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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-8 février 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 8 février 2012

 [194d] [183d] [185f]

40.

J’ouvre la bouche pour gober un peu d’air frais. J’ai soif de respirer, de m’emplir d’oxygène comme pour gagner en apesanteur. Ma langue passe derrière mes incisives. Mes yeux s’écarquillent d’eux-mêmes. Mon sourire point. Je ne le retiens pas. Mes dents se joignent à nouveau. Mes joues se creusent. J’inspire par le nez, cette fois, et engrange une large goulée. Mes pupilles rigolent. L’air fuse dans l’autre sens. Un courant se forme. On dirait que mes oreilles se mettent à grandir, grandir, jusqu’à sculpter des ailes à moins que ce ne soient mes cheveux qui se déploient. Le souffle s’y engouffre. Mon corps part à l’horizontale. Mes paumes prennent appui sur la vague. Mes biceps bandent et portent ma chair aux nues.
Je me soulève. J’ouvre les épaules. Je gaine. Je vole. J’inspire. J’exulte. La terre défile sous mon ventre. Je perds son attraction. Plus je respire, plus la distance augmente. Je suis farcie d’oxygène. La tête me tourne un peu. Je pars en roulis. Une pirouette me fait craindre la chute. Je me concentre. Je ralentis ma respiration. Je bats plus fort des oreilles, paumes toujours à plat. Mes jambes nagent la brasse. Le vent s’engouffre dans mes voiles. Il est ma complice. Je m’y roule à présent au gré de mes soupirs. Je ne pèse plus rien. Ma chair est volatile. Je me fonds avec le ciel. Je ne cesse de sourire. Mes yeux toujours rigolent. Le soleil, de part en part, me chauffe et me réchauffe. Je vole. Et mon corps est si léger que désormais il peut m’appartenir.
 [184d] [97d]

41.

Vivre.
C’est comme pour la liste, on aurait peut-être dû y penser avant.
Mais on ne pensait qu’à ça !
— Vraiment ? [99d]
N’est-il donc pas possible de mentir, juste un peu ? [98d]
Sortir.
Il va nous falloir choisir.

42.

Vivre.
Cela faisait parfois si mal.
Mourir.
Cela ne fait pas tant de bien.
Sortir.

« Où est ta vie, quelle est ta voie ? »

