ma sueur se glace. Elle transpire là où la douleur est grande. Mes muscles souffrent. Ils réclament de profiter de la douche. Mes globules blancs savonnent. Les rouges marouflent au fer blanc. Mes poumons pompent et offrent à tous leur aliment. Mon crâne n’est plus qu’une masse molle que la fièvre n’atteint pas encore. Elle grimpe. Un frisson me parcourt l’échine. Je lui offre une boisson chaude. Elle se délecte. Elle éructe. Elle fuse et emporte tout sur son passage. Tout ce qui faisait mal. Tout ce qui salissait l’humeur.
Je déborde. Ma peau se trempe et avec elle, mes vêtements. Ils absorbent. Je les enlève. Je les jette au panier, le poison avec. Une nouvelle salve me trempe. Je m’affale, le cerveau en rupture. Je tremble. Je me dissous. Je bous. Et j’ai si froid, pourtant. Je me tasse. Je m’emboule. La bouillotte chauffe mon ventre et mon ventre chauffe mon sang. Mon cœur s’agite. Je m’affole. Mon sang étrille la chair. Ma sueur la rince. C’est l’été. L’orage à cette force. Je vois des éclairs. J’entends mon corps qui tonne. Je suis à bout. À force d’être liquide, je crains d’y perdre ce qu’il me reste de raison. Mon corps me rassure. Il s’apaise d’un coup et l’orage est loin. La douleur est toujours en mon front mais il est sec. Et pur.
 [202f]

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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