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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-1er septembre 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 1er septembre 2013

 [114d]

45.

On se gratte les pieds.
On pourrait tout aussi bien éplucher des haricots verts. Des carottes, des pommes, des petits pois, des cerises, tous les fruits, tous les légumes. La nourriture n’en serait que meilleure et cela occuperait nos mains à autre chose qu’à triturer la chair et sarcler la peau.
Tricoter.
C’est ce que l’on a fait pour arrêter de fumer. On a pris un crochet, du coton, de la laine. On a monté une chaînette de cinq ou six mailles. On l’a fermée. Une maille en l’air pour commencer chaque rang. Des mailles serrées à suivre en calculant au mieux les augmentations. On a fabriqué ainsi de jolies pattes à casserole, des écharpes, des poncho avec col roulé. Puis c’est devenu compliqué. Plus le crochet était fin et les modèles pointus, plus on se perdait dans la succession des mailles et des rangs. C’était fastidieux. On a fini par renoncer.
On n’avait plus peur du mal que l’on aurait pu nous faire.
On s’est remis à lire. On aimait de moins en moins regarder la télévision. On écoutait de la musique en travaillant. On buvait des cafés. On allait se promener. Et on téléphonais en faisant les cent pas.
Marcher.
Compter.
Et s’assurer du contenu de la liste.
« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Une vachette. Des chocolats.  » [113f]
On doit changer l’ordre des choses. La vachette cohabite mal avec les chocolats. On modifie. On biffe, sans éliminer.
Cocher.
« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Une vachette. Une pince. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. Une chaussette. Des chocolats. »
Vingt et un. Le calcul tombe juste sans qu’il n’y ait besoin d’y ajouter des haricots verts. Le nez coule de nouveau. On vérifie que le dictionnaire est bien fermé. On se gratte de nouveau les pieds. Ils ont perdu leur peau. On se rabats sur la tartine puis sur les os. On racle d’abord, on ronge ensuite. Le repas est terminé. Dieu passe l’éponge. On va pouvoir se reposer jusqu’à la prochaine cène.
Manger.
Dormir.
On suce un pouce. On est retombée en enfance.
Caguer.
On aurait dû prendre du papier pour s’essuyer les fesses. Cela ne sent pas très bon. Et ça colle ! On se retourne. Le poumon émet un long râle putride. Ce sera le dernier. C’est heureux. C’était vraiment dégoûtant. On attrape la poupée. On la sert fort dans nos bras. Le rose de ses joues nous console. On pose la tête dans le creux de l’estomac. On ferme les yeux. On imagine un jardin luxuriant, avec un pommier et un magnifique serpent qui s’enroule autour du tronc, langue fourchue en direction d’un fruit presque mûr.
— C’est le Paradis !
On n’a pas envie de paradis, surtout pas en pleine nature, avec toutes ces bêtes et ces choses qui piquent ! On se souvient d’un couleuvre écrasée sur la route alors que l’on passait à mobylette. Maman conduisait la mobylette. On était assise sur le porte-bagages. On a peur que le serpent soit vénéneux. Même réduit à l’état de crêpe, il aurait pu mordre. Nous tuer.
La mobylette itou.
Elle était rouge, comme du sang. Comme la cocarde. Comme la tâche qui noircit le poil du taureau quand le torero plante sa banderille.
— Olé ! [114f]


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[114dDébut-2011:09:01

[113fFin-2011:08:30

[114fFin-2011:09:01





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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