[

Les Feuillets de Cy Jung

]
Feuillets

V03-29 septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 29 septembre 2013

 [130d]
— Tralalère.
Oui, celui-là. Celui qui dénigre. Celui qui harcèle.
Fuir.
Que faire d’autre ? On n’avait pas envie de batailler et il fallait coûte que coûte garder pour nous le sang qui coule, fluide, rouge, dedans, dedans nos veines, dedans le cœur jusqu’à oxygéner l’âme. Sauver sa peau. On préférait l’avoir douce plutôt que dure. On l’enduisait chaque matin de crème odorante. On aimait sentir bon. On aimait celles qui aimaient ça et exaltaient notre joie.
On aimait.
On aime. Autrement, cette fois.
Sortir.
On saura.

51.

Ma gorge se noue, comme pour retenir un hoquet qui ne viendra pas. Mes joues se creusent. Mes dents se serrent. Mes poumons se figent. Je me tends. Ma langue se colle à mon palais. Quelque chose opprime mon larynx à moins que ce ne soit quelque chose qui l’obstrue. Une boule. Une lame. Je l’ignore. L’air manque. Je respire fort. Cela ne suffit pas. Je tangue. Je pourrais vomir, éjecter la matière létale. Je refuse. Je n’aime pas le goût de la bile. Je déglutis. Mon larynx se serre un peu plus. Mon estomac vrille. J’attrape une bouteille d’eau à bulles. Il faut que j’éructe au risque de régurgiter. Une gorgée ne suffit pas. J’en avale trois. Je fais une pause. Deux autres. L’air remonte. Je m’approche du lavabo, au cas où. La précaution est inutile. Le renvoi n’emporte rien avec lui. C’est bien.
Je le regrette pourtant. Mon estomac souffre. Il enfle. Le mal y sommeille encore, l’occlut, le gave. Est-ce moi qui le retiens ? Non. Ce ne peut pas. Il n’est pas à moi, pas de moi, juste en moi, enfoui là par je ne sais qui. Je dois le chasser, l’occire. Je le vois. Il ressemble à une touffe dont les poils s’accrochent à la paroi. Je le sens comme un monstre qui remonte ras la gorge. Je veux qu’il se dissolve, pas le sentir passer dans ma bouche, corrompre le goût du bonheur que je garde sur la langue. Je le noie d’une nouvelle lampée. Les bulles flottent à la surface. Ne pourraient-elles pas se glisser en dessous et chacune prendre leur part. Mon Larynx est noué à présent. Plus rien ne passe ; ni dans un sens, ni dans l’autre ; je dois faire quelque chose. J’ouvre grand la bouche. Je fais descendre une goulée d’air jusqu’au ventre. La boule de poil suit. Quel bonheur ! Je pète. [129f]

52.

On reluque de nouveau les chocolats. On salive de plus en plus. L’appétit est intact même si le désir est en panne et si la chair se tasse au fond de la boîte. On y occupe de plus en plus de place, en proportion. On s’en étonne. On n’avait pas imaginé ça. Ne sortirons-nous donc qu’une fois le corps totalement réduit à l’état de poussière ? On l’ignore. On ne s’affole pas. On est là. On y reste autant que cela doit. [127f]
Rester.
Attendre.
Il n’est de toute façon pas envisageable de faire le chemin à rebours. Prenons un exemple : la Samaritaine a raté la queue du Mickey ; tant pis pour elle. Elle a laissé passer sa chance et, à présent, on ne voudrait pas qu’elle revienne. Il est impossible d’inverser les chronologies et on est désormais si loin du temps mathématique. On a trouvé la joie. On est bien. On ne s’en fait pas pour la suite. Elle viendra. On se gratte quelques instants les pieds. On réfléchit à la tournure que prennent les événements. On incline la tête sur le côté gauche. On caresse la joue du dictionnaire. Une clochette tinte. C’est l’heure du goûter. On mangerait volontiers la paire de merguez, avec de la moutarde dans le pain.
Croquer.
Détester.
On doit tout dire, on l’a promis, même dire que l’on a aimé les tartines à peine enduites de compote industrielle quand on était en colonie de vacances avec les Œuvres laïques. On a maudit, aussi. Pas la tartine, ni la colonie, ni les œuvres plutôt la Samaritaine, elle, les autres, ses semblables. On a eu peur. On a eu froid. On a été abandonnée, bafouée, blessée, méprisée. On n’a pas aimé ça.
Sortir.
Et que jamais cela ne recommence.

53.

Mon laxynx est dégagé mais ça picote. Je déglutis. Ça pique. Ça gratte. Je déglutis encore. Ça chatouille. C’est irritant. Je tousse. Je suffoque. Je bois. Ça démange, surtout sur le côté droit, peut-être sur le coin de l’amygdale. Je bois encore. Je renifle, que la mucosité descende dans la gorge et huile la chair. Je racle. Je me gratte l’oreille. Rien à voir mais cela détourne l’attention. C’est agaçant. Très agaçant. Ça s’accroche. Je tousse et aussitôt la démangeaison reprend. Je vise une boisson chaude. Tant que le liquide coule, il est le plus fort. La tasse est vide. Je me gratte le sourcil. Rien n’y fait. J’attrape un couteau bien affûté. Je me perce la gorge là où cela démange le plus. Le sang coule. Je…
Non ! Une deuxième tasse de chaud est préférable. J’ajoute du miel de montagne. Je bois à petites gorgées, lentes, posées. Je respire par le nez. L’air glisse jusqu’au plus profond du ventre. Quand il passe la gorge, elle se gonfle et la démangeaison perd de la vigueur. Je chasse l’air dans l’autre sens. Je gaine. Je respire encore. Je fais trois moulinets. Le miel apaise la pulpe. Le souffle comble le vide et étouffe l’irritation. Elle décroit mais je sens qu’elle guette, toujours, sournoise, fétide. Je tousse. Ça brûle. Je manque encore d’air. Le résidu est tenace. [130f]


--------------

[130dDébut-2011:09:29

[129fFin-2011:09:27

[127fFin-2011:09:22

[130fFin-2011:08:29





Feuillet précédent / Feuillet suivant
Retour à tous les Feuillets


Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Lire le Feuillet du jour.



Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.