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Les Feuillets de Cy Jung

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Les Feuillets de Cy Jung — Mode d’emploi



Cy Jung Feuillets — Mode d'emploi

Ces Feuillets, dont j’ai posé l’idée le 2 décembre 2010, sont un objet littéraire suffisamment étrange, voire abscons, pour qu’un mode d’emploi s’impose afin de vous permettre de vous l’approprier.

Pour la petite histoire d’abord…

J’ai claqué la porte des éditions du Phare blanc fin août 2010 considérant que mes textes n’étaient pas publiés dans de bonnes conditions. Ce choix est lourd de conséquences : il me laissait sur les bras un manuscrit en état d’être édité grâce au travail fait avec Anne Rambach ; il me mettait « au chômage » en ce sens où je devais me trouver un autre éditeur si je souhaitais publier à nouveau. Trouver un autre éditeur… J’ai plusieurs manuscrits en stock, un roman rose qui trouverait difficilement preneur hors le circuit LGBT qui perd les unes après les autres ses maisons d’édition, un livre pour enfant déjà refusé par les éditeurs auxquels j’ai pu l’envoyer, le troisième volet de mes histoires de poulettes refusé par KTM éditions car trop long (900 pages), la suite (et fin) des interrogations de Mathilde sur l’amour et le désir et Retour d’amour, un roman épistolaire sur la rupture amoureuse.
Au chômage, donc, j’ai décidé de ne pas cesser d’écrire, sans doute parce que j’en serais incapable. J’ai ainsi créé très vite un blog photolittéraire avec Sarah Budki afin de pouvoir écrire et publier dans la foulée. J’ai travaillé ensuite à la création d’un blog d’actualité, La vie en Hétéronomie, avec Isabelle, pour me donner un peu plus de travail. Et j’ai réfléchi à ce que je pourrais écrire sans ajouter un énième manuscrit à mon stock sans espoir, à court terme, de le voir publié…

La publication par le Net

À l’heure du développement de l’édition numérique, la solution me semblait là : utiliser le Net pour créer un nouvel objet littéraire, un objet qui ne soit pas livre, fût-il numérique, mais un objet qui profite des fonctionnalités du Net pour se forger sa propre nature. La création de mon site en Spip avec Pierre puis le développement des deux blogs Wordpress m’ont ouvert un éventail du possible qui m’a permis de penser puis de développer ce nouvel objet littéraire.
J’ai tâtonné un moment puis décidé d’utiliser Spip et créer un « site miroir » au mien, un site qui allait accueillir mon travail d’écriture, ni plus, ni moins. Il est essentiel ici d’avoir conscience qu’il existe une différence fondamentale entre un manuscrit et un livre : le texte que l’on trouve dans le livre doit être le produit de la confrontation entre le manuscrit, son auteur et un éditeur, confrontation qui permet à ce texte d’être transmis au lecteur, de « passer en forme lisible ». D’un manuscrit à l’autre, cette transformation (structure, trame, style, cohérence, etc.) peut concerner une part minime du texte ou le modifier beaucoup plus profondément après plusieurs versions. Mais elle est, incontournable.
Quelle que soit son expérience, je ne crois pas qu’un auteur puisse s’affranchir d’une telle confrontation, même si elle ne modifie le texte qu’à la marge. Forte de cette idée, je ne peux donc me faire à celle de publier un texte sans ce travail, comme cela m’a été proposé par des « éditeurs » (je mets bien des guillemets) de livres numériques. Éditer, ce n’est pas faire imprimer un texte sur du papier ou dans un fichier numérique : éditer, c’est accepter la confrontation, avec un éditeur d’abord, un éditeur qui, premier lecteur autant que professionnel de la relecture, va identifier les défauts, failles et faiblesses du texte et permettre ainsi à l’auteur de l’améliorer.

Ce sont donc bien des Feuillets que je publie ici, c’est-à-dire l’état de mon travail après chaque matinée d’écriture, un texte brut, qui se modifie au jour le jour : c’est en quelque sorte la matière vivante du roman, celle que je malaxerai jusqu’au jour où je déciderai de m’arrêter là parce que, seule, je ne pourrai porter le texte au-delà. Et si ces feuillets devaient un jour devenir roman, c’est uniquement après leur confrontation à un éditeur qu’ils le deviendraient.

Concrètement, comment ça marche ?

Les jours où je travaille sur ces Feuillets, je commence par ouvrir un Tableau de bord. J’inscris la date puis crée un champ où seront mentionnés mon activité sportive du jour (elle est ce qui m’équilibre) et, s’il y a lieu, les « caractères ouvrés », soit le nombre de caractères que comporte le Feuillet que je publierai quelques heures plus tard.
Puis j’ouvre le fichier qui accueille mon texte dans sa totalité. Je pose une « balise » à l’endroit où je démarre mon travail ; j’en poserai une seconde à la fin de mon travail du jour. Ces « balises » apparaissent sous forme de notes de bas de page. Elles me permettent de me situer dans mon texte, de « détacher » la part travaillée un jour donné pour la publier, puis à vous, ensuite, de voir le nombre de passages sur tel ou tel morceau. La manière dont j’ai conçu ces balises est détaillée ici.
Au fil de ma matinée de travail (trois à quatre heures), j’alimente mon Tableau de bord de divers commentaires, sur la manière dont j’écris, dont j’avance ou non dans le texte, sur les idées qui viennent, etc. J’alimente en parallèle divers Documents, un Plan, bien sûr, mais aussi un Complément au plan qui recueille les idées à traiter. Le Net me permet aussi de vous proposer, sous forme de playlist en streaming, la musique qui m’accompagne ou celle que l’on trouve dans le texte. Je mets aussi en ligne d’autres documents qui me semblent pertinents, amusants, décalés… À vous de les découvrir.
Ma matinée de travail terminée, je compte les « caractères ouvrés », soit le nombre de caractères situés entre ma balise de début et ma balise de fin, et publie en ligne le texte correspondant. D’un jour sur l’autre, je peux passer plusieurs fois sur le même morceau… et mes Feuillets vous sembleront identiques à moins qu’ils ne vous permettent de voir les évolutions du texte. Je peux aussi écrire le premier jet d’une ou deux pages, là où j’en étais la veille ou à tout autre endroit du texte. Je peux encore retravailler un morceau existant, ou non dans l’ordre du texte, modifier deux mots dans une journée, ou tricoter dans tous les sens. Et chaque fois, je publie ni plus ni moins que le morceau travaillé.
Autrement dit, il vous est impossible d’avoir une lecture linéaire de ces Feuillets. Ils ne sont pas roman… ils sont vraiment Feuillets, instant de travail, matière. Alors, comment pouvez-vous lire, vous approprier cet objet littéraire ? Je l’ignore. Autant que j’ignore d’ailleurs comme un lecteur s’approprie n’importe lequel de mes textes. Alors, hardi ! Je ne sais pas si ce travail expérimental a un sens, un avenir. Il a déjà celui de me permettre d’écrire, de créer, d’être vivante, tout simplement.
Vu le sujet… Ah ! oui. J’ai oublié de vous donner le sujet : c’est l’histoire d’une âme qui cherche à sortir du corps qu’elle habite, celui-ci étant mort. Expérimental, en effet.

Voilà. Il m’a fallu cinq mois pour arriver à écrire ce mode d’emploi. Serait-ce à dire qu’il m’a fallu ce temps-là pour prendre la mesure de cet objet littéraire non identifié ?
Il semble.

Merci à vous qui me lisez.

Cy Jung, 4 mai 2011.

Information publiée le mercredi 4 mai 2011.



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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Lire le Feuillet du jour.



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