[

Les Feuillets de Cy Jung

]
Documents

Poubelle



Cy Jung Feuillets — Poubelle

Je n’aime pas jeter du texte et crée toujours un fichier « Poubelle » qui grossit au fur et à mesure de mes versions. De mémoire, je ne crois pas m’être jamais resservie de ces passages coupés ; mais au moins, ils ne sont pas totalement perdus.
Pour ces Feuillets, c’est au cours de la V04 que je coupe certains extraits des passages en « je » afin de retirer toute chose factuelle dans ces points. Voici ces extraits, que je compile une première fois ce 1er janvier 2012. J’y mettrai bien sûr les suivants, s’il y a lieu.

Extrait coupé le 17 novembre 2011 — Ex (4), V03.
Ta main se pose. Je m’en souviens. Elle est d’emblée sur mon ventre, froide. Je frissonne. Tu la retires. Je la rattrape. Tu as cru que je la refusais. Ce n’était pas le cas ; c’était juste mon corps qui répliquait à la différence de température.
Tu ne dois pas avoir peur.
Viens. Colle ta peau sur la mienne. Tu aimes que l’on soit soudées, au risque de l’étouffement. Je ne crains rien ; tu es une plume. Viens. Viens sur moi. Appuie. Écrase-moi de tout ton poids. J’aime quand tu es là, même si ta peau est froide. Je la réchauffe. J’aime l’effet de ta pesanteur. Ton ventre épouse le mien. Ta tête fraie dans mon cou. Tes baisers cherchent mon oreille. Ils trouvent ma bouche. Ma langue ouvre tes lèvres. On s’emballe. [1f] Je fixe mes mains sur tes fesses. J’appuie. Nos ventres se marient de quelques millimètres de plus. J’écarte les cuisses. Nos pubis s’épatent. Nos clitoris se rencontrent, presque. On y croit. C’est bon. C’est bon d’y croire.
C’est bon de jouir. On y va. Partir.
Non ! Je veux rester là, près de toi, toi sur moi, bientôt toi dans moi, ton doigt, tes doigts, ta main, tes mains. Et tes baisers. Ta langue, aussi, qui fouit dans ma bouche. Tes lèvres qui reviennent à mon cou. Viens. Entre. Prends. Fonds. Fends. Fonds-toi. Fends-moi. Imprègne. Éprouve. Viens ! Éprouve ton désir de moi jusqu’à ce que mon plaisir s’en ensuive et que l’amour s’écoule. [62d]
Non ! doucement. Attends encore un peu. Caresse-moi sans nous disjoindre. Reste là. J’ai besoin de ta force. J’ai besoin de ta chair qui s’imprègne, qui marque la mienne de son empreinte, qui comprime chaque pore de ma peau. Viens. J’ai besoin de te sentir encore, que notre désir s’inscrive dans le temps. Caresse-moi toujours ; là, partout où ma chair frétille. Viens, je suis à toi. Caresse-moi.
Non ! pas les seins, s’il te plaît. Je n’aime pas ça
. [4f]

Extrait coupé le 13 décembre 2011 — Ex (18), V03.
Je me tends vers toi. Ma vulve est impatiente. Elle imagine ces phalanges qui vont l’entr’ouvrir, s’imbiber de son suc, fouir, attiser, venir, prendre. Mon bassin se soulève. Mon clitoris se hisse sous son capuchon. Mon vagin suinte. Il cherche en vain ton doigts. Ma chair proteste. Je suis en manque. Je bous. Je fonds. Je coule. Je réclame tes mots pour racheter ton doigt. Je veux ta voix.
Tu me regardes, silencieuse. Mes yeux t’implorent. Mon sexe se sert contre ta cuisse. Il s’y frotte. Il s’y excite. Ma vulve anticipe. Mes bras se referment autour de tes reins. Mes mains dévorent tes fesses. Viens ! Dis-moi que tu m’aimes pour accompagner ma jouissance ! J’en ai besoin. Je suis à toi, à ta mesure, à ta portée. Viens ! Prends. Donne-moi accès à mon antre, que vibre la moindre fibre en moi et que mon cerveau tremble sous le cataclysme. Il se cogne contre les parois de mon crâne. Je perds l’équilibre. Tu percutes. J’ingère. Tu sillonnes. Je plie. Je me divise. J’ai fermé les yeux. Je m’accroche à ce que je trouve de toi. Je veux te mordre. Je veux te manger. Je veux que tu passes par ma bouche. T’avaler. T’engloutir. Te sentir tout au fond de moi, boule de chair vivante qui me nourrit, me comble. Je veux te sentir là, que tu ne bouges plus et que mon corps, à t’entourer, fasse sa part de l’orgasme.
Laisse filer ! Viens ! Partons ensemble. Ma main se glisse entre tes cuisses. Elle cherche l’intimité de ton sexe, s’y coule en douceur. Je la laisse agir. Elle fera ce qu’elle peut. Pourvu qu’elle sache mener ta danse. Nos souffles s’assemblent. Le lit grince. Nos bras s’étreignent. Nos doigts s’exaltent. Nos corps s’imbibent des flaveurs de nos sexes en décomposition. J’arrête ta partition. Je suis pleine. Je m’ancre. Je crie. La pulpe de mon index rougit ton clitoris. Odeur de feu. Je pars. Je décolle. Tu t’accroches à mon corps pour voler avec moi. Viens ! Viens ! mon amour. Tu t’affales. Je m’affaisse. Ta tête roule au creux de mon cou. Pourquoi n’as-tu rien dit ? Je me suis tue. Les mots peuvent-ils garder l’émotion intacte ? [<39d>Début-2011:03:08]]
Les mots. En sont-ils capables ? Tu me souffles un « je t’aime » que je n’attendais plus. Quelque chose de très chaud avive ma peau. Je transpire. Tes doigts sont toujours au fond de mon sexe. Il pompe. J’attrape ta nuque. Je plaque ta bouche contre la mienne. Tout mon corps tremble. Tout mon être savoure. Aura-t-il suffi d’un mot d’amour pour que le corps éprouve ? Il aura. Il a. Il est. Je t’aime. Tu m’aimes. Et je suis.

