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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V03-24 août 2011



Cy Jung Feuillets — V-03 24 août 2013

 [111d]
Il est vraiment grossier, ce Judas, pour un personnage biblique. Cela ne nuit-il pas à la crédibilité de la foi ? Il faudra que l’on demande à Dieu ce qu’il en pense à l’occasion de la prochaine vaisselle.
— En Judas, Je me mouille.
Satanée clochette !
On fait une boule de la chaussette et on la lance pour la faire taire. Cela produit un bruit sourd, comme un tocsin. Quelqu’un est-il mort ? Ou alors, c’est la guerre. On tend l’oreille en prenant soin de ne pas l’égarer tant elle ne tient plus à grand-chose. On n’entend ni le son du canon ni le bruit des bottes. Il faut dire que la guerre est parfois sourde ; elle n’en est pas moins meurtrière.
Vaincre.
On brandit une sandalette sortie de nulle part. On manque de se couper. On la remet dans son fourreau.
Résister.
On récupère la chaussette. On défait la boule. On y emballe le foie. Il commençait à s’émietter et on voudrait gagner du temps sur le temps. La chaussette n’y suffit pas. On ajoute du tissu adipeux. La solution est dans la chair. On le sait. Elle donne cette forme particulière de joie qui porte l’esprit vers la créance. On court après la Samaritaine ; elle est trop rapide ! On l’a perdue. Il nous en faut une autre. Où va-t-on la trouver ? L’eau se vend désormais en bouteille. On reprend le dictionnaire. On veut savoir quel est le mot qui suit « avunculaire ». « Awalé » ; c’est une idée. Cela nous occuperait.
On marque la page avec le couteau suisse. On balance la tête comme si une douce musique nous berçait. « Lalala. » Ce n’est pas un leurre ! On l’entend… Léonard Cohen chante The Faith. La foi.
On y est. On est là.
Et Dieu ?
Il essuie la vaisselle.
Déjà ?
On ne se pourtant souvient pas du partage d’un autre repas.
Sortir.
On sourit d’abord. On salue la chair. On flatte le corps. Ce qu’il reste des muscles bande. Les tendons jouent de la cornemuse en duo avec les humeurs presque solides à présent. L’épiderme s’offre une dernière jeunesse — quel Don Juan ! Le clitoris reste en retrait. Les yeux se voilent derrière la poussière du cerveau. Des larmes ont cristallisé sur les joues. On n’y touche pas. Elle brillent comme ds perles. Ce sont des larmes de joie. La foi. « Lalala. » On tire la langue. Il ne sert à rien de s’y dérober.
La foi. On l’a. On la tient. On ne la lâche pas. [109f]
Lalala.
— Tralalère. [110f]

46.

Je pompe. Mes muscles souffrent. J’ouvre la bouche pour leur donner le maximum d’oxygène. Ma sueur, sur ma nuque, tente, elle, de les rafraîchir. Je veux aller jusqu’à dix. Je plie les coudes. Je serre les fesses. Mon ventre se tend. Je déplie de nouveau les bras. Je marque une pause d’une fraction de seconde. Je redescends. La sueur brûle mes yeux. Je secoue la tête. C’est l’hécatombe ! Les gouttes se précipitent, le long du nez, sur les joues, depuis les tempes… Mon crâne est un déluge. [106f] Je me vide. Je m’écoule. Et pourtant je reste entière. C’est le mal qui s’échappe, la douleur, le trou, la faille. J’exsude et mon corps recouvre son unité, ma chair sa plénitude. Je coule et je suis comble.

47.

On perçoit une voix. On rattrape l’oreille. On la colle au tympan. Il n’y a plus aucun doute : quelqu’un parle. Est-ce la Samaritaine qui est revenue, toute dépitée de nous avoir plantée, là, le clitoris en lambeaux et le cœur en berne ? Cela ne peut pas. Elle est comme sa cruche ; quand elle se casse, on ne peut pas recoller les morceaux. Le mal était trop grand. La colère doit passer. La haine peut surgir.
Puis disparaître.
Comme la Samaritaine.
Qui parle alors si ce n’est elle ?
On doit se concentrer.
Entendre.
Écouter.
C’est mieux de faire cela dans l’autre sens. On s’en moque. Dieu est désormais dans notre camp et chacun sait qu’il reconnaîtra les siens. La chair s’évapore. Le clitoris jette son capuchon. Il veut se déliter à visage découvert. Il n’a plus peur de rien, même pas de déplaire. Il en a de la chance ! La Samaritaine, elle, passait son temps en toilettes et parfums pour se faire belle, comme si la beauté avait rapport à l’amour.
Pire que cruche, elle est gourde !
Chut ! On ne doit pas traiter la Samaritaine. Ce n’est pas gentil. On n’a pas envie d’être gentille ; ce n’est plus le moment. On doit tout dire, c’est établi, et raconter l’histoire. La liste attend. Le corps est moins impatient.

48.

On suce des chocolats. On salive encore. Le désir est intact même si la chair n’en mène plus très large au fond de la boîte. On y prend de plus en plus de place, en proportion. On n’avait pas prévu ça. On reste tranquille. Il n’est plus l’heure de faire le chemin à rebours. La Samaritaine a raté la queue du Mickey. Tant pis pour elle. On sait désormais que l’on ne voudrait pas qu’elle revienne. On a trouvé la joie et mangé la paire de merguez.
Croquer.
Détester.
On doit tout dire, même que l’on a maudit. On a eu peur. On a eu froid. On a été abandonnée, honnie, blessée, méprisée. On n’a pas aimé ça.
Sortir.
Et que plus jamais cela ne recommence. Personne n’a le droit. Personne ne doit nous atteindre autrement que dans la joie. Le nichon n’en peut plus d’attendre la révolution, celle qui en marche et tarde toujours à venir. Il part en couille. C’est impossible. Un nichon n’a rien de testiculaire ! On s’accroche. On tient le bon bout de la Bible, celui qui mène au dictionnaire. Il manque juste l’histoire, celle que l’on doit raconter. On pourra ensuite l’ajouter à la liste et filer.
Carder.
On découvre que les cheveux ont poussé. Comment est-ce possible ? On avait pris soin d’aller chez le coiffeur pour avoir une coupe impeccable. On aimait sentir la tondeuse dégager le crâne. [111f]


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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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