La boucle est bouclée.
Chanter.
Et faire décoller l’avion.
On donne deux euros à la dame. Elle nous tend un ticket. On s’installe dans le bimoteur à quatre places. Le bouton rouge qui permet de faire se soulever l’engin est au centre de l’un des volants, celui à l’avant, côté gauche. Le manège démarre en douceur. Il accélère. Au troisième tour, le haut-parleur indique que la queue du Mickey est en place. On s’envole. On tend le bras et on l’agite au hasard.
Des fois, ça marche.
Là, rien.
Encore un tour.
Oui ! ça y est. On a attrapé quelque chose. On referme les doigts dessus. On tire. C’est le nichon, le droit. On est contente de le retrouver. On l’accroche au pectoral. Le manège s’arrête. On prend un autre ticket. On récupère le nichon gauche, cette fois. Quel bonheur ! Le corps est entier, ou presque, pour à peine 4 euros. Ce n’est pas cher payé l’intégrité.
On tire la langue et on profite de ces retrouvailles pour recoller les morceaux de chair qui commençaient à s’éparpiller. Les humeurs font office de glu. On a de la matière plein les doigts. On secoue la main. Un morceau part à la verticale, se cogne au couvercle et revient, comme un boomerang, dans un bruit sec, pas si creux. On attrape l’œil gauche et on recommence. Il rallie son orbite. Le bois reste intact. On s’empare de la rate. Elle fait un aller-retour, sans plus de dommages sur la paroi.
On réfléchit quelques secondes.
C’est peut-être le signe qu’ils ont pris un bois épais, et solide, un bois qui ne brûle pas, un bois qui pourrit lentement dans la tombe, un bois qui protège, un bois qui nous assure une certaine longévité ?
On s’en réjouit. Le risque d’être incinérée s’écarte. En même temps, cela pose la question de savoir de quoi l’on doit sortir. Du corps ? De la boîte ? Cela ne change pas grand-chose au problème ; plus la décomposition avance, plus les deux se confondent, et plus la nuit paraît longue.
L’amour ne devait-il pas l’éclairer ? Ou la joie ? On ne sait pas. On va devoir continuer à lire dans le noir. Ce n’est pas si compliqué. On vivait bien dans une drôle d’obscurité, parfois.
D’autre fois, on vivait dans la lumière. [182f]
Le plus souvent, on cultivait les contrastes. On aimait les noirs noirs, et les blancs blancs. Les gris, on les trouvait tristes, pâteux, pesants. Onéreux. Ils étaient pourtant majoritaires. Il y en avait partout, dans l’eau, dans l’air, dans la matière et même dans le feu ! Ils étaient capables du pire et maculaient la pensée de la tête aux pieds. Ils imprégnaient jusqu’à la chair. Ils y laissaient des traces indélébiles, des traces froides et humides, une ombre oppressante, un impitoyable sillon.
On ne savait pas comment s’en défaire.
C’était une sorte de poisse gluante, un peu comme l’humeur, ici, qui permet de recoller les morceaux.
Joindre.
Réunir.
Encore une boucle de bouclée.
Est-ce cela, faire ceinture ?
Dénouer.
On sourit. On a toujours aimé la dérision. On profitait de la vitesse du manège pour s’extraire de l’adversité. On aimait le vice sans fin. On sourit un peu plus. On craignait toujours de devenir neurasthénique à force de tourner en rond pour boucler des boucles dont le caractère circulaire nous écarte forcément aujourd’hui de l’issue qui, sans s’annoncer droite, forme à coup sûr une ligne, un boyau, un passage.
Sortir.
On fatigue à faire circuler les mots dans tous les sens.
On se replie derrière une côte. Le poumon est flasque mais toujours confortable. Il garde un petit air de ballon de baudruche. La fête est finie. On n’a jamais aimé les fêtes, même pas d’anniversaire. On aimait les jours ordinaires qui dérapaient du côté du bonheur. Ils n’étaient pas si faciles à saisir ; il fallait les guetter, s’y ouvrir, accepter la surprise et surtout se dire que cela pouvait arriver.
Escompter.
Prévoir.
Oh ! que c’était difficile de garder l’espoir.
L’espoir en qui ? L’espoir en quoi ?
Vivre.
On aurait dû ne penser qu’à ça, y donner un sens, l’associer à la joie. On a pourtant entendu dire, une veillée de Noël, qu’il n’était pas besoin d’agir pour donner du sens à la vie ; il était là, intrinsèque, essentiel, ontologique. Mais comment en avoir conscience, alors ? À travers Dieu, peut-être.
— C’est Moi !
Voilà que Judas a des airs de Samaritaine !
Croire.
On préférait attendre que la vie passe en se mettant les doigts dans le nez ou dans les oreilles. C’était puéril. Et dégoûtant, surtout pour celles et ceux qui regardaient. Tant pis pour eux. Ils auraient mieux fait de nous voir plutôt que de nous jauger. On a beau jeu de le leur reprocher. On faisait pareil, en pire. On fabriquait des boulettes avec des crottes de nez et on les cachait dans les fentes entre les tapis du tatami. Quelle classe !
Ce n’était pas si grave ; c’est biodégradable, les crottes de nez.
Le corps itou.
Il se délite pourtant moins vite qu’on ne l’avait imaginé. Cela nous laisse le loisir de faire quelques boulettes supplémentaires. [96f] D’autres en faisaient aussi, des amis parfois. Un jour, par exemple, on nous a jeté des clés plates sur la tête. Cela ne nous a pas fait mal. On a pleuré, pourtant. C’était comme un déclic, une émotion très forte, très profonde, si profonde que la souffrance se mêlait aux sanglots et coulait des joues jusqu’à l’océan en passant par le tuyau de descente des eaux pluviales, l’égout et la Seine. On a appris depuis que c’était pour cela qu’il y avait des vagues plus ou moins grosses qui secouaient la mer. Des tsunamis. Leur taille dépendait de l’amplitude avec laquelle la souffrance était évacuée par la larme originelle. Ce lien entre larme et océan expliquait aussi pourquoi les eaux maritimes étaient salées. N’est-ce pas ?
Le dictionnaire rigole. La Bible réclame la part de Dieu, les merguez de la moutarde et l’oreiller qu’on lui regonfle les plumes. On aime écrire l’histoire. On sait qu’elle n’est pas vraie. Quelle importance ? Ce qui l’est, c’est qu’elle ne fasse pas mal, à personne et, qu’au contraire, elle donne envie de jouer, que les nichons glissent sur la planche à savon et s’empalent sur les cornes de la vachette ! Le sang gicle. On appuie très fort avec une compresse ; cela ne suffit pas. Il va falloir des points. On les compte. On gagne la partie.
Suturer.
La plaie cicatrise. On garde la joie. On jette ce qui la corrompt.
Merci la vachette. On l’ajoute à la liste. On a toujours aimé les pistes de sable et les mouvements de corps qui permettaient d’esquiver la charge de l’animal. Ils guidaient l’esprit. Ils assouplissaient la chair.
Biaiser.
Pervertir.
Et rêver que l’on séduit la Samaritaine.
Qu’y a-t-il de plus réjouissant que cette perspective-là ?
Suspens. [97f] [186d] [101d] [100d]

43.

