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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-16 septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 16 septembre 2013

 [124d]
Aimer.
On y est. [119f]

48.

Mon ventre se creuse. Mes abdominaux dessinent un cône qui guide l’influx nerveux à ras de pubis, juste à l’endroit où la vulve prend naissance. Un filet de chair s’écoule dans le mouvement. Il transmet une quasi-chaleur au clitoris et mes petites lèvres chuchotent, prêtes à s’embraser en répons. Une courte irritation affleure. Va-t-il falloir que ma main s’en mêle pour que la chair jouisse de l’incendie qui court ?
Ce serait vain. La pulpe fait mine de s’enflammer alors que mon sexe est transi. Mes nymphes sont livides. Une urtication accessoire se fait passer pour une effervescence. Mon corps se trompe sans être dupe pour autant. Mon sexe brûle sans fondre. Il réclame une caresse, un baiser, une attention. Il invente. Je le ramène à la raison d’une pensée sereine et d’une petite claque bien ajustée. La brûlure s’estompe. Elle drope du côté du ventre, en passant par le pubis. L’estomac l’engloutit. C’est terminé.
Je reste frigide, mon entre-deux-cuisses simplement dévoué à la miction. [123f]

49.

On est là depuis combien de temps ? Là dans le corps ou là dans le corps qui se délite ? On l’ignore, quel que soit le point de vue selon lequel on se place. Cela n’a de toute façon pas d’importance. On s’interroge toujours sur ce qui va se passer. On est sans crainte, mais on s’interroge.
Sortir.
Rester.
On oscille entre l’intuition que l’issue n’est plus très loin et l’éventualité de ne pas atteindre le but que l’on s’est fixé. On voudrait se forger une conviction tant on a parfois l’impression de tourner en rond. Faut-il changer la perspective, trouver une chignole pour percer un trou dans la paroi, placer le pétard sous la boîte de champignons et se planquer pendant l’explosion ? On a cette histoire à raconter, avant, pendant, après. On a la Bible à lire, le dictionnaire à éplucher. On a le rêve à recomposer. On a l’amour, celui qui est dans la lettre. On a la tarte aux fraises. On à la foi, et Dieu qui ne craint pas d’affronter la paire de merguez. On a Jacques Lacan, aussi, qui veut bien se cogner le poisson qui pue. C’est louable. On a… Il va falloir que l’on se décide.
Biaiser.
Ce serait trop facile.
On doit prendre les choses en main. On commence par quitter l’espace de l’entre-deux-fesses. On s’y sentait confinée. On n’aime pas les ambiances carcérales même si l’on sait que ce n’est pas le décor qui pose la liberté. On revient se placer sur le buste. Il est de moins en moins confortable mais la position est plus centrale. On a vue sur tout le corps. On a ouïe sur toute la boîte. Et même au-delà. N’est-ce d’ailleurs pas une voix que l’on perçoit ? On rattrape l’oreille. On se la colle au tympan. [122f]
— La la la !
Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un chante et, pour cette fois, ce n’est pas la clochette. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, recoller les morceaux est impossible. Ils sont si éparpillés, si petits jusqu’à n’être que poussière. Rien ne peut réparer cela. C’est comme la colère. On doit la faire passer afin que la haine puisse surgir.
Puis disparaître à son tour. [120f]
Comme la Samaritaine.
— La la la !
Mais quelle est cette voix si ce n’est elle ? Il y a cette fable de La Fontaine. « C’est donc quelqu’un des tiens. » Qui ? On doit se concentrer, essayer de la reconnaître. Car c’est une femme, c’est sûr. On croirait une phrase de cartomancienne. On rit. Ce n’est pas le moment. On ne voudrait pas perdre la lame. On pince les lèvres. On se gratte la nuque.
On sèche.
— La La La.
Est-ce l’amour qui de nouveau nous appelle ? Il n’est pas dit qu’il sache chanter, à moins qu’il ne faille des dispositions auditives particulières pour lui permettre d’exister.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux dans l’autre sens. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. Voilà un affirmation pire encore qu’une prédiction ! On range la boule de cristal. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de rebuter. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passait son temps en toilettes et parfums pour se faire gente, plaire, comme si la beauté avait rapport à l’amour, la popularité au bonheur.
Pire que cruche, elle était gourde !
Chut ! on ne doit pas traiter la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. On n’a pas envie d’être gentille ; ce n’est plus le moment. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire. La liste attend. Le corps est moins impatient. On a soif.
Puiser.
L’histoire dira si la vie était belle. Qui en doute à part la lettre d’amour ?
Cette fois, on la déchire. On sature de la menace qu’elle représente. C’est trop compliqué !
Aimer.
Et c’est si simple en même temps. [121f] On le tente. On est seule. Faudrait-il quelqu’un pour nous donner le change ? Il n’en est plus besoin. Cela tombe bien car là où l’on est, on craint de ne plus jamais croiser personne, à part quelque fantôme ou quelque divinité. [124f]


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[124dDébut-2011:09:16

[119fFin-2011:09:10

[123fFin-2011:09:15

[122fFin-2011:09:14

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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