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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V04-24 décembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-04 24 décembre 2011

 [165d] [155d] [74d]

15.

L’air ambiant se rafraîchit sans que le corps ne semble en être responsable. Cela donne envie de sucer quelque chose à défaut d’enfiler un chandail. On détaille les bonbons dans le panier posé sur l’étagère. On aurait pu choisir… Ce sera réglisse. C’est un hypertenseur mais, au vu de l’état actuel du cœur, il n’y a pas de danger. La tachycardie est définitivement impossible, même à l’effort.
Mourir.
C’est déjà fait.
Sortir.
C’est en cours.
On retire le papier. Il colle aux doigts. On le jette au fond d’une poche. Une phalange part avec. On la récupère. On glisse le bonbon entre les lèvres. On rejoint la cuisine. On a soif. On boit à même le goulot de la bouteille en plastique. On fait demi-tour. On perd l’équilibre. On se rattrape au dictionnaire. C’était moins une. On repose la bouteille sur le plan de travail. On visse le bouchon. Comment est-ce possible ? On n’a pas pu agir ainsi. Il n’y a là ni cuisine, ni bouteille, ni bouchon, ni bonbon. On récupère le couteau suisse dans la liste. On coupe une pomme en deux, puis encore en deux.
Cela fait quatre.
Une pomme ? Le paradis n’est pas atteint et l’épicerie toujours fermée. L’étal est vide. La tarte est à base de fraises mais on épluche une pomme. Elle est rouge, avec quelques taches vertes et brunes. C’est un beau fruit qui a l’air délicieux. C’est comme ça. On lui retire le cœur et on porte le premier quartier à la bouche. On croque.
Les dents claquent dans le vide.
On avise une tablette de chocolat. Non, ce sont les abdominaux. En avait-on tant que cela ? Il faut croire. On casse la tablette. Les viscères apparaissent. Ce n’est pas si répugnant que ce que l’on aurait pu craindre. Ce doit être parce que l’on ne craint plus rien. Et puis quoi encore ? On aurait tort de fanfaronner. La peur est toujours là. Et elle n’a pas changé d’objet.
Aimer.
On sort de la cuisine qui est autre part la boîte sans que l’on ne puisse dire si elle est dedans ou dehors. Et le corps ? Lui, il gît céans, habillé de propre et chaussures cirées, les paupières closes, un peu de poudre sur le bout du nez et de fard sur les joues, les mains posées à plat sur le ventre, les épaules et le dos calés contre le plancher capitonné. Un vrai coq en pâte ! On l’observe. Il sourit, à ce qu’il semble. Quel idiot ! Sourit-on d’être mort ? Pourquoi pas, si cela lui plaît, ce d’autant qu’il est bien installé. Il va pouvoir se déliter en toute sérénité, sans qu’aucun lambeau ne s’égare au-delà les parois. Il y a l’odeur, bien sûr, qui gâche un peu le plaisir.
On s’interroge sur le moyen d’y échapper. Est-il possible d’actionner un système de ventilation ? On fouille l’espace capitonné en quête d’un mécanisme ou d’une ouverture. On dégote une coupure de presse entre deux couches de papier peint. On sort un riflard. On soulève un coin du journal et on le décolle avec délicatesse. On lit. [153f]

« La querelle de voisinage a tourné au drame hier soir dans la cité Berthelot de Nanterre (Hauts-de-Seine). Un résidant de ce quartier difficile a poignardé ses voisins, deux hommes de 17 et 39 ans. Le plus âgé est mort quasiment sur le coup, l’adolescent est décédé une demie-heure plus tard, poignardé lui aussi à de multiples reprises. Hier soir, rien n’expliquait encore ce qui a déclenché la folie meurtrière… » [*] [31d] [25f]

C’est quoi cette histoire ? Serait-on mort ainsi ? On ne s’en souvient pas, le corps ne porte pas traces de blessures, on n’était pas un homme pas plus que l’on n’habitait à Nanterre. On est mort comment alors ? Dans un lit, peut-être.
En faisant l’amour.
Fantasme ! On s’était fait opérer le cœur pour que cela n’arrive pas.
Dans un lit.
Dormir.
Aimer.
Doit-on se faire opérer le cœur pour que cela arrive ? C’est une idée.
On la cache sous la coupure de presse que l’on remet à sa place derrière le capiton. Il ne faudrait pas que quelqu’un nous la vole, l’idée, surtout pas la lettre d’amour, cette funeste pie, noire, qui fonce sur tout ce qui luit et s’accapare le plus doux sans rien en faire ensuite.
Piquer.
Et gratter la morsure du moustique jusqu’à ce que la peau ne s’enflamme. [152f] [154f] [158d] [157d]

16.

