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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-18 janvier 2012



Cy Jung Feuillets — V-04 18 janvier 2012

 [182d]
La poupée réclame que l’on ajoute une robe à la liste. La pauvre ! On ne peut rien pour elle. On mange la liste. On tranche le ventre la poupée. On regarde à l’intérieur. Elle n’a pas de cœur. On jubile. On a trouvé d’où venait ce vide. Enfin ! Il était dans le corps de la poupée. On la renvoie en orbite. On vomit la lettre d’amour avec la liste. Elle est intacte.
On la relit. [94f]

« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. Une fable de La Fontaine. Un stéthoscope. Un éléphant. Une tondeuse à gazon. Une aquarelle. Un clic. Un cheval au galop. Une étoile. Un saxophone. Un comprimé. Un bouquet de persil. Un manteau. Une expression courante. Une bassine. Une limace. Une dent creuse. Un tapis. Des yeux bleus. Une tente. Une portion de frites. Un crochet. Une galipette. Un gobelet. Un condamné à mort. Une coursive. Une machine-outil. Un germe. Un maroquin. Un jardin. Une perfusion. Un ami. Un orgue de Staline. Du sable fin. Un élastique. Une sonnette. Une scie. Un foulard en soie. Une hémorragie cérébrale. Un témoin. Un ticket de métro. De la peinture rouge. Un coq de bruyère. Un truc. Une poussière. Une barrière de corail. Un bonhomme de neige. Une poubelle. Une ambulance. Un cahier à gros carreaux. Des perles. Un lit de camp. Un chiffon. Un crématorium. Une contravention. Un parfum. Une casquette. Un credo. Des cotillons. Un si bémol. Une paire de lunettes. Un sourire. Un préservatif. Un sac de billes. Une mèche de cheveux roux. Une calculatrice. Une roche éruptive. Un papillon. Des allumettes. Un cours d’eau. Un manège. Un gyrophare. Un trousseau. Un avion. Une pomme de pin. Un canal urinaire. Un code à barres. Un relent. Une chute. Une colonne de direction. Une règle. Un tas de gravats. Une chanson douce. Un ravalement. Une brindille. Une étagère. Un sou. Une écrevisse. Une grotte. Un calicot. Un doute. Un essuie-glace. Une boucle de ceinture. Un ronronnement. Une longueur de piscine. Une serviette hygiénique super plus spécial nuit dans son emballage. Un laminoir. Une facture. Un tube de colle blanche. Une poignée de cerises. Une tribulation. Un cône au chocolat. Un cœur de pierre. Une recharge. Un numéro. Une lampe frontale. Un soleil d’hiver. Une pâte brisée. Un article. Une écorce d’orange. Un pylône. Une botte de foin. Un brocoli rose. Une érection. Un lendemain. Un as de carreau. Une touche. Un wagon. Des farces et attrapes. Un lecteur DVD. Un fil RSS. De la poudre d’escampette. Un panier. Un savon. Un râteau. Un masque. Un messie. Du vinaigre de vin. Un manche à balai. Un coquelicot. Une agrafeuse. Une pagaie. Un camion. Un compte-fils. Une ampoule. Une goutte de sueur. Un oripeau. De l’encre. Une balle dans la tête. Une fourchette. Une photographie. Un collier de perles. Un casque. Un Interphone. Un canot. Une tasse de café noir sans sucre. Un chou-fleur. Un appui. Un plat en argent. Un atome crochu. Une route de montagne. Un oignon. Une prise multiple. Un cadavre. Un écrou. Du wasabi. Une vitre. Une cruche. La Samaritaire… » [96d]

Ah ! la Samaritaine.
Était-ce l’eau ou la soif qui nous manquait ? On disposait des deux. Alors ?
On cherche.
— Bon chien !
Ça suffit !
Sortir.

« Aimer. Rire. Penser. Jouir. Débiter. Cogner. Savourer. Vivre… »

Doit-on à présent établir une liste de verbes ? C’est difficile, ce d’autant que l’on n’ose plus ouvrir le dictionnaire. On craint qu’il ne soit désormais vide, [55f] aussi vide que le ventre de la poupée et la corde à linge. Elle n’a jamais eu de cœur, cette petite salope de corde.
Étrangler.
On déraille. On doit se ressaisir.
On attrape la paire de merguez. On la brandit.
— Chers amis, chers camarades…
Hourra ! [56f] [95f] [181f]

40.

