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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V02-29 avril 2011



Cy Jung feuillets — V-02 29 avril 201

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1.

C’était donc ça. Juste ça. Pas plus que ça ? Quand on pense à ce que l’on a pu croire, espérer, inventer, codifier. Juste ça. Ni plus, ni moins. On y est.
On y va ?
Allez ! il faut sortir de là.

2.

On nous avait parlé d’un couloir, d’une porte, d’un passage, d’une rivière, d’un désert à traverser, d’une oasis, d’une destination à trouver. On nous avait parlé de paix, de sérénité, d’un silence inconnu. Quel vacarme ! Et vas-y que ça pisse dans un sens, que ça grouille dans l’autre, que ça se dilate, que ça se tord, que ça se fend ; que ça pète.
On attend son tour.
Il fait encore chaud. On se prélasse. On se gratte les pieds. On a toujours préféré les pieds à la tête, quand il s’agissait de gratter pour se détendre, et réfléchir. Penser. Attendre.
Sortir.
On en est loin. On s’interroge. Les humeurs nous emporteront-elles ou sortirons-nous de là emmaillotée dans des lambeaux de chair en décomposition ? On ne sait pas. On est un peu perdue. Calme mais perdue.
On s’ennuie.
On observe, de l’intérieur. On n’y voit pas grand-chose. On évite de trop toucher pour savoir. Ça colle. Et ça pue, aussi, un peu. On change de pied. Ça suinte cette fois. Ça enfle. On rentre la tête dans les épaules. On craint une nouvelle déflagration.
Pan !
On sursaute. On voudrait se cacher. Où ? On ignore où l’on est. On ignore tout, ou presque. On cherche un orteil à gratter. On trouve le nez. On s’en contente. On a envie de pleurer. Puis de rire. Pleurer. Rire. C’est pareil. On doit laisser filer. Et sortir.
Se tirer.
Bye-bye, c’est fini, cette vie.
Fini ? Mais on y est encore. On dirait. [57f] On n’a pas tout compris. On le sait. Un acte a été signé, avec d’autres papiers. On s’en souvient autant que l’on se souvient d’avoir entendu parler d’une autre vie qui commencerait alors. On ne savait pas. On ne sait pas plus. On disait, sans savoir. On avait besoin de se rassurer. Cela faisait peur. Peur. Comme les coups de feu.
Pan !
Et les bombes.
Boum !
On ne comprenait pas pourquoi cela explosait, les bombes, et toutes ces autres machines infernales qui subornaient l’espoir. On s’inquiétait. On s’angoissait. Il ne fallait pas, pas plus qu’ici. C’était inutile. On est bien, là, bien à l’abri de la touffeur de la chair, fut-elle en train de se putréfier. Il faut en profiter. Cela ne va pas durer.
Pourquoi ?
Parce que l’on va sortir et parce que le corps, bientôt, ne sera plus. On sera seule, sans chair, sans os, nue. Est-ce possible ? On frissonne. On n’a pourtant pas le souvenir que dehors il fasse si froid ni que le corps nous tienne si chaud. On mettra un bonnet, une écharpe. On a bien des pulls qui traînent dans un placard, une armoire, le tiroir d’une commode, sous un lit, sur une chaise, dans un panier. Et des gants. Une polaire.
On va sortir. Quand ? Vers où ? Pourquoi ? Parce que c’est comme ça. Un crochet fait un jeté. Il ramène le fil dans la maille. La boucle se forme. C’est une maille serrée. Pour faire une bride, il aurait fallu faire un second jeté. De quoi parle-t-on ? De sortir le crochet de la maille avec le fil pris au piège. Sortir le poisson de l’eau. Il se débat. Il frétille. Il suffoque. Ses branchies ne sont pas poumons. On lui ouvre le ventre. On retire les entrailles. Cela ne sent pas très bon. On gratte les écailles. Comment va-t-on le faire cuire ?
On l’ignore.
Le poisson.
On ignore le poisson, les écailles, l’air, la ligne et l’hameçon. On ignore tout de ce qui est. On est là dans un autre monde qui est le même que celui que le corps a quitté et dont on doit sortir. C’est assez nouveau. On va devoir faire un effort.
Comprendre. Sortir.
« Bouge de là ! », disait une chanson. « Sortez-vous les doigts du cul ! », braillait un entraîneur sportif. On n’est pas sur un stade. On pourrait y être. On pleure. Non, c’est le corps qui se distille. Ça pue désormais pire que les entrailles du poisson.
Comment sentir ? Comment entendre ?
On éprouve.
On ne voit plus. On ne pense plus. On éprouve.
Et on fait cuire le poisson en paillote. On n’oublie pas la rondelle de citron, ni la branche de persil. Prémonition ? On rit. Les mots se cognent contre les émotions. Le dictionnaire est un accélérateur de particules. Ça part dans tous les sens. On baisse la tête. Ça fuse.
Boum !
Ça passe. Un café. Il est froid. Une minute au micro-ondes va le réchauffer. Il sera moins bon. Tant pis. Un thé. Le thé supporte mieux d’être passé au micro-ondes. La tisane encore plus. Verveine. Et l’amour ? On ne réchauffe pas l’amour ; c’est lui qui nous réchauffe. On le disait. On y croyait. Et le café est de nouveau froid. Comme la vie. On la passe au micro-ondes. C’est inutile. C’est fini.
Sortir.
On y est. Ou on n’y est pas. C’est compliqué cette affaire. [58f]


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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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