J’ai froid, dedans, partout, à l’intérieur. J’ai froid, comme un cœur qui meurt. Je fais quelques mouvements de la tête. Mes cervicales ont souffert. Mes chairs sont en désordre. [17f] Les étirements n’ont pas réduit les courbatures. Je dois alimenter mes muscles en eau et en protéines. Aller plus loin. Aller plus haut. Pourquoi ? Je grelotte. Le froid se propage. Il est coincé sur les biceps. Il guette une ouverture. Les cuisses. Il file vers les cuisses ! Les genoux. Le ventre à présent. Les jambes. Je me fige. Je dois trouver une source de chaleur. Je fais du thé, vert.  [33d] Il me réjouit. Le froid s’estompe. Je suis sauve. [24f] Presque sauve. [26f] [159d] [32d] [72f] [155f]

17.

— On danse ?
Qui parle ?
— Devine !
Une clochette tinte.
On a connu mieux comme musique pour mettre de l’ambiance. On s’en contente.
Bouger.
Aimer.
Cela tonifie au-delà du cœur…
— Jusqu’aux pieds.
C’est ça. Les pieds.
Gratter.
Et remettre des chaussettes avant que le foie ne parte en sucette. [156f]

18.

— Pan !
Qu’est-ce que c’est bruyant, ce corps qui se délite !
On aspire au silence. On se rétracte, le poisson qui pue par-dessus la tête et le dictionnaire pressé contre le ventre. On ne veut plus rien entendre. On voudrait réfléchir et se reposer.
Penser.
— Pan ! Boum !
On sursaute. Le poisson qui pue tombe à l’eau. On s’accroche comme on le peut au dictionnaire et on allume la radio afin que la musique couvre les prochaines détonations.
— P… ! B… !
C’est mieux.
Écouter.
Douter.
On s’assoit. On pose le dictionnaire à côté de la Bible. La chanson interroge.

« Est-ce que l’on sera un jour puni ? »

Bonne question, et congrue. Elle nous rappelle que l’on a toujours eu un peu peur de ce que l’on disait du purgatoire, de ce que l’on disait de Dieu, du paradis, de ce qu’il serait à jamais perdu. On grimpe à la corde à linge et on se retrouve face à une lourde porte de bois vermoulu, bien sûr, rivets et montants rouillés apparents. C’est impressionnant, une telle porte. On frissonne. On se serre les coudes. On se lance.
Sortir.
— Toc toc ! C’est Moi !
Entrer.
On attend.
On aurait peut-être dû apporter un cadeau pour amadouer le portier et son hôte, un morceau de tarte aux fraises ou un tire-bouchon. Quelque chose de gentil. Une glace au chocolat dans un sac isotherme. Des fleurs. Dieu aime-t-il les fleurs ou préfère-t-il sucer, des bonbons ? On n’aura jamais la réponse à la question. On n’a pas eu longtemps à attendre. On nous ouvre. saint Pierre est là, le sourire aux lèvres. D’après ce que l’on nous a raconté, il doit nous faire l’annonce de notre destin. Où va-t-il nous envoyer ? Au chaud ? Au froid ? À droite, à gauche, en haut, en bas ? Ailleurs. Est-ce lui qui décide où, avec qui, pour quoi faire ?
On se trompe de décor. C’est une fable.
Qui sait ?
Sortir.
C’est d’emblée moins urgent.
On se concentre de nouveau sur la chanson qui passe. La mélodie est agréable. La voix nous rassure. On monte le son.

« C’est le Bon Dieu qui nous fait. C’est le Bon Dieu qui nous brise. »

Salaud ! [36d] [20d] [10f] [8f] [157f]

19.

