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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-12 octobre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 12 octobre 2013

 [137d]

55.

Je voudrais avancer la main. C’est mon poing qui part.
Stop !
L’injonction le retient.
Je voudrais déplier mes doigts, présenter ma paume, offrir une caresse. Tu es là. Est-ce que tu me regardes ? Je ne sais pas. Mes yeux son fermés à ton sourire. Mon corps est de marbre, mon cœur plus froid encore. Est-ce que je respire ? Je guette le souffle. Tu te distilles. La chair se brise à grand fracas. Je me tasse. Je m’effrite. Je veux tendre la main, vraiment. Je pousse sur l’épaule. Elle ne bouge pas. J’appuie mon avant-bras sur le flanc. Il n’obéit pas. Je veux déplier les doigts, ouvrir ma paume. Mes muscles se crispent comme pour s’assurer de ne rien en faire. Ils convulsent. Je me voûte. Je m’enroule. Je me ferme. Je suis une boule. Mon poing se venge. C’est tout mon corps qui porte le coup en uppercut. Tes dents claquent. Je me fige. [135f]

56.

Personne n’a le droit.
Interdire.
On peut, quand c’est la vie qui se joue. Quand c’est l’amour.
On se tourne vers la liste. Elle sourit, bienveillante. Elle nous écoute même si ce n’est pas une histoire. C’est gentil.
— Nia-an !
Oh Judas ! On va finir par te tuer.
— Normal, je suis le Père !
Quelqu’un pourrait-il bâillonner cette maudite clochette ? S’il vous plaît !
La lettre d’amour s’en charge. On n’est pas dupe. Elle veut sauver sa peau. On la remercie sans l’amnistier pour autant. On embrasse la poupée. On en avait envie. Et elle ? On a oublié de le lui demander. Ce n’est pas bien. On s’en excuse. Elle nous pardonne. Décidément, c’est une perle cette liste.
Enfiler.
Déglutir.
Personne ne doit plus nous atteindre autrement que dans la joie. On ne craint pas les émotions, même pas la peine, même pas la plus terrible des afflictions. On ne veut tout simplement plus avoir mal au-delà de l’effet de surprise. On veut pouvoir se reposer en confiance. On y travaille, même si l’on n’est pas seule dans l’affaire. On ne fait que ça. Il y a du pain sur la planche, plus que de compote sur la tartine et de sang sur le couteau suisse.
Essuyer.
Et ranger la vaisselle.
Sortir.
Cela vient, à la vitesse de la sédimentation du corps au fond de la boîte. Le nichon s’impatiente. Il n’en peut plus d’attendre la révolution, celle qui est en marche et tarde toujours à venir. Il part en couille. C’est impossible. Un nichon n’a rien de testiculaire. On s’interroge. On s’accroche. On tient le bon bout de la tarte aux fraises. Il manque juste l’histoire, la bonne, cette fois, l’histoire que l’on a promis de raconter et qui réglerait nos affaires, dirait tout et son contraire pour les réconcilier.
Quand on l’aura, on pourra l’ajouter à la liste et filer.
Résoudre.
Trancher.
C’est le rôle du dictionnaire.
Carder.
On découvre que les cheveux ont poussé. Comment est-ce possible ? La chair se délite et le poil s’allonge. Les perspectives changent. Elles sont de moins en moins cavalières. Cela nous plaît car cela va dans le sens de la considération que l’on réclame. Le nichon va l’avoir, sa révolution ! Et la poupée réclame un nouveau baiser.
On retourne chez le coiffeur. L’histoire a besoin que le crâne brille sous l’effet de la coupe rase quel que soit le commentaire qui sera fait. Les besoins de l’histoire doivent être les plus forts.
Gagner.
La tondeuse [111f] coupe. Les cheveux s’éparpillent sur le sol. Ils piquent au contact de la peau. On s’ébroue. [134f] Cela ne suffit pas. On se déshabille. On met nos effets dans le panier à linge sale. On file sous la douche. On met un peu de crème capillaire. Cela sent la vanille. C’est agréable. Cela leur donne un air de fille.
On se rhabille. On revient dans la boîte. Elle semble vide. On attrape le téléphone. On appelle les pompiers. Ils sortent la grande échelle. Ils récupèrent le chat sur le bord de la gouttière. On le prend dans nos bras. On le caresse. Il ronronne. On le rend à sa propriétaire. Les pompiers remballent leur lourd matériel. Il fait noir. On sollicite le pétard sous la boîte de champignons. Il est à la mer. Et le dictionnaire ? Il a été embauché pour l’été pour remplacer la feuille du boucher partie au Guatemala à la recherche de l’oiseau qui mange des serpents. On fait l’appel de la liste.
Personne.
Même pas Dieu ?
Même pas. Il a rendu son torchon en laissant les couverts rouiller dans l’égouttoir. On savait bien que l’on ne pouvait compter sur lui. On a envie de pleurer. Ça recommence ! [112f]
On se calme.
On respire.
Une Bible, un dictionnaire, un poisson qui pue, un couteau suisse, une tartine, un oreiller, une couette, un tire-bouchon, une échelle, une poupée, une paire de merguez, Jacques Lacan, une tarte aux fraises, un pétard sous une boîte de champignons, une vachette, une pince, Dieu, une lettre d’amour, une corde à linge, une chaussette, des chocolats.
Ils y sont, les vingt et un, dans notre cœur.
On n’est plus seule. On ne le sera plus jamais. Le manque s’est évanoui. Il a rejoint le vide.
Souffler.
Les bougies sont éteintes. Et pourtant, une lumière envahi la boîte. Est-ce le pétard qui se prend pour un feu d’artifice ? Rien d’autre.
— C’est Moi !
On tire à vue sur la clochette. Le silence revient. La liste a encore disparu. On est seule, de nouveau, sans que rien de manque. C’est étrange. On écoute. On entend battre un cœur. Une étoile s’éteint. Le nichon la rallume. On va pouvoir dormir tranquille.
Enfin. [136f]