J’ouvre la bouche pour gober un peu d’air frais. J’ai soif de respirer, de m’emplir d’oxygène comme pour gagner en apesanteur. Ma langue passe derrière mes dents. Mes yeux s’écarquillent d’eux-mêmes. Mon sourire point. Je ne peux le retenir. Mes dents se joignent à nouveau. Mes joues se creusent. J’inspire par le nez, cette fois, et engrange une large goulée. Mes pupilles rigolent. L’air fuse dans l’autre sens. Un courant se forme. On dirait que mes oreilles se mettent à grandir, grandir, jusqu’à sculpter des ailes à moins que ce ne soient mes cheveux qui se déploient. Le souffle s’y engouffre. Mon corps part à l’horizontale. Mes paumes prennent appui sur la vague. Mes biceps bandent et portent ma chair aux nues.
Je me soulève. J’ouvre les épaules. Je gaine. Je vole. J’inspire. J’exulte. La terre défile sous mon ventre. Je perds son attraction. Plus je respire, plus la distance augmente. Je suis farcie d’oxygène. La tête me tourne un peu. Je pars en roulis. Une pirouette me fait craindre la chute. Je me concentre. Je ralentis ma respiration. Je bats plus fort des oreilles, paumes toujours à plat. Mes jambes nagent la brasse. Le vent s’engouffre dans mes voiles. Il est ma complice. Je m’y roule à présent au gré de mes soupirs. Je ne pèse plus rien. Ma chair est volatile. Je me fonds avec le ciel. Je ne cesse de sourire. Mes yeux toujours rigolent. Le soleil, de part en part, me chauffe et me réchauffe. Je vole. Et mon corps est si léger que désormais il peut m’appartenir.
 [97d]

41.

Vivre.
C’est comme pour la liste, on aurait peut-être dû y penser avant. C’est étrange de dire une chose pareille ? On ne pensait qu’à ça !
— Vraiment ? [99d]
N’est-il donc pas possible de mentir, un peu ? [98d]
Sortir.
Il va nous falloir choisir.

42.

Vivre.
Cela faisait si mal.
Mourir.
Cela ne fait pas tant de bien.
Sortir.

« Où est ta vie, quelle est ta voie ? »

La boucle est bouclée.
Chanter.
Et faire décoller l’avion.
On donne deux euros à la dame. Elle nous tend un ticket. On s’installe dans le bimoteur à quatre places. Le bouton rouge qui permet de soulever l’engin du sol est au centre de l’un des volants, celui à l’avant, côté gauche. Le manège démarre en douceur. Au troisième tour, le haut-parleur indique que la queue du Mickey est en place. On s’envole. On tend le bras et on l’agite au hasard.
Des fois, ça marche.
Là, rien.
Encore un tour.
Oui ! ça y est. On a attrapé quelque chose. On referme les doigts. On tire. C’est le nichon, le droit. On est contente de le retrouver. On l’accroche au pectoral. Le manège s’arrête. On prend un autre ticket. On récupère le nichon gauche, cette fois. Quel bonheur ! Le corps est entier, ou presque, pour à peine 4 euros. Ce n’est pas cher payé pour toucher une poitrine. On tire la langue et on profite de ces retrouvailles pour recoller les morceaux de chair qui commençaient à s’éparpiller. Les humeurs font office de glu. On a de la matière plein les doigts. On secoue la main. Un morceau part à la verticale, se cogne au couvercle et revient, comme un boomerang, dans un bruit sec, pas si creux. On attrape un œil et on recommence. Il rallie son orbite sans que le bois ne plie. On s’empare de la rate. Elle fait un aller-retour, sans dommages sur la paroi. On réfléchit quelques secondes. C’est peut-être le signe qu’ils ont pris un bois épais, et solide, un bois qui ne brûle pas, un bois qui pourrit lentement dans la tombe, un bois qui protège, un bois qui nous assure une certaine longévité.
On s’en réjouit. Le risque d’être incinéré s’écarte. En même temps, cela pose la question de savoir de quoi il faut sortir. Du corps ? De la boîte. On va également devoir apprendre à lire dans le noir faute de pouvoir percer la paroi. Ce ne doit pas être si compliqué. On vivait bien dans une drôle d’obscurité, parfois.
D’autre fois, on vivait dans la lumière. [182f]


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[96dDébut-2011:07:31

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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