J’ajuste la bandoulière de mon sac de sport sur mon épaule gauche. Ma nuque est humide. Quelques gouttes de sueur coulent encore sous mes cheveux. L’air du soir les rencontre. Mes cervicales profitent de l’effet analgésique du froid. Mes joues sont en feu. Mon estomac crie famine. Je lui offre une gorgée d’eau en lui promettant pour bientôt des aliments plus substantiels. Il ne rechigne pas. Ma chair ne proteste pas non plus des coups reçus ni des écrasements et autres étirements qu’elle a dû amortir. Elle se resserre et résiste à l’algidité qui mettra bientôt à nu les courbatures.
Le trottoir est vide. Le bitume sous mes chaussures a le moelleux du tatami. Je serre les fesses et rentre le ventre. Hara. Je joue de chaque pas pour accentuer le roulis. Je flirte avec la chute. Je suis si légère, libre de toute masse, dépouillée de ma carcasse ! C’est un sourire qui me porte. Il révèle ma joie et s’élargit à chaque bulle d’air qui rafraîchit ma nuque.
Je chante. La mélodie me soulève un peu plus. Je suis aux anges et découvre la plénitude, sobre, cardinale. Je voudrais que jamais mes pas ne me permettent d’atteindre la bouche du métro. Je voudrais toujours marcher sur ce bout de trottoir où la béatitude, en ma chair et mon âme unies dans la construction de l’équilibre, s’incarne. [99f] Je voudrais, à toute heure, que mon cœur s’enivre de cette félicité. Je marche encore. Mon corps s’est dissous. Ma souffrance s’évapore.
 [102d] [183f]

44.

Sourire.
Et vider le contenu de l’écope dans la mer.
Le bateau prend l’eau. Elle est croupie. On en a bu. On commande un citron pressé afin d’échapper au scorbut. On ne veut pas que la chair vire au noir. On la préfère rouge, aussi rouge que la muleta qui attire la vachette et dissimule l’épée.
Ceindre.
On secoue l’étoffe. La bête fonce, cornes baissées. On s’écarte. On trébuche. On tombe à plat ventre le nez dans la poussière. La Samaritaine accourt. Elle chasse la vachette d’un revers d’injonction divine. Elle approche sa cruche et l’on savoure à même le bec la pureté de son eau.
Qu’est-ce que c’est bon de boire la jouvence à la source ! Qu’est-ce qu’elle est douce la main de la Samaritaine qui nous caresse la joue ! Qu’est-ce qu’ils seront bons, ses baisers ! On imagine. On y croit. On y est. La Samaritaine efface du coin de son corsage la goutte de sang qui a perlé. Elle essuie la poussière. Elle ne dit rien. Sa présence suffit. On boit encore. On s’allonge. On pose la tête sur son ventre. On attend. On est bien.
Sortir.
Pas maintenant.
On est bien, vraiment. [103d]

45.

Quelqu’un parle. J’écoute. Les mots défilent mais mon cerveau peine à en saisir le sens. Je me concentre. Je dois mettre mon corps en position d’entendre. Je croise les bras. J’ouvre les épaules. Je déplie muscle après muscle sans que les tendons ne résistent. Je me grandis. Mon sourire suit. Je commande à ma respiration un rythme indolent. Je réduis la lumière qui entre dans mes pupilles. Je ne veux rien accueillir d’autre que cette parole dont la musique enveloppe à présent ma chair.
La composition des phrases porte la mélodie des voix. Elle raisonne dans la zone ad hoc de mon cerveau. Elle court de neurones en synapses et cherche l’axone où sommeille l’émotion qui lui ferait échos. Je m’y ancre. J’y suis toute. J’en suis pleine. Mon corps porte ce qui se dit. Il n’y prend aucun poids. Au contraire ! Accueillir la parole frappe la souffrance au cœur [100f] et l’éparpille. L’esprit se libère. Mes yeux se plissent encore et ma chair s’assouplit.
 [187d] [106d] [105d] [104d]

46.