Je frissonne. Ce n’est pas le froid qui m’atteint. C’est la peur. Le silence. Je tends l’oreille. Je n’entends rien. Serais-je devenue sourde en plus d’être aveugle ? Je frémis. Je tremble. Mes cellules nerveuses fulminent leur noyau et se frottent avec frénésie les unes contre les autres. Elles se percutent, s’emballent. Elles perdent le sens de la mesure. Ma chair se dérobe. Je joins mes paumes. Le froid revient sur les biceps mais ce n’est pas tout à fait du froid. Cela ressemble peut-être à une courbature mais ce n’est pas une courbature. Ce n’est pas non plus véritablement une douleur, pas une crampe. C’est comme un poids aussi lourd qu’il ne pèse rien, une présence, une expansion de la chair qui devient spongieuse pour absorber l’onde de choc d’un silence qui me paraît sans fond. Ça tire un peu. Ça gonfle. Ça vient, ça va. C’est là, telle une masse qui grouille. C’est accablant. Je suffoque et pourtant, c’est précieux : cela dit que le corps est intact. Je me concentre encore. Je suis en un seul morceau. C’est inespéré. Je bande l’aorte. Mon cœur bat. Je savoure sa présence. L’émotion me ravit et m’oppresse tout aussitôt. Mes paupières s’étirent vers l’extérieur. Une larme point. Un réflexe palpébral l’efface. Le froid, de nouveau. La faim. Le vide. Je me tends encore vers les battements de mon cœur. Je ne parviens plus à les entendre. Je guette. J’ai froid, toujours. Je me serre un peu plus contre moi-même. Je m’étouffe. Je m’étrangle. Je dois crier pour reprendre de l’air, comme le premier jour. Quelle horreur ! Il y a du sang partout. Je ne veux pas voir. Il faudrait que je me voile la face. Mes mains glissent sur mon visage. Je fais front. Je n’ai plus le choix. [163d] [160d]

20.

— Pan !
On sursaute encore. On a eu peur, toujours.
Oublier.
Aimer.
— Pan ! Pan !
Mais qui nous tire dessus ? On se planque derrière l’os du bassin. On met les mains devant les yeux. C’est idiot. Pourquoi se cacher la vue quand la peur inonde ? Cela ne peut pas l’effacer tant l’image est gravée dans le plus lointain du cerveau, indélébile.
— Pan !
Le silence est rompu. Les bruits reviennent.
On entend une sirène qui s’approche. On sort de notre cachette. On court à la fenêtre. Le hurlement se dissipe. On revient s’asseoir près du dictionnaire. On frissonne de nouveau. On croise les bras, les doigts crochetés en haut du chandail juste sous les épaules. On se rassemble. On se protège. Il faut absolument que le légiste puisse dire dans son rapport que l’on s’est défendue. On n’a pas pu mourir sans combattre. On n’a pas pu mourir.
Trop tard.
On est piégée dans cette boîte avec le corps qui se délite.
À moins que…
Sortir.
On écoute. Le silence est revenu. Il ressemble tant à la mort. Il glace. Il transperce. Il tue. Pourquoi se sent-on encore en vie, alors ? On pose la question au poisson qui pue. Il nous regarde d’un œil circonspect et nous invite à consulter la corde à linge.
Elle rit.
On meurt.
Sortir.
Peut-être que le bruit pourrait nous ramener au monde ? On tend l’oreille. Une goutte de pluie cogne sur le zinc de la fenêtre. Un réveil tictaque. Une araignée grimpe au mur. On y est ! On entend le frottement imperceptible de ses pattes sur le papier peint. C’est elle, qui vient.
— Pan !
Ça suffit ! Qui veut nous faire peur ?
— Pan ! Pan !
Non !
Qui veut nous abattre ? Qui veut nous atteindre ? Qui tire à vue dans notre silence ? On veut du bruit, vite, du bruit qui couvre la déflagration, du bruit plus fort que l’araignée qui tisse sa toile, du bruit dans la boîte, du bruit qui nous enveloppe, du bruit qui nous rassure. Du bruit qui nous apaise. Du bruit vivant. Pas du bruit qui achève.
Assourdir.
Vivre.
On se recroqueville. On cherche un son qui nous sorte de l’épouvante. Une feuille tombe sur le gravier de l’allée. Elle transit. On se souvient des cris d’un enfant qui pleure ; c’est pire. On entend un moteur de voiture, un diesel encrassé, de préférence, une musique qui chauffe la poitrine, un écho qui enchante. L’eau que la cafetière expulse. Une voix. Laquelle ? La sonnerie d’un téléphone. Un rire. Un peu d’air que l’on inhale. La lame du couteau d’office sous la peau d’une pomme. Une étoffe. La circulation d’un train. Un…
— Pan !
Il faut que cesse cette détonation.
— Pan ! Pan ! Pan ! Pan pan !
Ça suffit, maintenant ! Qui s’amuse ?
Combattre.
Répondre.
On serre les poings. On cogne dans le vide. Un os fuse. La paroi capitonnée l’amortit. On le récupère. Il reprend sa place. On guette la prochaine détonation, prête à bondir.
Saisir.
— P… !
Bingo ! On l’a chopée au vol. On la jette à la poubelle. [37d] Vlan ! Elle se prend le couvercle sur le coin de la figure. Ça y est. On a gagné. Elle n’y est plus. Le silence est revenu. On savoure. On est libre désormais de le rompre, si l’on veut, comme on veut. Libre ? La peur n’a pas disparu. On fait quelques pas. On rallume la radio. France info. C’est si bon, ces voix qui envahissent la boîte. Le vide pèse encore son poids. [31f] Le béton craque quelque part. On sursaute.
— P… !
C’est fini. La détonation se perd en route.
— Boum ! Boum, boum. Boum ! Boum, boum.
On préfère. Un cœur bat pas loin d’ici et, si l’on chante, on entend une voix ? [32f] [33f] [75d] [47d]
Bien sûr que non. On a perdu l’ouïe autant que la vue et maintenant la raison s’égare. C’est pire que tout. Ce n’est pas sûr tant que l’on reste sur le chemin.
Gager.
Rien n’est plus sûr. [158f]
Aimer.
C’est le moins certain.
Le moins.
Certain. [162d] [161d]

