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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-28 janvier 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 28 janvier 2012

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Et coller deux merguez dans le pain.

52.

Je ramène les jambes vers ma poitrine, genoux serrés. Mes cuisses affleurent mon ventre. Il se creuse. Mes paumes prennent appui contre le sol. Mes jambes repartent dans l’autre sens, talons à l’horizontale. Mes bras s’étarquent. Mes reins renflent. Un jet d’air fuse sans que ma bouche ne s’ouvre vraiment. Il est puissant, inattendu. Inquiétant. Mon corps se rassemble autour du modelage de mes abdominaux. Je grimace. Je compte les mouvements. Cinq. Mes genoux reviennent. Six. Ils repartent et de nouveau l’air fuse entre mes dents. Sept. Je les écarte pour laisse passer le flot tant il paraît incompressible. L’air est vicié. Il transporte autre chose que du carbone. Il a la consistance d’une lave. Non, c’est un ver, un serpent, une bête que mes poumons veulent chasser.
J’en ai presque la nausée. Mes jambes vont et viennent. Neuf. Dix. Un. Deux. Trois. L’air flue et flue encore. Six. Sept. Huit. Mon larynx se fige. Il gonfle. Ma glotte explose. Mes lèvres se dilatent et partent en cul de poule. Mes jambes redoublent d’effort. Vingt. Et un. Deux. Trois. Quatre. Mes abdominaux grincent. La douleur enflamme mes joues. Mes jambes redescendent. Six. Sans prévenir, mon torse se relaxe. Mes poumons dégazent. Une bulle de salive accompagne l’épanchement. La bête y résiste. Je m’essouffle sous son poids. Mes jambes tiennent bon. Je compte encore. Sept. Huit. J’irai jusqu’à trente et qui sait, l’intruse sera-t-elle totalement expurgée.
Trente. J’y suis. Mes talons s’effondrent. Mes cuisses s’affaissent. Mes paumes relâchent leur pression. Je respire fort, alvéoles dilatées et bouche grande ouverte. Je tire la langue. J’ai envie de cracher. Je me retiens. La bête pourtant gît encore sous le plexus. Elle s’accroche encore, la garce. Il me faudrait faire une nouvelle série pour espérer m’en purger. Mes muscles sont cuits. Mon souffle est rauque. La sueur mouille ma nuque. Je ne peux plus bouger. Je renonce. Un hoquet me secoue. Est-ce la bête qui expire ?
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53.

On se gratte les pieds.
On pourrait tout aussi bien éplucher des haricots verts. Des carottes, des pommes, des petits pois, des cerises, tous les fruits, tous les légumes. La nourriture n’en serait que meilleure et cela occuperait nos mains à autre chose qu’à triturer la chair et sarcler la peau.
Tricoter.
C’est ce que l’on a fait pour arrêter de fumer. On a pris un crochet, du coton, de la laine. On a monté une chaînette de cinq ou six mailles. On l’a fermée d’une simple maille coulée. Une autre en l’air pour commencer un premier rang. Des mailles serrées à suivre en calculant au mieux les augmentations. On a fabriqué ainsi de jolies pattes à casserole, des patins pour le parquet, des écharpes, des ponchos avec col roulé. Puis c’est devenu compliqué. Plus le crochet était fin et les modèles pointus, plus on se perdait dans la succession des mailles et des rangs. C’était fastidieux. Alors, on a remisé notre ouvrage, dans un carton, à la cave, entre un reste de carrelage et un jeu de Monopoly.
Ranger.
Renoncer.
Il semble que l’on y ait gagné quelque chose, une sorte de sérénité qui nous faisait jusqu’alors défaut. Et sans que rien ne l’annonce, on n’a soudain plus eu peur du mal que l’on aurait pu nous faire.
On n’y croyait pas trop. On s’observait grandir.
On s’est remis à lire. On aimait de moins en moins regarder la télévision. On écoutait de la musique. On travaillait. On furetait sur la toile. On écrivait des mails. On buvait des cafés froids. On allait se promener seule ou avec des amies chères. On dînait. On militait, beaucoup. On faisait du judo, encore plus. On courait. On cuisinait. Et on téléphonait en faisant les cent pas.
Marcher.
Compter.
Et s’assurer du contenu de la liste. [190f]


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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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