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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-29 décembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-04 29 décembre 2011

 [169d]
Sortir.
On va devoir creuser.
On réclame un marteau-piqueur. Il faut au moins ça pour fendre la croûte terrestre. Il doit faire si bon à l’intérieur et sans doute que l’odeur est moins nauséabonde. On prend la main de la poupée. On fabrique une fronde avec l’élastique et on envoie valser la tartine. On récupère Jacques Lacan. Il peut toujours servir. On réintègre aussi les merguez. On ajoute de la moutarde. On en badigeonne l’intérieur du pain. On revient au jeu de l’amour. On doit établir les règles. C’est urgent. [34f] On en a besoin, pour sortir.
Attendre.
Jouer à la marelle. [44d] Faut-il fuir ou gagner l’enfer ? On doit y réfléchir. On a le choix entre la Bible et le dictionnaire.
À ce stade, on préfère la tarte aux fraises. [80d] [50d] [78f] [166f]

26.

On résume.
Sortir.
On est là depuis combien de temps ? L’horloge du téléphone portable ne fonctionne plus et le corps n’a pas de montre au poignet. À l’odeur, on pourrait dire… On l’ignore. On n’a pas fait d’études de thanatologie. On ne sait donc rien de la putréfaction des corps et pourtant, on affronte, la tête haute et les épaules larges, cette chair qui nous quitte.
Braver.
Languir.
L’humeur est à la relaxe. Les muscles se détendent. Ils n’ont pas encore l’air très atteints. Les organes, eux, se vident, l’estomac, le foie, la rate, le pancréas, l’intestin. Le cœur et l’encéphale se dessèchent. Les yeux, même dégagés de leur cavité, brillent toujours, surtout le gauche, celui qui a vu l’érection divine. Une côte a pris la tangente. Les poumons ont les alvéoles pleins d’une épaisse liqueur. Le reste tient.
Pour celles et ceux que cela intéresse, les seins, après avoir explosé, ont recouvré une certaine plasticité en dépit de la mise en orbite des tétins. Et le clitoris ? On oublie toujours le clitoris. On le néglige. Il proteste et se renfrogne. Il est un peu boudeur, de nature. Là, il semble apaisé. Il flotte sous son capuchon, comme rétracté, rétréci, serein. Il est sous protection. Il se repose. Cela donne envie de lui avancer une chaise longue avec un plaid tricoté main et de lui servir une orangeade. Avec ou sans paille ? Ah ! si on lichait à petites gorgées tous les clitoris du monde plutôt que de se les enfiler cul sec.
Mouiller.
On oublie.
Saliver.
On se fait du mal.
Aimer. [167f]
C’est de pire en pire !
On ne doit pas se voiler la face. C’est inutile. Le clitoris est mort. Le temps de la jouissance a expiré. Feu la vulve ! Feu le point G ! La nostalgie nous gagne. On cherche une pensée positive. On croise la tartine. Cela ne suffit pas. Les souvenirs remontent par vagues. Les bons. Les moins bons. On ne sait pas les classer. L’amour, par exemple… On fera le tri plus tard. On en était à établir le bilan clinique. C’est le plus urgent.
Mais l’état de l’amour, n’est-ce pas aussi de la clinique ?
On attrape le rectum à deux mains et on tire.
— Pan !
Dans le mille !
Cette fois, on a vraiment tué Jacques Lacan. [42f]
Doit-on éliminer quelqu’un d’autre ? On recharge. Un ver de Victor Hugo remonte l’œsophage et sort par l’orbite vacante. « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » On le préfère en voyeur dans la culotte de Dieu à moins qu’il n’en porte pas ce qui enchâsserait l’œil directement entre les testicules. C’est grotesque ! Dieu n’a rien de tout ça, ni globe oculaire, ni slip, ni génitoires. Dieu n’a rien. Il est. On aime la nuance. On la voudrait pour soi. Le corps nous échappe. L’être gicle et l’on en prend plein les merguez pendant que les oreilles en pissent leur cérumen.
Exsuder.
On s’essuie le visage avec un pan du linceul.
Renaître.
On crie. On gesticule. On grandit et on prend la poupée sur les genoux. On lui demande ce qu’elle en pense de l’être et de l’avoir. Elle répond que tant que l’os n’aura pas libéré la moelle, on ne saura rien de la substance. Sacrée poupée ! On l’embrasse. Elle rougit. On s’arrête là. On n’a pas envie non plus de poser une barrette dorée dans ses cheveux ni de lui poudrer le nez.
Sortir.
C’est de plus en plus compliqué.
On se concentre. [48d]
On passe la rate. On chatouille le pancréas puis on tâte le cœur du bout du doigt de pied emprunté à l’échelle. La texture est bonne, plus élastique que celle du foie. Une purée maison décorée d’un brin de persil irait bien avec ça. Le cerveau fera l’affaire. Il résiste. Il ne veut pas finir en bouillie comme si le corps était mort par choc frontal lors d’un accident automobile. Les neurones se tiennent encore par la synapse et, pour le coup, c’est un peu de beurre qu’il nous faudrait pour le passer à la moelle. [47f] [49d]

27.