21.

On a oublié de manger la tartine.
Ce doit être pour cela que l’on avait faim, à cause de cet oubli. [73f] Rien d’autre. Absolument rien d’autre. On ne s’alimente plus depuis que l’on est ici, coincée au milieu de cet agrégat de chair voué à la dissolution. Est-ce le signe d’un état particulier ? Cela ne peut pas : rien ne nous a jamais empêchée de manger, ni le bonheur, ni le chagrin, ni l’envie de rien, ni autre chose. On doit en convenir : ici, on n’a tout simplement plus le loisir de se nourrir, de croquer, de mâcher, sucer, avaler, et la raison n’est pas que l’estomac aurait implosé en déversant ses humeurs fétides partout la chair. [159f]
Souiller.
Épurer.
Il va nous falloir une bonne dose d’agents récurants.
Répéter.
On a oublié de manger la tartine.
Ce doit être pour cela que l’on est dans une drôle de posture. On y est, sans y être, une araignée quelque part dans le capiton et des gouttes de pluie sur le zinc. On y est, peut-être, ou peut-être pas, et l’on tente de recoller les morceaux de l’histoire d’un corps qui part en charpies avec l’impératif d’en sortir tout en ignorant quand et comment. Pourquoi.
Fuir.
Il n’en est pas question. On doit faire face.
Sortir.
Quand tout sera réglé.
Quand le pardon sera acquis.
Le pardon ? La Bible nous fait un signe. On l’ignore même si on a dans l’idée que l’on doit produire un travail de mémoire qui apaise, une sorte de chemin vers soi pour être libre, enfin. Libre de ce que l’on était coupable même si on ne l’était pas. Libre de ce que l’on a porté et dont on n’a jamais su se défaire. Libre de soi, guérie des blessures et des outrages.
S’affranchir.
Rambiner.
Peut-on encore panser les plaies ? Il n’est pas dit qu’il le faille. On a oublié la trousse à pharmacie et il n’y a près du corps ni sparadrap, ni compresse, pas même un peu d’alcool pour brûler les tourments qui ravivent l’ulcération. On est démunie. On est seule face à ce qui ronge.
Sortir.
Appréhender.
N’est-il pas trop tard pour se souvenir ?
Un pasteur a dit, lors d’une cérémonie commémorative, qu’il n’était plus lieu de se lamenter de ce que l’on avait fait ou pas fait quand l’autre était vivant alors que maintenant il est mort. Il invitait alors l’assemblée à s’emparer du souvenir du défunt et à le porter à la mémoire, pour la faire vivre et s’en repentir.
Bats les pattes !
Que l’on nous laisse libre de notre chapitre ! Notre empreinte nous appartient. Les plaies sont béantes et les coups vont voler.
Pardonner.
C’est comme aimer, c’est trop compliqué, surtout du fin fond de ce corps qui se délite. On doit changer la perspective.
Sortir.
Comme pour une résurrection ?
Et puis quoi encore, on n’est pas la fille de Dieu ! Dieu ne peut pas avoir de fille car il la voudrait aussi courageuse que le Petit Jésus fût tout-puissant. Les filles courbent l’échine face à la violence. Elles n’ont pas d’autre argument que leurs gros nichons qui alimentent de leur lait les fils, futurs guerriers, futurs pasteurs, pas des pasteurs du genre de celui dont on se souvient, mais du genre des autres, de ceux qui mènent le monde comme un berger ses moutons.