Aimer.
On y vient.
On doit d’abord retrouver la joie. Où est-elle cachée ?
Sortir.
Aimer.
C’est vraiment compliqué.
On cherche.
— Bon ch… !
Pan !
Judas est mort. On est tranquille. Enfin. On peut continuer.
Chanter.

« Où est ta vie, quelle est ta voie ? « Source de vie, source de joie. »

La la la.
Moduler.
Deux bémols à la clé.

47.

Les mots forment un flot qui me submerge sans que je ne puisse contrôler l’émotion qu’il transporte. Je ferme les bras contre mon ventre, les doigts raidis sur le tissu de mon pull. Je rentre la tête dans le cou et le cou derrière la poitrine. Je me tasse ; j’encaisse, une boule au creux de l’estomac, un étau qui ralentit le débit d’air dans mes poumons. Je ne veux pas que la bordée m’emporte. Je dois faire front et rester, là, soudée. J’attends, l’œil en coin, prête à cueillir un signe qui briserait la lame. J’y crois. La pression diminue. Mon dos se décolle du fond du siège. Ma tête pointe l’arrondi de ses oreilles. Mon ventre s’emplit d’air. Le flot prend des allures de kermesse. Il cherche encore le chemin de l’apaisement.
J’attrape un stylo. Il sera le truchement de mes émotions. Une orthèse. Il court sur le papier et libère dans sa course l’étau qui comprimait mes poumons. La boule s’envole. Les phrases rigolent. Ma main note, frénétique, les idées à la volée. Mon sourire s’étend. Mon souffle prend de l’ampleur. Ma peau transpire l’émotion. Un voile me protège. La gravité décline. Les mots filent plus vite encore. Un crampe me meurtrit le bras. Je résiste. Je ne veux pas m’arrêter tant que le flux sera pulsatile, ne pas sortir de sous la cascade avant d’être trempée, et que l’encre scelle la félicité.

48.

