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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-3 janvier 2011



Cy Jung feuillets — V-01 3 janvier 2011

 [1d]

1.

C’était donc ça. Juste ça. Pas plus que ça ? Quand on pense à ce que l’on a pu croire, espérer, inventer, codifier. Juste ça. Ni plus, ni moins. On y est. On y va ? Allez ! Il faut sortir de là.

2.

On nous avait parlé d’un couloir, d’une porte, d’un passage, d’une rivière, d’un désert à traverser, d’une oasis, d’une destination à trouver. On nous avait parlé de paix, de sérénité, d’un silence inconnu. Quel vacarme ! Et vas-y que ça pisse dans un sens, que ça grouille dans l’autre, et ça se dilate, et ça se tord, et ça se fend ; ça pète. On attend son tour. Il fait encore chaud. On se prélasse. Les humeurs nous emporteront-elles ? Ou partirons-nous avec la chair quand elle se décomposera ? On ne sait pas. On n’est un peu perdue. Calme mais perdue. On s’ennuie un peu. Ça suinte cette fois. On craint la prochaine déflagration. On n’a jamais aimé les coups de feu. Cela nous faisait peur.
On a envie de pleurer. C’est très subit. Puis de rire. Pleurer. Rire. Cela devient la même chose. On ne contrôle plus les émotions. Il faut laisser filer. Et partir. Se tirer de là. C’est fini. Cette vie-là. On m’a parlé d’une autre qui commencerait alors. On ne sait pas. On dit, sans savoir. On a besoin de se rassurer. Cela fait peur. Comme les coups de feu. Et les bombes. On ne comprend pas pourquoi cela explose. On s’inquiète. On s’angoisse. Il ne faut pas. On est bien, au chaud de la chair. Il faut en profiter. Cela ne va pas durer. On va sortir. Quand ? Un crochet fait un jeté. Il ramène le fil dans la maille. La boucle se forme. C’est une maille serrée. Pour faire une bride, il aurait fallu faire un second jeté. De quoi parle-t-on ? De sortir le rochet de la maille avec le fil pris au piège. Sortir le poisson de l’eau. Il se débat. Il frétille. Il suffoque. C’est tout de même étrange de penser qu’à l’air libre un poisson en manque. Ses branchies ne sont pas poumons. On lui ouvre le ventre. On retire l’intérieur. Cela ne sent pas très bon. On gratte ses écailles. Comment va-t-on le faire cuire ?
On l’ignore.
Le poisson.
On ignore le poisson, les écailles, l’air, la ligne et l’hameçon. On ignore tout de ce qui est. On est là dans un autre monde qui est le même que le monde. C’est juste la perspective qui change. On ne sait pas vraiment. C’est assez nouveau. On va devoir faire un effort, comprendre, sortir. « Bouge de là ! » « Sortez-vous les dots du cul ! » On n’est pas sur un stade ! On pourrait y être. On pleure. Non, c’est le corps qui suinte. Ça pue pire que les entrailles du poisson.
Comment sentir ?
Comment entendre ?
On éprouve. On ne voit plus. On ne pense plus. On éprouve. Les mots n’y sont plus. On les utilise juste pour les besoins de la retranscription. Un café. Il est froid. Une minute au micro-onde va le réchauffer. Il sera moins bon. Tant pis. Un thé. Le thé supporte mieux d’être réchauffé. Et l’amour ? On ne réchauffe pas l’amour ; c’est lui qui nous réchauffe. On le dit. On y croit. Et le café est de nouveau froid. On parlera de la vie, aussi. C’est important. C’est la perdre qui autorise la sortie.
Ce n’est pas encore le moment. Il faut tuer le temps. Pardonner. On est seul. On peut tout se permettre. Dieu, le fameux, n’y est pas. On ne l’a pas encore vu, en tout cas. Ni éprouvé, puisqu’il est bien question de cela. Et si un souvenir passe par là, on en fait quoi ? On ne nous a pas donné le mode d’emploi. On a confiance. On sait improviser. L’espace se resserre un peu. Il fait plus chaud encore. On étouffe. On suffoque.
— Atchoum !
Qui a éternué ?

3.

Pourquoi pas ? L’amour.
Parce que c’est trop compliqué.
On oublie et on va faire la vaisselle. Il y a toujours une petite cuiller à laver, quelque part, surtout dans la bassine. Elle trempe, entre deux bulles de savon, un couteau d’office, un couvercle brûlé par les cuissons et un ramequin en Pyrex. Oh ! la belle éponge. Ça va gratter !
On prend ses marques. On oublie encore. Et on descend la poubelle.

4.

Ta main se pose. Je m’en souviens. Elle est d’emblée sur mon ventre, froide. Je frissonne. Tu la retires. Je la rattrape. Tu as cru que je la refusais. Ce n’était pas le cas ; c’est juste mon corps qui a dû gérer la différence de température. Tu ne dois pas avoir peur. Viens. Colle ta peau à la mienne, comme tu aimes. Viens. Viens sur moi. Appuie, comme un judoka. J’aime quand tu es là, même si ta peau est encore froide. Je la réchauffe. Ton pubis épouse le mien. Ta tête fraie dans mon cou. Tes baisers cherchent mon oreille. Ils trouvent ma bouche. Ma langue ouvre tes lèvres. On s’emballe. [1f]


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[1dDébut-2011:01:03

[1fFin-2011:01:03





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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