Le chien aboie. On va tous dans la même direction.
Par là.
Ou par ici.
On préfère, en général, aller là où l’on n’y est pas.
Penser.
Sortir.
C’est aussi une méthode. On y songe.
— Boum !
Qu’est-ce encore que cette déflagration ?
— Le nichon.
Ça peut exploser, un nichon ?
On pourrait aussi déduire des paroles du pasteur qu’il est urgent de faire ce que l’on à faire, aimer ceux que l’on à aimer, se séparer de ceux qui nous méprisent. Il était gentil, le pasteur, mais on fait ce que l’on peut, chacun, quand on est du côté de la vie où Dieu est engraissé par nos prières pour nous bercer de ses illusions. On peut toujours y croire ; cela ne mange pas de pain.
Justement, cette tartine… On a faim.
— Boum !
Encore ?
C’était bien le nichon : on vient de voir voler le second.
Ça pète à foison. On sursaute derechef. C’est que ça fait peur, un nichon qui explose et envoie son tétin au Ciel afin de le placer en orbite de la Terre pour confier l’humanité à la surveillance d’un mamelon géostationnaire. Pourvu que saint Pierre le prenne dans l’œil histoire que l’on rigole un peu ! Voyeur ! Goujat ! C’est mauvais pour la concentration le lait maternel qui se transforme en charge explosive.
Mais de quoi parle-t-on ? On a perdu le fil.
Et mangé la tartine. [36f]
Et la réponse, on l’a lue ? C’est que…
On a oublié de dire que l’on avait reçu quelque chose. On n’a pas ouvert l’enveloppe. On était émue. On l’a mise dans un coin mais peut-être que si on la lisait, on saurait par quelle voie sortir. Enfin. Il serait temps. On commence à se sentir pourrir à l’instar de la chair alentour.
Ouvrir.
L’enveloppe, et trouver la réponse.
Lire.
Où a-t-on mis nos lunettes ?
— Boum !
C’était l’œil cette fois. Ou le cerveau, on ne sait plus. On ne sait pas. On oublie le corps qui part en vrille. On ne pense plus qu’à cette réponse qui est venue. On voudrait la lire. On sait pourtant qu’elle est vaine. Doit-on déchirer le poulet ? Non. Il faut le laisser se défaire de lui-même ; chacun son tour d’y perdre des plumes. Et puis, il n’est pas question de mettre les mots qu’il contient dans le dictionnaire. Ils seraient foutus de trancher dans le mauvais sens.
On doit oublier la réponse.
On cherche une issue. On fouille l’endroit. On voudrait retrouver la tartine. On y avait mis du beurre. Ça glisse. Ce n’est pas comme la réponse qui, elle, était râpeuse.
Quelle réponse ?
Ou oublie.
On n’a rien reçu, rien d’autre que des tartes aux fraises et des poissons qui puent. Des bibles. Il est encore trop tôt pour lire. Le tire-bouchon persiste à s’accrocher au couteau suisse. On passe à autre chose.
On doit encore attendre.
Sortir.
On n’y est pas. On a du chemin à faire. On se gratte un peu les pieds. On grignote une miette tombée sur le pantalon. Le pasteur disait… On vérifie que l’on a bien fait ses lacets. La route est longue, surtout quand elle s’allonge à chaque pas.
Que disait le pasteur, déjà ?
On se souvient qu’il était question de pardon. [15d] Et puis ? On ne sait déjà plus. C’est dommage. Peut-être pas. Il est urgent de n’être sûre de rien.
Sortir.
Attendre.
La suite va venir.

22.