On jette un œil alentour.
Rien.
On regarde mieux.
Toujours rien.
On consulte la liste. La couette suggère que la joie fricote avec la lettre d’amour, bien planquée derrière un amas de chair gluante d’humeurs et de matière fécale. Ce n’est guère ragoûtant. La tarte aux fraises retient un hoquet et part en vrille. On la remet à plat. On en aura besoin pour reconquérir la joie, ce qui nous expose à récupérer la lettre d’amour. Ou l’inverse.
On préfère l’amour à la lettre.
On hésite.
C’est regrettable. On ne peut pas toujours tergiverser en attendant qu’il se passe quelque chose, ce d’autant moins que, là où l’on est, même le Ciel aurait du mal à nous tomber sur la tête. [100f]
Oser.
On s’y risque.
Creuser.
C’est ce qu’il y a de mieux à faire. On sort une paire de gants. On ne voudrait pas se salir les mains dans la fange. On fouille. La vachette, toujours aimable, nous prête une corne. Ça creuse plus profond que la corde à linge, même si on lui adjoint l’échelle et la chaussette. Ça laisse des traces aussi. [101f] La chair est blessée. On en est plus que désolée. On s’excuse de la profondeur de l’entaille. La chair est surprise de notre affliction tant le sillon que l’on a creusé n’est rien à l’aune de sa putréfaction en cours. Dans ce cas…
Quand même. Ce n’est pas bien de blesser la chair.
Ce n’est pas bien de blesser tout court.
C’est comme pendre. Et tuer.
Décapiter.
Le dictionnaire rigole encore. L’oreiller frémit et la chair nous assure une nouvelle fois que l’on n’a rien fait de malsain ni de condamnable. C’est gentil. Toutes les absolutions sont les bienvenues même si on les sait, à l’instar du paradis, artificielles. La chair continue en expliquant que le bien et le mal ne sont plus ce qu’ils étaient et que ce qui meurtrissait avant n’est ici qu’une infime éraflure. On ignorait que la chair fût si sage. C’est nouveau. On ne discute pas. C’est nouveau aussi. On préfère se concentrer sur la fouille en cours.
Piocher.
Jaillir.
Et tourner la manivelle jusqu’à ce que l’amour transpire de la lettre et se pose contre le sein de la Samaritaine.
Rêver.
La joie n’est pas loin.
On fourre la tête sous ses jupes. On savoure les mots qu’elle tait mais que l’on a tant envie d’entendre. On enfile un kimono. On noue la ceinture comme sensei nous a appris. Il est là, debout, tout en sobriété. Sa main se pose au moindre déséquilibre. Sa voix nous guide. [98f] On écarquille les yeux. Une drôle de lumière éclaire le sable de l’arène. On entend quelque chose. Une autre voix peut-être. Non, c’est une boîte à musique. On l’ouvre. Ce sont des chocolats ! On nous a offert des chocolats. On croque. Un filet de cacao coule le long de nos papilles et le sucre circule dans nos veines.
On salive. On s’essuie la bouche d’un revers de poisson qui pue. L’effet du magnésium est immédiat. On se sent belle. On se croit forte. On lévite. On jette la Bible à la face du dictionnaire. On va conquérir le monde du seul rayonnement de notre aura. Le monde et l’amour, la joie ; l’ivresse. On sera, samouraï.
Vaincre.
On est prête. On sait où l’on va, désormais. On se relève d’un coup.
« Boum ! »
Dommage. On avait oublié que l’on était dans la boîte. On s’est fracassé le crâne contre son couvercle. Sensei nous donne une poche de glace. La douleur n’est pas si vive. Le dépit domine.
Sortir.
La joie n’y suffit pas.
Que manque-t-il ? La liste n’en dit rien. La lettre d’amour non plus. Reste la boîte. On se cogne à nouveau à son couvercle, pile au niveau de la bosse. La chair ne plie pas. Elle est si solide maintenant qu’elle part en lambeau. Avant, elle était contuse à la moindre éraflure. Toujours, il fallait la chérir, la consoler, la nourrir, la caresser dans le sens du poil, lui donner de quoi asseoir son intégrité. Elle s’aimait en un seul morceau, sans coupures, lisse, entière. Elle formait un corps. Et après le café, elle réclamait deux carrés de chocolat, ou le double.
Des chocolats ! C’est si précieux.
C’est si essentiel !
Peut-être est-ce cela qui manque ? On les ajoute à la liste. [102f] Qui nous les a offerts ? La Samaritaine rougit. La poupée, elle, nous envoie des fleurs. La corde à linge préfère se taire ; elle ne fait jamais de cadeau, même quand elle en pince pour quelqu’un. Ce n’est pas son style. Elle aime la brutalité plus ou moins feinte. C’est dommage qu’elle soit ainsi. On devrait peut-être la retirer de la liste.
Elle proteste. C’est juste un genre qu’elle se donne.
Et alors ? Ce n’est pas agréable, la brutalité ; c’est méchant et fort déplaisant. Elle en convient et promet de faire attention. On lui suggère d’opérer plutôt une métamorphose. Elle réclame le concours de Jacques Lacan, grand zoologue s’il en est. Il est en vacances ; son répondeur la renvoie sur le couteau suisse. Elle se coupe. La Bible la suture. On revient à la case départ. On lance les dés. On tombe sur une oie sauvage. Elle a de jolies plumes. On ne la connaît pas. Cela tombe bien. On aime découvrir.
Déshabiller.
Rougir.
On fouille encore.
Entre deux replis de côlon, on récupère enfin une certaine joie. Est-ce la bonne ? Elle a pour elle de gésir au fin fond du magma. Elle a contre elle d’être un peu trop propre pour y avoir vécu longtemps.
Et la lettre d’amour, où est-elle ?
— Je suis là !
Quelle tourte !
Non, ça, c’est la Samaritaine. Elle file un mauvais coton avec la tartine. On va devoir sévir. On ramasse la liste. On l’emballe dans le linceul et on cale le tout entre les fesses. Cela leur redonne un coup de jeune. Ce n’est pas si mal. On croque à nouveau un chocolat. Il nous invite à chercher encore la joie. On gratte la chair. On fouille. On taraude. Elle s’éparpille. Elle se répand. Et le poisson qui pue sort un briquet pour allumer une bougie.
Ce n’est pourtant pas notre anniversaire.
On souffle. On n’est pas au bout de nos peines. On doit biner encore, trouver la joie, la bonne, cette fois, et la lettre d’amour, glisser quelques doigts dans la culotte de la tarte aux fraises et branler le couvercle pour qu’il se soulève. Chouette ! On va se faire la belle.
Sortir.
Jacques Lacan s’attaque déjà à l’opercule. La Samaritaine écarte les cuisses. La poupée l’imite. Le nichon exige un retour à la décence. La Bible lui met une claque. Les esprits s’échauffent. On en appelle au calme. Il revient. On grimpe à l’échelle et on regarde de l’autre côté du mur si la boîte de champignons a atterri dans le poulailler du voisin. On ne l’y voit pas. Cela ne veut pas dire qu’elle n’y est pas.
Et les poules, où sont-elles ?
À confesse.
Et la lettre d’amour, alors ?
Elle sommeille au cœur de la joie. À moins que ce ne soit l’inverse. La chair s’en nourrit. Elle se délite sans que le corps ne se dissolve. On s’y ancre. On le sait. On vient d’ouvrir une voie. Jacques Lacan peut lâcher l’affaire. On ne sortira pas par le haut de la boîte.
— Par où, alors ?
C’est trop tôt pour le dire, Judas. Et puis tu ne comprendrais pas.
— La traîtrise n’est pas toujours le lot des imbéciles.
Tu as raison. Ce peut même être le contraire.
Alors, dis-moi, mon Judas qui veut tout savoir, l’amour, c’est le lot de qui ?
C’est l’affaire de quoi ?

