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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-15 janvier 2011



Cy Jung feuillets — V-01 16 janvier 2011

 [6d]

3.

Pourquoi pas ? L’amour.
Parce que c’est trop compliqué.
On oublie et on va faire la vaisselle. Il y a toujours une petite cuiller à laver, quelque part, surtout dans la bassine. Elle trempe, entre deux bulles de savon, un couteau d’office, un couvercle brûlé par les cuissons et un ramequin en Pyrex. Oh ! la belle éponge. Ça va gratter !
On prend ses marques. On oublie encore. Et on descend la poubelle [4d] par l’escalier. Et on sort par la porte ?
On ne voit pas de porte. On ne voit pas de sas, pas de cheminée. C’est pire que dans un sous-marin, le bruit, l’odeur, la promiscuité, la pénombre et ces lumières qui clignotent, la pression sur le corps. C’est impossible. On ne sait toujours pas qui l’on est mais on ne peut objectivement pas sentir, entendre et voir comme si l’on était un corps puisque que l’on est ce qui doit en sortir.
C’est vraiment compliqué, cette histoire.
Allez ! on s’en va.

4.

Ta main se pose. Je m’en souviens. Elle est d’emblée sur mon ventre, froide. Je frissonne. Tu la retires. Je la rattrape. Tu as cru que je la refusais. Ce n’était pas le cas ; c’était juste mon corps qui répliquait à la différence de température.
Tu ne dois pas avoir peur.
Viens. Colle ta peau sur la mienne. Tu aimes que l’on soit soudées, au risque de l’étouffement. Je ne crains rien ; tu es une plume. Viens. Viens sur moi. Appuie. Écrase-moi de tout ton poids. J’aime quand tu es là, même si ta peau est froide. Je la réchauffe. J’aime l’effet de ta pesanteur. Ton ventre épouse le mien. Ta tête fraie dans mon cou. Tes baisers cherchent mon oreille. Ils trouvent ma bouche. Ma langue ouvre tes lèvres. On s’emballe. [1f] Je fixe mes mains sur tes fesses. J’appuie. Nos ventres se marient de quelques millimètres de plus. J’écarte les cuisses. Nos pubis s’épatent. Nos clitoris se rencontrent, presque. On y croit. C’est bon.
C’est bon d’y croire.
C’est bon de jouir. On y va. Partir.
Non ! Je veux rester là, près de toi, toi sur moi, bientôt toi dans dans moi, ton doigt, tes doigts, ta main, tes mains. Et tes baisers. Ta langue, aussi, qui fouit dans ma bouche. Tes lèvres qui reviennent à mon cou. Viens. Entre. Prends. Fonds. Fends. Fonds-toi. Fends-moi. Imprègne. Éprouve. Viens ! Éprouve ton désir de moi jusqu’à ce que mon plaisir s’en ensuive et que l’amour s’écoule.
Non ! doucement. Attends encore un peu. Caresse-moi sans nous disjoindre. Reste là. J’ai besoin de ta force. J’ai besoin de ta chair qui s’imprègne, qui marque la mienne de son empreinte, qui comprime chaque pore de ma peau. Viens. J’ai besoin de te sentir encore, que ton désir s’inscrive dans le temps. Caresse-moi toujours. Là, partout où mon désir rôde. Viens, je suis à toi. Caresse-moi. Non ! pas les seins, s’il te plaît. Je n’aime pas ça. [4f]

5.

J’ai mal dans les avant-bras, à l’intérieur, exactement là où l’on se coupe les veines. Du moins, j’imagine que c’est là. Je ne me suis jamais coupé les veines. Je ne pourrais pas. Tout ce sang ! Rien que d’y pense, j’ai un vertige. Je ne supporte pas la vue du sang. Je ne supporte pas l’idée de la vue du sang. L’idée me suffit ; la vue me fait défaut. Je ne veux pas mourir. Jamais.
Pas maintenant.
Je ne veux pas pisser le sang. J’ai mal. L’intérieur de mes avant-bras est un point de souffrance. Elle sort par là. Ou par le ventre. Ce n’est pas la même. Par le ventre, c’est l’angoisse qui sort. Par les avant-bras, c’est le mal-être. C’est pire. Il aurait pu choisir une voie ouverte, le mal-être, car à travers la paroi des veines, la chair et la peau, cela fait vraiment mal. Un mal étrange, pas comme une rage de dents. Une rage de mal-être. Et je dois le mal, sinon je prends le risque de pisser le sang.
Pas maintenant.
Je verrai plus tard pour mourir. Là, ce n’est pas le moment. Mais il faudrait que cela arrête de faire mal.
Maintenant.
Ce n’est pas le moment.

6.

On tue le temps. On relit une lettre d’amour. Sait-on lire à présent ? C’est une lettre de rupture. L’amour est en rupture de ban. Si seulement ! Sortir. On attend. [5f] Écrire. Lire. Et on se gratte les pieds.
A-t-on jamais vu autre chose qu’un corps se gratter les pieds ? Ce sont les mots, toujours, qui ne disent pas exactement ce qui se passe. On éprouve se gratter les pieds car voir n’est pas voir, entendre n’est pas entendre, lire n’est pas lire, penser n’est pas penser, etc. On se comprend. C’est l’essentiel.
On tue le temps. On attend la réponse. On ne sait pas si on en aura une. Alors on lit encore. La lettre n’est pas aimable. On n’est pas aimable. On se plaît, on s’est plu, on séduit et voilà. L’amour s’arrête là et la mort survient, un jour, comme ça. Était-ce le bon moment ? La question est idiote. C’est le moment. C’est tout. Et la réponse qui ne vient pas. On attend encore ; On n’a que ça à faire, attendre, de sortir. Le corps est toujours chaud. Les fractions de seconde ne s’écoulent plus. Le sang, les humeur ont pris la place du temps. Ça pue.
On relit un texto. On nous a laissé notre portable. Est-ce que la carte Sim fonctionne toujours ? On cherche quoi écrire à qui. On s’étonne. Quand même de sentir l’objet entre ses mains. On n’a plus de mains. Sont-elles déjà décomposées. Ce n’est pas ça ; tout le monde l’aura compris. Comprendre. C’est le nerf de la guerre. De la vie. La vie n’est pas la guerre. Ah bon ? [6f]


--------------

[6dDébut-2011:01:15

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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