 [39d] [78d] [77d] [76d] [41d] [40d] [38d] [74f] Je me serre. Je m’étrique. Je me pressure. Je me recroqueville dans le mitan, la bouillotte brûlante entre les cuisses. Les vents sourdent dans les profondeurs du nymphée. [160f] Je me contracte. Je me regroupe. Je suis en quête d’une pensée vagabonde. Mes chairs, seules, ne peuvent rien à leur épanouissement. Il leur faut un rêve, une image, une muse. Mes épaules se voûtent. Mes mains se crispent. Mon front se plisse sans que mon cerveau n’y trouve d’inspiration.
Une douleur émerge, pile entre les deux yeux. Je suis vide. Je sens pourtant la chaleur irradier les pores de la peau, remonter le long des nerfs et titiller le capuchon. Je m’y attache. Je m’y concentre. Rien ne vient. Rien ne va plus. Mon ventre soulage la pression. Le clitoris reste sourd à la touffeur de la pulpe. Mon sexe dort aussi sûrement que mon cerveau s’englue dans une pensée raisonnable, dénuée de toute agitation. La température entre mes cuisses monte de quelques degrés encore. Ma chair n’y gagne rien. Mon cœur bât sa coulpe. Ma peau s’amollit. Seuls mes muscles bandent encore, prêts à saillir au moindre mouvement.
Mes paupières se ferment d’instinct. Un vague souvenir chatouille un instant un neurone en perte de champ électrique. La synapse d’à côté lui colle une baffe. Le cerveau se décharge. La douleur quitte le front. La chaleur s’évapore. Je ne sens plus rien d’autre que mon corps qui part à vau-l’eau. Mes muscles lâchent prise. Mon souffle ralentit encore. Mes lèvres esquissent un sourire. De quoi s’agit-il ? De rien. Une fausse alerte de nouveau. Tout m’échappe à présent. Je dors.
 [161f] [164d]

23.

On éternue.
On renifle.
On s’excuse. On n’a pas trouvé de Kleenex.
On éternue encore.
Il y a bien sûr le linceul… On préfère arracher une page à la Bible. On se mouche dedans. Les sécrétions se collent à quelques versets du Lévitique. Bon choix. Aucun mot ne s’efface. C’est dommage. C’est du solide. C’est du lourd. Ça pèse son poids, la culpabilité.
Sale affaire.
On passe.
On carde. On ourdit. On tisse. On façonne. On pique. On coud. On pourra toujours avoir besoin d’une marinière si l’on doit se laisser couler dans le siphon avec l’eau du bain.
Sortir.
On n’a pas encore trouvé d’issue. On n’en est qu’aux préliminaires. On essuie la page pleine de morve contre le capiton et on la remet dans la Bible. Elle nous ramène vers Dieu. On ne sait toujours pas quoi en dire, ni quoi en penser. Le dictionnaire n’a pas encore tranché la question de son existence, ni celle de sa manière de procéder. S’il procède, il est. En effet. Des hypothèses font surface. On en prend une au hasard. On aime se raconter des histoires. Cela nous occupe. Cela nous amuse. [162f]
On se fige.
Quelqu’un vient.
Si ce n’est Dieu, ce sont les pompiers ou le facteur.
On guette. La sonnette ne retentit ni une, ni trois fois. On n’attendait de toute façon plus de lettre. Les pompiers enfoncent le couvercle d’un seul coup de botte. Ils ont tout ce qu’il faut pour désincarcérer les personnes prisonnières des amas de tôles froissées ou des gravats des immeubles écroulés. Cela sera-t-il adapté pour nous extraire de ce corps en décomposition ? La chair sera broyée par les pinces et nous avec tant il n’est pas prouvé que nous n’y sommes pas encore. Les lambeaux de peau se colleront au métal froid. Les humeurs souilleront la coquille. Et les chiens renifleurs mangeront avec appétit les restes.
— Miam !
On oublie l’hypothèse pompiers. Reste Dieu. Et le facteur.
Il a tué le jardinier. Il est en prison, avec le chien qui a croqué le mollet du poulet. Il ne reste donc bien que Dieu qui est un vrai tueur en série mais qui demeure libre de toute entrave. L’injustice rôde, à moins qu’elle ne plane. Entre l’aigle et le renard, les poules serrent les plumes et les grenouilles se cachent au fond de l’eau croupie des bénitiers.
Dieu.
On s’y penche.
On se tourne vers le dictionnaire.

« Dieu [djø] nom masculin. « Principe d’explication de l’existence du monde, conçu comme un être personnel, selon des modalités particulières aux croyances, aux religions. » [*].