49.

Dis, Judas, pourquoi tu ne réponds pas ?
— Parce que tu me fais toujours taire.
Judas ! Ce n’est pas vrai.
Mentir.
Ce n’est plus possible. [104f] [189d] [188d] [107d] [186f]

50.

Une crampe perce mon flanc. Elle entame le haut du ventre, passe sous les côtes et se termine dans le gousset, côté gauche. Je serre les dents. C’est pire. Elle vise le plexus. Je remplis d’air mes poumons, lentement, sûrement. J’arrête aussitôt. La contraction s’est transformée en lame à double tranchant. Elle lacère tout ce qu’elle rencontre, transperce la poitrine et poursuit ses assauts jusque sous mon sein gauche. Elle traverse de part en part le buste et atteint l’omoplate. Mon cœur cesse de battre. Mon sang se fige. Mes alvéoles se bloquent. Je laisse échapper un pâle soupir. Je crains de bouger et que la lame ne me blesse à mort. Je dois me lever pourtant, marcher, plonger la main dans ma poitrine et extirper de là le nerf qui transporte la douleur.
Je n’ai plus la sensation d’inspirer. J’expire par à-coups en jouant des tressauts de l’élancement. Chaque passage de l’air le ravive. Je dois le surprendre si je veux l’occire avant qu’il n’ait ma peau. Je gonfle les joues. Je tire un coup sec sur mes épaules, vers l’arrière. Le nerf couine. Mon cœur repart. Le sang flue de nouveau. Je tire encore. La crampe bande l’estoc et fend le muscle cardiaque sur toute sa longueur, rebondit de côte en côte et réduit en charpie le fond de mon estomac.
Un cri s’échappe de ma gorge. La bouffée d’air agit en contre-feu. Elle libère les bronches. La contraction recule. Je profite de l’avantage. J’envoie autant d’air que poumon peut. Elle tente un dernier assaut et lâche enfin prise. La douleur s’effrite d’abord, puis s’effondre. La chair y survit. L’oxygène circule en toute quiétude. Le sang l’amène au cœur. Mon corps s’apaise. Je tire la langue et souris. Pour de bon.
 [125d] [113d] [110d] [108d]

51.

