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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-25 août 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 25 août 2013

 [112d]

46.

Je pompe. Mes muscles souffrent. J’inhale par la bouche pour leur donner le maximum d’oxygène. Ma sueur, sur ma nuque, tente, elle, de les rafraîchir. Je veux aller jusqu’à dix. Je plie les coudes. Je serre les fesses. Mon ventre se tend. Je déplie de nouveau les bras. Je marque une pause d’une fraction de seconde. Je redescends. La sueur brûle mes yeux. Je secoue la tête. C’est l’hécatombe ! Les gouttes se précipitent, le long du nez, sur les joues, depuis les tempes… Mon crâne est un déluge. [106f] Je me vide. Je m’écoule. Et pourtant je reste entière. C’est le mal qui s’échappe, la douleur, le trou, la faille. J’exsude et mon corps recouvre son unité, ma chair sa plénitude. Je coule et je suis comble.

47.

On perçoit une voix. On rattrape l’oreille. On la colle au tympan. Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un parle. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, on ne peut pas recoller les morceaux. Le mal était trop grand. La colère doit passer. La haine peut surgir.
Puis disparaître.
Comme la Samaritaine.
Qui parle alors si ce n’est elle ?
On doit se concentrer.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux de faire cela dans l’autre sens. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de déplaire. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passe son temps en toilettes et parfums pour se faire belle, comme si la beauté avait rapport à l’amour.
Pire que cruche, elle est gourde !
Chut ! On ne doit pas traiter la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. On n’a pas envie d’être gentille ; ce n’est plus le moment. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire. La liste attend. Le corps est moins impatient.

48.

On reluque les chocolats. On salive encore. Le désir est intact même si la chair se tasse au fond de la boîte. On y occupe de plus en plus de place, en proportion. On s’en étonne. On n’avait pas imaginé ça. Ne sortirons-nous qu’une fois le corps totalement réduit à l’état de poussière ? On l’ignore. On ne s’affole pas. On est là. On y reste autant que cela doit.
Il n’est de toute façon pas envisageable de faire le chemin à rebours. Prenons un exemple : la Samaritaine a raté la queue du Mickey ; tant pis pour elle. Elle a laissé passé sa chance et, à présent, on ne voudrait pas qu’elle revienne. Il est impossible d’inverser les chronologies et on est désormais si loin du temps mathématique. On a trouvé la joie. On est bien. On ne s’en fait pas pour la suite. Elle viendra. On se gratte quelques instants les pieds. On réfléchit à la tournure que prennent les événements. On incline la tête sur le côté gauche. On caresse la joue du dictionnaire. Une clochette tinte. C’est l’heure du goûter. On mangerait volontiers la paire de merguez, avec de la moutarde dans le pain.
Croquer.
Détester.
On doit tout dire, on l’a promis, même dire que l’on a aimé les tartines à peine enduites de compote industrielle quand on était en colonie de vacances avec les Œuvres laïques. On a maudit, aussi. Pas la tartine, ni la colonie, ni les œuvres plutôt la Samaritaine, elle, les autres, ses semblables. On a eu peur. On a eu froid. On a été abandonnée, honnie, blessée, méprisée. On n’a pas aimé ça.
Sortir.
Et que jamais cela ne recommence.
Personne n’a le droit. Personne ne doit nous atteindre autrement que dans la joie. On ne craint pas les émotions. On ne veut tout simplement plus avoir mal au-delà de l’effet de surprise. On y travaille. On ne fait que ça. Il y a du pain sur la planche, plus que de compote sur la tartine. Mais cela vient, à la vitesse de la sédimentation du corps au fond de la boîte. Le nichon s’impatiente. Il n’en peut plus d’attendre la révolution, celle qui esten marche et tarde toujours à venir. Il part en couille. C’est impossible. Un nichon n’a rien de testiculaire ! On s’accroche. On tient le bon bout de la tartine, celui qui mène au dictionnaire. Il manque juste l’histoire, celle que l’on a promis de raconter. On pourra ensuite l’ajouter à la liste et filer.
Carder.
On découvre que les cheveux ont poussé. Comment est-ce possible ? La chair se délite et le poil s’allonge. Les perspectives changent. Elles sont de moins en moins cavalières. Cela nous plaît car cela va dans le sens de la considération que l’on réclame. Le nichon va l’avoir, sa révolution. On retourne chez le coiffeur. L’histoire a besoin que le crâne brille sous l’effet de la coupe rase. La tondeuse [111f] coupe. Les cheveux s’éparpillent sur le sol. Ils piquent dans le cou.
On s’ébroue.
On revient dans la boîte. Elle semble vide. On attrape le téléphone. On appelle les pompiers. Ils sortent la grande échelle. Ils récupèrent le chat sur le bord de la gouttière. On le prend dans nos bras. On le caresse. Il ronronne. On le rend à sa propriétaire. Les pompiers remballent. Il fait noir. On en appelle au pétard sous la boîte de champignons. Il est à la mer. Et le dictionnaire. Il a été embouché pour l’été pour remplacer la feuille du boucher partie au Guatemala à la recherche de l’oiseau qui mange des serpents. On fait l’appel de la liste.
Personne.
Même pas Dieu ?
Même pas. Il a rendu son torchon en laissant les couverts rouiller dans l’égouttoir. On savait bien que l’on ne pouvait compter sur lui. On a envie de pleurer. Ça recommence ! [112f]


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[112dDébut-2011:08:25

[106fFin-2011:08:15

[111fFin-2011:08:24

[112fFin-2011:08:25





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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