Il y a de quoi éternuer !
On se gratte le nez, avec un doigt dedans. Ça coule. Rien ne s’efface. Dieu reste planqué dans le dictionnaire entre « diététiste » et « diffa ». Il a eu peur, c’est sûr, de se prendre un coup de Bible dans les côtes.
— Ça fait mal !
N’a-t-on pas entendu comme une clochette ?
On oublie.
On pense à l’existence du monde. Son origine.
C’est une énigme aussi inévitable que celle relative au côté sur lequel s’écrase la tartine quand elle tombe. On essaie de se rappeler où l’on a bien pu la poser. On l’a mangée, à ce qu’il paraît, et les nichons se sont envolés. On aurait dû les ingérer quand on en avait l’occasion. On les retrouverait dans l’estomac, puisqu’il est vide. C’est absurde. Il est percé et aucun nichon ne pourrait s’y loger ce d’autant qu’actuellement, les deux dont on disposait ont quitté la poitrine et tournent autour de la Terre pour guider les pasteurs impies. Sont-ils les voleurs de la tartine ?
— Pédés !
Non.
— Salope !
Qui ? La tartine, la Bible ou la poitrine ?
On s’y perd.
On s’est toujours un peu égarée dans les souvenirs de petits-déjeuners. Ils nous affectent encore. On voudrait en oublier certains. C’est impossible. On doit tout prendre de ce qui reste car, ici, on n’a plus le loisir de faire le tri entre ce qui nous a été bon et ce qui nous a été désagréable. [38f] Dieu, lui-même, ne nous était pas très agréable. On n’y croyait pas plus que ça, à vrai dire. On croyait en l’amour et il n’a pas forcément été très agréable non plus, d’aimer.
Exister.
C’est un comble.
On est là, coincée dans ce corps en décomposition, et l’on doit affronter l’impéritie de l’amour. C’est pire que cette foutue chair qui se délite et qui pue. C’est pire que tout, de ne pas y croire, surtout quand les pompiers ne sont d’aucun secours.
Sortir.
Espérer.
On s’accroche aux idées qui passent. La grande échelle. Le facteur. La tartine. Dieu. L’amour. D’aucuns disaient que c’était la même chose alors que l’on n’a jamais eu envie d’un petit câlin céleste. C’était pourtant divin, on s’en souvient, les câlins. L’amour. Quel est le rapport ?
Un lien de cause à effet ? Si seulement… Un principe de réalité.
Une illusion. Un leurre. Une vérité.
Aimer.
C’est trop compliqué.
On l’a déjà dit.
On oublie.
Sortir.
On n’y échappera pas. On doit se souvenir. Cela nous appartient ce d’autant que personne n’a conservé notre mémoire, à part nos livres. Épuisés. Ils sont tous épuisés, fourbus, déchus. On doit se débrouiller. On se la garde, notre trace sur la Terre. On se la chérit. C’est la nouvelle loi. La lettre, on ne la lira pas.
Sortir.
Sans s’échapper.
Aimer.
Agir.
On se souvient d’une amie qui nous encourageait. « Allez ! » « Bravo ! » Elle savait y faire.
Aimer.
Parfois, on préfère courir.
On ne s’est pourtant jamais défilée. On a toujours participé, en souvenir de ceux qui sont morts pour la France.
— Plaît-il ?
L’amour. On l’a toujours tenté. [37f] Et on le tente encore. Peut-être qu’il n’est pas trop tard. Peut-être parce que cette fois, on saura. Peut-être parce que… Pourquoi pas.
Sortir.
On y va.
On jette les pensées par delà la chair au fur et à mesure qu’elles jaillissent comme on jette les femmes et les enfants d’abord pour les sauver du naufrage. A-t-on pensé à sortir les canots ? On aimait prononcer « canote », en relevant le « t ». On rit, on rit à l’idée de ces corps qui flottent parce que l’on a négligé d’en assurer la survie. La chair qui se délite inspire au geyser mental. Elle l’autorise. Ça fermente et ça fuse. On laisse aller. On est tranquille. On imagine que ce sera facile.
On espère.
Laisser faire.
Laisser passer.
Pour une fois, ne pas retenir, croire que la liberté revient à ne plus rien contrôler.
Foutaise ! On oublie. On a échappé au pire.
L’’amour, ce n’était donc pas le pire ?
Sortir.
C’était le meilleur, chacun le dit. Personne ne sait. Et nous, on dit quoi ? On dit que l’on ne sait pas. On se souvient d’en avoir joui. On se souvient d’avoir été heureuse, d’avoir eu des moments où tout était bon, même les steaks hachés bœuf-soja trop cuits et trop salés de la cantine. C’est dire ! L’évocation nous donne faim. C’est impossible. On a faim pourtant ; on a soif. Le corps cultive toujours quelque existence. Il pue de plus en plus. On se bouche le nez. Il suinte. Un nouveau mot disparaît du dictionnaire. On ne veut pas savoir lequel. On se voile la face. Et on reste là, à attendre.
Sortir.
Quoi d’autre ?
Il doit bien avoir quelque chose d’autre, quelque chose d’heureux, de positif, de joyeux, d’essentiel ?
Dieu ? Non, ça suffit. Il est temps de lui régler son compte à celui-là sinon, il est foutu d’envoyer pourrir avec la chair ce qu’il nous reste d’envie. Dieu. On y vient. On y va. Il est solide. Il peut tout endurer. Ne nous en privons pas. [15f] [27d] On est parfois si fragile, même si l’on est bien au chaud du corps en pleine avarie, plus fragile que les os seront friables quand toute humidité les aura quittés.
Aimer.
Aimer qui ? Aimer Dieu ? Aimer quoi ? On préfère qui, sans que Dieu n’y soit.
C’est si compliqué.
On s’en moque. Dieu ou quelqu’un d’autre.
Aimer.
C’est tout ce qui nous reste. On a égaré la tarte aux fraises. On n’a pas lu la lettre. On doit retrouver la tartine. On la mangera pour le dîner. On avalera aussi le couteau suisse et le tire-bouchon. [42d] On ne veut plus risquer de meurtrir. On ne veut plus souffrir.
Aimer.
Sortir.
Une nouvelle partie de football s’impose. Un terrain. Des lignes. Quatre drapeaux. Deux cages. Un ballon. Un sifflet.
Aimer.
Trois arbitres. Il nous faut au moins ça. On court dans tous les sens. On découvre un jeu de boules. On récupère l’œil gauche qui émergeait déjà. Cela fera un joli cochonnet. On lance. Il bute sur un caveau. On s’excuse auprès de la dame. On récupère l’œil. On le remet en orbite. Il n’était pas temps qu’il tombe. [75f] [77f] [79d]
Et sortir ?
Il n’est pas temps non plus. On doit aimer d’abord. Et ensuite ?
Mystère. [163f]