On creuse encore sous l’œil amusé de la vachette. Sa cocarde danse entre ses deux oreilles. Elle paraît sourire. Va-t-elle se mettre à parler ?
Ruminer.
Voilà qu’elle prend ses aises !
On lui restitue aussitôt sa corne et on la remet à sa place, pointe sur l’envers. [103f] Cela lui donne un air de bouc amoché. La vachette s’en émeut. Elle rétorque qu’elle ne porte pas la barbe et que sa cocarde est fort jolie contrairement à la couronne de péchés que se trimballe le bouc. Ce n’est pas faux. Elle veut d’ailleurs bien nous la prêter, si cela peut nous aider à nous sentir plus en gaieté. On la remercie. On n’a jamais associé la joie au colifichet. On la situait plutôt dans… dans…
Le premier qui rigole sort immédiatement de la boîte !
Personne ne bouge. On préfère. On dresse le couvert. Combien sommes-nous ? Vingt et un, plus la liste ; vingt-deux. La chair, le corps. Vingt-quatre. Avec nous, cela fait vingt-cinq. Et Dieu ? On l’a déjà compté. On vérifie. Oui, c’est ça : vingt-cinq. Il y a aussi les quelques souvenirs qui traînent encore de-ci de-là. Doit-on leur mettre une assiette ? C’est inutile : ils s’autoalimentent. On soupire. On arrache la perfusion. On passe à table. Une lumière nous éblouit. On baisse les paupières. Cela ne suffit pas à l’éteindre. On essaie de monter la main en visière. Quelque chose nous en empêche. Quelqu’un ?
Parler.
On doit tout dire.
Raconter. [187f]
Chacun prend place autour de la table et s’installe confortablement. Dieu sert la soupe. On mange en silence. La tarte aux fraises se propose en dessert. On décline son offre. On préfère la garder dans la liste et que chacun suce l’os de son choix le temps que l’on raconte une histoire, une belle histoire, une histoire un peu magique, une histoire qui va nous faire rêver.
Cela s’est passé dans un train, à l’époque où l’on voyageait de nuit, ces trains peints en vert sombre, juste avant que la SNCF ne mette en service des wagons sans compartiments.
Orange. Des wagons aux portes orange.
Ce sera pour plus tard. Ces vieux trains étaient bien verts. Vert-de-gris.
On prenait une couchette. Parfois, on s’y allongeait dès le départ pour lire de bout en bout un SAS ou un San Antonio empruntés à la bibliothèque de papa. D’autre fois, on restait longtemps dans le couloir, à fumer des cigarettes, seule ou avec des voyageurs qui n’avaient pas plus envie de dormir. [105f]
Discuter.
Ou se taire.
On pouvait rester des heures debout le nez écrasé contre la vitre de la portière à tenter de percer la nuit pour savoir où l’on était. La vitesse du train ne nous y aidait pas. Alors on formait des hypothèses en fonction de l’horaire et de ce que l’on savait des gares traversées. Voir dans le noir à cent vingt kilomètres-heure. On était comme ça. On aimait bousculer les frontières comme ce jour où l’on a rencontré un Polonais. On s’est installés sur la plate-forme pour parler, en anglais. On ne parlait pas vraiment anglais. Il en aurait fallu plus que cela pour que l’on reste silencieux tant on avait envie l’un l’autre de faire ce voyage ensemble, puis se quitter après, ne pas vraiment se connaître mais s’en souvenir un jour. Ni plus, ni moins.
Ce jour est arrivé.
Veiller.
On y est.
On se souvient de cette nuit passée alors que l’on ignore le contenu de notre conversation. Elle nous évoque un moment simple, un moment de partage. On a bu dans la même bouteille peut-être, mangé les mêmes friandises, ri, chanté. On ne sait plus. À moins que cela n’ait jamais existé.
Il a existé.
Il était Polonais.
On était dans un train.
On en est sûre. On garde l’image du passage à soufflet, des voies qui défilaient dans les interstices mouvants des lourdes plaques de fonte, du bruit qui couvrait nos paroles.
Quoi d’autre ? Le train roulait vers… Paris, sans doute. Rome, jamais. Les lois du rail ne sont pas identiques à celles des chemins fussent-ils de traverse. Est-ce parce que tous les wagons qui sortent de la mine mènent en Pologne ? On avait projeté avec Sarah d’aller là-bas nous recueillir dans les camps. On a fait une cagnotte pour cela, grâce à Dédé et à la vente de livres que d’autres livres avaient supplantés.
Est-ce que l’on y est allées ? On ne sait plus.
On ne sait pas.
Oublier.
Revivre.
La mémoire part en vrille en même temps que le cerveau se dessèche. On sort une pelle et une balayette. On rassemble la poussière. Quel joli petit tas ! On dirait des cendres.
Sortir.
Si les souvenirs font défaut, il va y avoir urgence.
On sait pourtant que l’on n’y est pas. Et la belle histoire, où est-elle ? Elle est du côté du Polonais assis sur la plate-forme, simple, sobre et qui laisse la trace indélébile d’un moment de joyeux partage. Elle est dans la vie qui résiste à toutes les injures, dans l’humanité capable de survivre à ce qui va au-delà du pire.
C’est l’histoire de… C’est notre histoire. Quel dommage que l’on ne soit pas en mesure de se la rappeler ! Peut-être peut-on la retrouver si on la chance qu’elle soit écrite quelque part, dans un livre, par exemple. Comment vérifier ? On les a tous vendus. On regarde la liste. L’histoire n’est pas là non plus. Et dans la lettre d’amour ? On ne va pas vérifier ; on craint d’y perdre de nouveau la joie à une autre histoire qui ne serait pas celle-là.
— Et la foi !
Quel est le rapport ?
— Le Polonais.
Ah ? [107f]
On ne comprend pas. On se gratte le menton. Un bouton est apparu, une grosse pustule, plus grosse encore que l’horreur qui souille à jamais l’enfer. Le sang. Les larmes. Le feu ! Non ! pas le feu. On veut pourrir, pas brûler. On veut avoir le temps d’aimer, encore et encore. C’est au feu de recouvrer la joie ! Il a trop souvent failli ; il doit être restauré dans sa pureté. Purifier le feu, l’absoudre de l’autodafé.
Enflammer.
Le pétard sous la boîte de champignons se sent visé. Il est ému. Il réclame une pause pipi ! On la lui accorde. Les autres y vont, même Dieu. On reste seule. La pause dure. Sont-ils tous partis ? On n’y croit pas ; c’est un truc de gosses, ça, de se débiner du côté des toilettes juste au moment de la vaisselle. On rit. On les entend, là-bas, qui regardent voler la boîte de champignons et décoller le nichon. Oh ! la belle bleue. On ramasse les miettes laissées sur la table. On met la vaisselle à tremper dans l’eau chaude avec quelques gouttes de dégraissant surpuissant parfum citron. Il faut que ça mousse ! Il faut que cela sente bon ! On a besoin de douceur. Une petite onction ?
On frotte.
On décrasse.
Dieu revient nous proposer de tenir le torchon. On accepte. On a envie de le brancher sur la question de la joie.
— La question de la foi ?
Judas ! tais-toi. C’est à Dieu que l’on s’adresse.
— Mais c’est Moi !
Encore cette clochette ?
On rince. Dieu essuie. Chacun se concentre sur sa tâche. On ne parle plus. La pile d’assiettes tangue. On dirait la tour de Pise. Le couteau suisse y grimpe. Il se jette dans le vide. La Bible l’attrape au vol. Le gros bouton se dégonfle. La liste réclame un peu de repos et une histoire plus drôle que celle du Polonais qui règle la circulation des trains.
Elle n’était pas triste non plus.
Lourde de sens, peut-être.
Évacuer.
Dormir.
On obtempère. On va lire une histoire.
Ils reviennent, les vingt-cinq, affamés de tendresse et de poésie. Ils s’installent autour du poumon droit. Dieu sert une infusion et le dictionnaire s’ouvre sans prévenir.

