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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-22 septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 22 septembre 2013

 [127d]
Aimer.
Pour la beauté du geste.
Aimer pour de rien.
Aimer pour de vrai.
On ne risque plus de souffrir. On ne risque plus de blesser. Qu’est-ce que c’est chouette ! Là où l’on est, là où l’on va, il n’y a personne, à part peut-être quelque fantôme ou quelque divinité. [124f] L’émotion prend de la puissance à mesure que corps s’efface. On le croyait. On y songe encore. Sous chaque voile se cache un joli visage. On tire la bobinette, et le désir choit.
— La la la.
Et le désir choit. [126f]

50.

On soulève une paupière. On est lasse. On reluque les chocolats. Cela nous rappelle une histoire.
Raconter.
La liste se précipite.
C’était une fille, pas encore une amie. Elle le deviendra. Elle était assise dans le fauteuil rouge. Il y avait un ballotin de chocolats posé sur la table. Il n’en restait que quelques-uns.
— On partage ?
J’ai dit oui. Elle a mis le nez dans le ballotin. Je n’avais pas envie d’en manger dans l’instant. Je l’ai laissé faire. Plus tard, j’ai repris la boîte. Elle avait croqué dans chaque chocolat, laissant de côté l’autre moitié. La démarche m’a surprise, choquée même. C’était un peu dégoûtant et pas très civil, non ?
— Tu voulais que l’on partage ; je ne pouvais pas faire plus égal.
Elle était comme ça. Et j’aimais ça. J’ai mangé mes moitiés des chocolats et l’ai embrassée. J’aimais ça aussi, l’embrasser. Voilà.
« C’est tout ? » s’exclame la tarte aux fraises.
Oui, l’histoire s’arrête là. Cette histoire-là. Ils ont l’air déçu. Chacun reprend sa place sur la liste. On est mélancolique. On l’aimait, cette fille-là. Et quelques autres, aussi. Pas toutes. Pas celles qui nous ont blessées. Pas celles, brutales et insistantes, qui ont voulu faire de nous le jouet de leur solitude et de leur mal-être. Surtout pas celles-là. Elles n’avaient pas le droit. On aurait dû les détester, comme on détestait les vampires et les infirmières qui nous pompait le sang.
Abhorrer.
C’était contraire à notre idée d’aimer.
Honnir.
Haïr.
On n’aurait pas dû s’en empêcher. On n’aurait pas dû se croire responsable. On ne l’était pas. On a été maladroite. On a été impuissante. On ne savait pas faire face à la violence. On ne savait pas esquiver les coups. On ne savait que répliquer.
Crier.
On ne comprenait pas. On avait peur de la blessure. On entendait comme une sorte de rengaine, un refrain qui n’en finissait pas.
— La la la.
Non, un autre.
— Tralalère.
Oui, celui-là. Celui qui dénigre. Celui qui harcèle la foi.
Fuir.
Que faire d’autre ? On n’avait pas envie de se battre et il fallait coûte que coûte ne pas faire couler le sang. Sauver sa peau. On préférait l’avoir douce plutôt que dure. On l’enduisait de crème odorante. On aimait sentir bon. On aimait celles qui exaltaient notre joie. On aimait… On reluque de nouveau les chocolats. On salive de plus en plus. L’appétit est intact même si le désir est en panne et si la chair se tasse au fond de la boîte. On y occupe de plus en plus de place dans la boîte, en proportion. On s’en étonne. On n’avait pas imaginé ça. Ne sortirons-nous qu’une fois le corps totalement réduit à l’état de poussière ? On l’ignore. On ne s’affole pas. On est là. On y reste autant que cela doit. [127f]


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[127dDébut-2011:09:22

[124fFin-2011:09:16

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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