24.

Je me réveille en sursaut. J’ai froid. Mon tee-shirt est trempé. Je cherche la bouillotte. Je la ramène sur moi. [39f] Je la presse contre mon ventre. J’ai peur. Une ombre plane, quelque chose, quelqu’un, je ne sais pas. C’était dans mon rêve. Je frissonne. Peut-être que je pleure. La bouillotte est tiède. Ma sueur me glace. Je claque des dents. Je suis hors contrôle. La menace imprègne mes chairs. On veut me tuer ; on veut me prendre, m’enlever à moi-même, me dérober. Je voudrais crier à l’aide. Un hoquet secoue mon coeur. Je dois respirer, vite et tranquille, rompre l’arythmie et retourner dans le rêve pour chasser l’intrus.
Je n’y suis pas. Une longue secousse étrille ma peau. Ma chair est prise. Je tente encore de crier. Ma gorge est sèche. Le sang frappe mes tempes dans un bruit sourd. Je ne veux pas que mon cœur sorte de ma poitrine ; je dois retrouver la mesure. Je me replace sur le dos. Je ferme les yeux. J’étends les jambes. J’ouvre les épaules, les mains posées sur le drap, la bouillotte sous les genoux. De l’air afflue. Je ne garde que l’oxygène. Mon ventre se soulève. Mes muscles se détendent. Derrière mes paupières, une lueur apparaît. Je la fixe. Mon cœur y perd sa chamade. Un sourire apaise mes lèvres. L’espace du rêve s’ouvre. Je m’y coule, de toutes mes humeurs. Je m’y vautre. Je dors.
 [165f]

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[*Le Parisien, 10 février 2011.

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[*Le Nouveau Petit Robert, 3.1.1 Cdrom, 2007.

[38fFin-2011:03:04

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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