« Liqueur ».

Vite ! on le referme. Il ne faudrait pas que ce mot-là s’efface. On va en avoir besoin pour assouplir la chair et façonner la joie. [108f] [109d]
Pétrir. [190d]
Et coller deux merguez dans le pain. [191d]

52.

Je ramène les jambes vers ma poitrine, genoux serrés. Mes cuisses affleurent mon ventre. Il se creuse. Mes paumes prennent appui contre le sol. Mes jambes repartent dans l’autre sens, talons à l’horizontale. Mes bras s’étarquent. Mes reins renflent. Un jet d’air fuse sans que ma bouche ne s’ouvre vraiment. Il est puissant, inattendu. Inquiétant. Mon corps se rassemble autour du modelage de mes abdominaux. Je grimace. Je compte les mouvements. Cinq. Mes genoux reviennent. Six. Ils repartent et de nouveau l’air fuse entre mes dents. Sept. Je les écarte pour laisse passer le flot tant il paraît incompressible. L’air est vicié. Il transporte autre chose que du carbone. Il a la consistance d’une lave. Non, c’est un ver, un serpent, une bête que mes poumons veulent chasser.
J’en ai presque la nausée. Mes jambes vont et viennent. Neuf. Dix. Un. Deux. Trois. L’air flue et flue encore. Six. Sept. Huit. Mon larynx se fige. Il gonfle. Ma glotte explose. Mes lèvres se dilatent et partent en cul de poule. Mes jambes redoublent d’effort. Vingt. Et un. Deux. Trois. Quatre. Mes abdominaux grincent. La douleur enflamme mes joues. Mes jambes redescendent. Six. Sans prévenir, mon torse se relaxe. Mes poumons dégazent. Une bulle de salive accompagne l’épanchement. La bête y résiste. Je m’essouffle sous son poids. Mes jambes tiennent bon. Je compte encore. Sept. Huit. J’irai jusqu’à trente et qui sait, l’intruse sera-t-elle totalement expurgée.
Neuf. Trente. J’y suis. Mes talons s’effondrent. Mes cuisses s’affaissent. Mes paumes relâchent leur pression. Je respire fort, alvéoles dilatés et bouche grande ouverte. Je tire la langue. J’ai envie de cracher. Je me retiens. La bête pourtant gît encore sous le plexus. Elle s’accroche, la garce. Il me faudrait faire une nouvelle série pour espérer m’en purger. Mes muscles sont cuits. Mon souffle est rauque. La sueur mouille ma nuque. Je ne peux plus bouger. Je renonce. Un hoquet me secoue. Est-ce la bête qui expire ?
 [116d] [116d] [115d] [114d] [116d] [188f] [189f] [194f]

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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