57.

On a entendu dire un jour que l’on devait sortir par la bouche, portée par le souffle. On s’en souvient seulement maintenant. C’est peut-être un peu tard. Le souffle s’est tari depuis bien longtemps déjà même s’il y a par ici une espèce de courant d’air.
Frémir.
On s’emballe dans la couette. C’est irrespirable. On ressort. C’est venteux. Serait-ce à dire que l’on serait déjà sorti et que c’est seulement la boîte qui nous maintient à proximité. C’est impossible. On le saurait tout de même ! Non ?
— Si tu M’écoutait un peu !
C’est agaçant, cette clochette, pire que Judas. On doit l’oublier.
— Justement non ! Malheureuse.
Malheureux toi-même !
On se gratte la tête. On regarde la bouche. Elle est fermée sans que les lèvres ne soient pincées. Le couteau suisse se précipite. Il propose de se faire pied de biche. C’est inutile. Si le souffle était encore à l’intérieur, on le sentirait dès l’orée des trous de nez.
— Mais tu es le souffle !
Judas ! Il va falloir que tu apprennes à nous parler sur un autre ton. On n’est pas là non plus pour se faire engueuler. On fait ce que l’on peux. Et puis, on ne peut être source et souffle à la fois, cela ferait des vagues, sauf si bien sûr le souffle est là pour soulever les jupes de la Samaritaine.
On oublie la Samaritaine.
On se concentre sur le souffle.
Attiser.
Le souffle attise le feu de joie que la source crée puis noie. Il ne manquait plus que ça, une histoire de pierre, de caillou et de ciseau ! Il n’y a donc pas qu’aimer qui est si compliqué.
Sortir.
Par exemple.
On résume. On commence par quoi ?

58.

Je plisse les paupières jusqu’à sentir la pression sur les pattes d’oie. Je tourne la tête. Je porte la mai en visière, un peu haut, sur ma droite. Je me cache. Je me dérobe à la lumière. Elle me blesse. Mon œil pique. [137f]


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[137dDébut-2011:10:12

[135fFin-2011:10:08

[111fFin-2011:08:24

[134fFin-2011:10:07

[112fFin-2011:08:25

[136fFin-2011:10:09

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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