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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-21 janvier 2011



Cy Jung feuillets — V-01 21 janvier 2011

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1.

C’était donc ça. Juste ça. Pas plus que ça ? Quand on pense à ce que l’on a pu croire, espérer, inventer, codifier. Juste ça. Ni plus, ni moins. On y est.
On y va ?
Allez ! il faut sortir de là.

2.

On nous avait parlé d’un couloir, d’une porte, d’un passage, d’une rivière, d’un désert à traverser, d’une oasis, d’une destination à trouver. On nous avait parlé de paix, de sérénité, d’un silence inconnu. Quel vacarme ! Et vas-y que ça pisse dans un sens, que ça grouille dans l’autre, que ça se dilate, que ça se tord, que ça se fend ; que ça pète. On attend son tour. Il fait encore chaud. On se prélasse. Les humeurs nous emporteront-elles ou sortirons-nous emmaillotée dans les vapeurs de chair en décomposition ? On ne sait pas. On est un peu perdue. Calme mais perdue.
On s’ennuie.
Ça suinte cette fois. Ça enfle. On craint une prochaine déflagration. On n’a jamais aimé les coups de feu. Cela nous faisait peur. On a changé d’état. On ne devrait plus avoir peur. Et pourtant, il en reste quelque chose, de la peur. Quoi ? C’est difficile d’exprimer ce que l’on ressent. Ressent-on encore ? On l’ignore. On s’excuse de ne pas pouvoir en dire plus. Cela viendra. On l’espère. Sait-on encore espérer ? Il le faut ; chacun en a besoin.
On a envie de pleurer. C’est très subit. Puis de rire. Pleurer. Rire. C’est pareil. On ne contrôle plus les émotions. Il faut laisser filer. Et partir. Se tirer. Bye-bye, c’est fini, fini, cette vie. On nous avait parlé d’une autre qui commencerait alors. On ne savait pas. On ne sait pas plus. On disait, sans savoir. On avait besoin de se rassurer. Cela faisait peur. Peur. Encore. Comme les coups de feu. Pan ! Et les bombes. Boum ! On ne comprenait pas pourquoi cela explosait. On s’inquiétait. On s’angoissait. Il ne fallait pas. On est bien, au chaud de la chair, fut-elle en train de se putréfier. Il faut en profiter. Cela ne va pas durer.
Pourquoi ?
Parce que l’on va sortir.
On n’a pourtant pas le souvenir que dehors il fasse si froid. On mettra un bonnet, une écharpe. On a bien des pulls qui traînent dans un placard, une armoire, un tiroir. Et des gants. Une polaire.
On va sortir. Quand ? Vers où ? Un crochet fait un jeté. Il ramène le fil dans la maille. La boucle se forme. C’est une maille serrée. Pour faire une bride, il aurait fallu faire un second jeté. De quoi parle-t-on ? De sortir le crochet de la maille avec le fil pris au piège. Sortir le poisson de l’eau. Il se débat. Il frétille. Il suffoque. Ses branchies ne sont pas poumons. On lui ouvre le ventre. On retire les entrailles. Cela ne sent pas très bon. On gratte les écailles. Comment va-t-on le faire cuire ?
On l’ignore.
Le poisson.
On ignore le poisson, les écailles, l’air, la ligne et l’hameçon. On ignore tout de ce qui est. On est là dans un autre monde qui est le même que le monde que l’on doit quitter. C’est la perspective qui change. On ne sait pas vraiment de quoi il s’agit. C’est assez nouveau. On va devoir faire un effort, comprendre, sortir. « Bouge de là ! », disait une chanson. « Sortez-vous les doigts du cul ! », braillait un entraîneur sportif. On n’est pas sur un stade. On pourrait y être. On pleure. Non, c’est le corps qui se distille. Ça pue pire que les entrailles du poisson.
Comment sentir ? Comment entendre ?
On éprouve. On ne voit plus. On ne pense plus. On éprouve. Les mots n’y sont plus. On les utilise juste pour les besoins de la retranscription. Un café. Il est froid. Une minute au micro-onde va le réchauffer. Il sera moins bon. Tant pis. Un thé. Le thé supporte mieux d’être passé au micro-ondes. La tisane encore plus. Verveine. Et l’amour ? On ne réchauffe pas l’amour ; c’est lui qui nous réchauffe. On le disait. On y croyait. Et le café est de nouveau froid. On parlera de la vie, aussi. C’est important, la vie, d’en parler. La perdre autorise la désincarnation, la sortie, si l’on préfère. On préfère. Et la vivre, cela autorise quoi ? On va bientôt savoir, on le sent. À moins, qu’une fois encore, on n’y comprenne rien, à la vie, à la mort, à l’amour, à la manière de réchauffer le café et de vider le poisson. [11f]


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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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