La douleur est posée sur mon front, pile entre les deux yeux, prête à me prendre dans son étau et ne plus lâcher sa prise. Ou presque. Elle n’y est pas vraiment mais je la sens, là, prête à fuser si je lui offre ne serait-ce qu’une once de chair où s’épanouir. Il n’en est pas question. Je m’éclipse et m’enlise dans la torpeur. La chaleur des draps m’apaise. J’entends une voix. Je ne comprends pas ce qu’elle dit. Peu m’importe, elle me berce et je plonge. Je ne veux plus bouger. Je ne veux plus ressentir et que la douleur aille jouer ailleurs qu’en mon front. Elle insiste, convaincue qu’elle est de pouvoir m’atteindre. Je résiste, confinée dans le tréfonds de ma chair. Je me ramollis jusqu’à ce que mes nerfs ne trouvent plus aucun muscle à solliciter sur leur trajet. Ils mitraillent dans le vide. Je m’évapore. Ma chair est une masse sans consistance, un leurre.
J’entends la voix toujours. Rien ne l’arrête, aucun barrage, pas même la conscience d’être ici, ou ailleurs. [168f] le son passe d’une oreille à l’autre sans que le cerveau ne l’enregistre. Il encore plus mou que les autres organes, flasque, presque liquide d’être mis au chaud. La douleur tente une percée sur la nuque, juste là où les cheveux prennent racine. Elle fait bide. Le cortex est en partance pour l’au-delà du corps. Je respire à l’économie. Mon cœur prend un rythme de vacances. Plus rien de bouge en moi, à part quelques poils qui vibrent au passage de l’air dans le nez. Mes paupières sont lourdes. Ma chair est légère. Je ne dors pas. J’attends.

28.

On résume.
Sortir.
Non. Pas encore.
Aimer.
Sortir viendra quand la chair aura fondu à moins qu’il n’existe une issue dont on ignore encore la voie. Les deux hypothèses se valent bien que l’on ait une préférence pour la seconde, peut-être parce qu’elle est plus volontaire, peut-être parce que marcher nous faisait du bien, peut-être parce qu’il serait temps de rompre avec la contrainte du corps, peut-être parce que l’on obéit à la liberté. Peut-être. Sûrement.
Agir.
On a toujours aimé ça.
Bouger.
Cela permettait aussi de faire baisser notre taux de cholestérol. On était trop gourmande pour ne pas manger.
Croquer.
Décider.
On s’assoit sur la Bible. On ouvre le dictionnaire. On prend garde à ce que le nez ne coule pas. On tourne les pages. On songe un instant que l’on serait plus inspirée de lire la lettre d’amour. On l’a égarée. Cela n’a rien d’étonnant. Rien qu’à son allure, elle nous déplaisait. On referme le dictionnaire. On lève les yeux au ciel. Le nichon passe. Il nous envoie un baiser. On sourit.
C’est si agréable d’être embrassée.
On oublie.
Penser.
C’est mieux.
Voir.
C’est un peu la même chose.
Aimer.
Cela reste trop compliqué. On doit l’apprivoiser. On le sait. Il nous manque une clé. Elle est là-bas, toujours accrochée au lourd trousseau posé sur l’étagère dans l’entrée. On ignore comment la rejoindre. On caresse la joue de la poupée. Cela avive le souvenir. Le désir s’en mêle. On le chasse. Il revient. On le jette. Il ressort. Il est coriace. Il fait corps à la chair. On le range sous le capuchon du clitoris le temps qu’elle se délite. Il ne bouge plus. C’est bien.
Aimer. [169f]


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[44dDébut-2011:03:18

[80dDébut-2011:06:02

[50dDébut-2011:03:29

[78fFin-2011:05:30

[166fFin-2011:12:25

[167fFin-2011:12:27

[42fFin-2011:03:15

[48dDébut-2011:03:24

[47fFin-2011:03:22

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[168fFin-2011:12:28

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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