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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-13 septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 13 septembre 2013

 [121d]
On doit confondre. Elle ressemble à Carmen.
— Prends garde à toi !
Mais Dieu, je t’aime.
On déraille. Voilà que l’on prend Judas pour Dieu, à moins que ce ne soit l’inverse. [118f]
Dériver.
Encore nous faudrait-il un canot, ou une bouée de secours, un rondin. On n’a rien de tout ça. On est au milieu de l’océan. On maintient comme on peut la tête hors de l’eau. On nage. On rame. On flotte sur les illusions.
Botter.
Si seulement on faisait une touche, il se passerait enfin quelque chose, ceci ou cela, qu’importe ! tant que c’est doux, tendre, bienveillant. Si seulement… Il y a eu tant de choses qui sont passées sans qu’elles ne soient ainsi, tant et tant que l’on pourrait craindre que l’amour ne s’y résume.
Souffrir.
Il n’en est plus question.
Aimer.
Jouir.
On ne veut nulle autre addition. On paie la note. On quitte la table sans laisser de pourboire. On enfile une paire de solaires. On gaine. On ouvre les épaules. On sourit. On avance au milieu de la route. On repère un jardin public. On y entre. On tourne autour de la lettre d’amour. On hésite encore à la lire. Elle renferme une telle quantité de malentendus et de blessures ! Et d’amour, aussi. De désir plutôt. D’excitation. Comment ne pas confondre les trois ? On n’a pas la réponse à cette question. On en appelle au clitoris. Il est incapable de se prononcer, ratatiné qu’il est sous son capuchon. La vulve alentour n’en mène guère plus large. On frotte un peu avec l’oreiller. On fait trois vœux que l’on garde secrets. Rien ne se passe. La pompe à cyprine est hors service. Il va nous falloir trouver une autre source de jouissance. Tant va à l’eau…
Foutue Samaritaine ! Elle est partie, envolée et le désir avec. On invoque le secours de la Bible. Elle suggère le Cantique des Cantiques. On lit. C’est cochon ! La vachette proteste. Elle ne veut aucune concurrence animale. On la rassure. Carmen a embarqué la Samaritaine qui de toute façon ne nous jamais désirée.
— Salopes !
En effet.
La vachette se rassoit et s’endort sur sa position dominante, cocarde en berne. On l’observe. Elle nous inspire un retrait stratégique. On choisit de se planquer dans l’entre-deux-fesses. C’est exigu et fétide mais il y fait bon. On va pouvoir se refaire une santé jusqu’à recouvrer le désir, la joie. Les deux vont si bien ensemble… La chair soupire.
Jouir.
Sortir.
Ce n’est pas l’envie qui nous manque. C’est quoi alors ? Quelque chose comme un ressort.
Sauter.
Tel le diable qui jaillit de sa boîte ? [117f] Encore faudrait-il que le couvercle se soulève au bon moment.
— Il se soulèvera.
Qu’en sais-tu, Judas ? Quand sais-tu ?
— Je sais. Écoute-Moi.
Qui fait donc tinter cette clochette ? C’est agaçant. On regarde au loin. Il n’y a personne. On est seule dans la boîte avec la chair qui se délite et les éléments de la liste qui attendent l’histoire. On est seule. À moins que…
Aimer.
On y est. [119f]

48.

Mon ventre se creuse. Mes abdominaux dessinent un cône qui guide l’influx nerveux à ras de pubis, juste à l’endroit où la vulve prend naissance. Un peu de chair s’écoule dans le mouvement. Elle transmet une étrange chaleur au clitoris. Une courte irritation se forme. Les petites lèvres cherchent à s’embraser en ricochet. Va-t-il falloir que ma main s’en mêle pour que la chair s’enchante de l’incendie qui court ?
C’est inutile. La pulpe fait mine de s’enflammer alors que mon sexe est totalement froid. Mes nymphes sont livides. Elles aimeraient pourtant éprouver la chaleur de la braise, entrer en cuisson par l’extase. C’est une urtication passagère qui les anime en se faisant passer pour une effervescence. Le corps se trompe sans être dupe pour autant. Mon sexe brûle sans fondre. Il réclame une caresse, un baiser, une attention. Il invente. Je le ramène à la raison d’une pensée sereine. La brûlure s’estompe. Elle repart du côté du ventre, en passant par le pubis. L’estomac l’engloutit. C’est fini.
La chair restera frigide aujourd’hui.

49.

On y est depuis combien de temps ? On l’ignore. On oscille entre la conviction que l’issue n’est pas loin et l’angoisse de ne pas atteindre le but que l’on s’est fixé.
Sortir.
Faut-il changer la perspective, trouver une chignole pour percer un trou dans la boîte, placer le pétard sous la boîte de champignons et se planquer pendant l’explosion ? On a cette histoire à raconter. On a la Bible à lire, le dictionnaire à éplucher. On le rêve à recomposer. On a l’amour, celui qui est dans la lettre. On a la tarte aux fraises. On à la foi, et Dieu qui ne craint pas d’affronter la paire de merguez. On a Jacques Lacan, aussi, qui veut bien se cogner le poisson qui pue. C’est louable. On a… Il va falloir que l’on se décide.
Biaiser.
Ce serait trop facile.
On doit prendre les choses en main. On commence par quitter l’espace de l’entre-deux-fesses. On s’y sentait confinée. On revient se placer sur le buste. Il est de moins en moins confortable mais la position est plus centrale. On a vue sur tout le corps. On a ouïe sur toute la boîte. Et même au-delà. On perçoit une voix. On rattrape l’oreille. On la colle au tympan.
— La la la !
Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un chante et, pour cette fois, ce n’est pas la clochette. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, recoller les morceaux est impossible. Ils sont si éparpillés, si petits jusqu’à n’être que poussière. Rien ne peut réparer cela. C’est comme la colère. On doit la faire passer afin que la haine puisse surgir.
Puis disparaître à son tour. [120f]
Comme la Samaritaine.
Qu’elle est cette voix si ce n’est elle ?
On doit se concentrer. Peut-être est-ce de nouveau l’amour qui nous appelle.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux dans l’autre sens. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de rebuter. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passait son temps en toilettes et parfums pour se faire gente, plaire, comme si la beauté avait rapport à l’amour, la popularité au bonheur.
Pire que cruche, elle était gourde !
Chut ! On ne doit pas traiter la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. On n’a pas envie d’être gentille ; ce n’est plus le moment. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire. La liste attend. Le corps est moins impatient. On a soif.
Puiser.
L’histoire dira si la vie était belle. Qui en doute à part la lettre d’amour ?
Cette fois, on la déchire. On sature de la menace qu’elle représente. C’est trop compliqué !
Aimer.
Et c’est si simple en même temps. [121f]


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[121dDébut-2011:09:130

[118fFin-2011:09:08

[117fFin-2011:09:06

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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