Extrait coupé le 1er janvier 2012 — Ex (24), V-03.
Mon parachute est étalé sur le sol. Des militaires courent vers moi. Ils me donnent à boire. Je souris. Elle est là. Elle me guide jusqu’à son hélicoptère et me prête un joli blouson d’aviateur. Elle me prend dans ses bras.
(…) Elle sort une pelle et une balayette. Trop tard !
(…) Ma superbe n’a pas pensé à me protéger dans une glacière. Elle s’évapore à son tour. Je suis seule.

Extrait coupé le 2 janvier 2012 — Ex (24), V-03.
Un vent glacé me recouvrirait, me roulerait dans son tapis et me porterait jusqu’à ces steppes lointaines où le givre règne en maître.
(…) Je dois pousser sur les bras pour relever le couvercle de la bonbonne. La chambre froide est suspendue de carcasses bovines éviscérées. Une alarme sonne. Vite ! Ma conscience émerge une fraction de seconde.
(…) L’air est bloqué par une congère.
(…) Il y a là un désert.
(…) Les cristaux fondent au soleil ; la vapeur est montée au septième ciel et s’est mue en nuage.
Extrait coupé le 3 janvier 2012 — Ex (26), V-03.
La douleur est une trace, une preuve que chaque foulée, chaque pied que j’ai posé à terre, était une nique à la mort, l’expression de mon envie de vivre, de lui donner toute la puissance dont il est capable.
Extrait coupé le 10 janvier 2012 — Ex (29), V-03.
Et pourquoi pas ? Parce que le mal doit sortir par une autre voie, se dissiper, ne plus jamais resurgir. Je dois le vaincre de l’intérieur plutôt que l’épancher, qu’il entre en fusion avec la matière, se consume et parte en fumée. Ça fait mal mais ce sera la dernière fois. Promis. Juré. Qui peut y croire ? Je ravale une dernière larme et plonge la tête la première dans le grand bain.
(…) La souffrance est si frivole !
Extrait coupé le 18 janvier 2012 — Ex (33), V-03.
Je le sais, tu es là-bas et je te rejoins.
(…) je vais vers toi. L’air est ta peau. Le soleil avant* mes mains la réchauffe. Tu ouvres tes bras. Je m’y coule et nos sourires se rejoignent.

* Coquille ! Il fallait lire « dans », bien sûr.

Extrait coupé le 21 janvier 2012 — Ex (36), V-03.
Je ne touche plus Terre. (…) Le monde est sous mes pieds. Il suffirait que j’ouvre les bras pour qu’il s’y engouffre, que l’on s’épouse, lui et moi, que l’on s’emmêle à jamais dans un roulé-boulé qui nous porterait au fin fond de l’univers, là où l’amour est sans haine, l’allégresse sans peines.
Extrait coupé le 21 janvier 2012 — Ex (38), V-03.
Tes paroles forment un flot qui me submerge sans que je ne puisse contrôler l’émotion qu’il transporte. Je ferme les bras contre mon ventre, les doigts raidis sur le tissu de mon pull. Je rentre la tête dans le cou et le cou sous la poitrine. Je me tasse ; j’encaisse, une boule au creux de l’estomac, un étau qui ralentit le débit d’air dans mes poumons. Je ne veux pas que la bordée m’emporte loin de toi. Je dois faire front et rester, là, soudée. Je t’observe, l’œil en coin, prête à cueillir un signe qui briserait la lame. Un instant, tes lèvres amorcent un sourire, peut-être sous l’effet de mon regard. J’y crois. La pression diminue. Mon dos se décolle du fond du siège. Ma tête pointe l’arrondi de ses oreilles. Je lance une boutade. Tu l’attrapes au vol et respires enfin. Mon ventre s’emplit d’air. Tes joues renoue avec la couleur. Le flot prend des allures de kermesse. Il cherche encore le chemin de l’apaisement. Je lui offre mon stylo. Ton sourire s’élargit. Ton souffle monte en puissance et libère l’étau qui comprimait mes poumons. La boule s’envole. Nos yeux la suivent un instant autant que ma plume court et exsude ta pensée. Les phrases rigolent de ta glotte à ma main. Elle note, frénétique, tes idées à la volée. La gravité décline. Nous sortons de sous la cascade, trempées, et l’encre scelle notre unité.
 [106d] [105d] [104d]
Extrait coupé le 16 février 2012 — Ex (55), V-03.
Tu es là. Est-ce que tu me regardes ? Je ne sais pas. Mes yeux sont fermés à ton sourire. (…) Tu te distilles.
(…) Tes dents claquent.

--------------

[1fFin-2011:01:03

[62dDébut-2011:05:05

[4fFin-2011:01:12

[106dDébut-2011:08:15

[105dDébut-2011:08:14

[104dDébut-2011:08:13



Information publiée le jeudi 16 février 2012.



Document précédent / Document suivant
Retour à tous les Documents


Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Lire le Feuillet du jour.



Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.