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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-7 avril 2011




 [56d]

31.

On dirait qu’il fait nuit, encore. Même la chair semble s’être mise au repos. L’oreille pendouille sans se balancer. L’œil est devenu terne. Le cerveau a atteint la consistance d’une épaisse soupe de lentilles mais ne s’écoule pas. Peut-être attend-il une ouverture à moins que lui ne soit pas destiné à sortir mais à se figer, sur place. Sécher. Et le clitoris ? Il résiste, planqué sous son capuchon la tige encore ferme. Sera-t-il le dernier à se déliter ? Il est en compétition directe avec les tétins que la mise en orbite a placé sous vide. Les paris sont ouverts. Gageons que l’on aura la réponse assez vite. On a autre chose à faire que de départager des zones érogènes en décomposition.
Sortir.
Par exemple.
Aimer. Peut-être.
Pardonner. Et reprendre la liste.
« Une Bible. Un dictionnaire. Un poisson qui pue. Un couteau suisse. Une tartine. Un oreiller. Une couette. Un tire-bouchon. Une échelle. Une poupée. Une paire de merguez. Jacques Lacan. Une tarte aux fraises. Un pétard sous une boîte de champignons. Dieu. Une lettre d’amour. Une corde à linge. »
C’est tout ? [54f] Il y a encore tant de choses qui manquent. On doit tout écrire. On cherche une feuille blanche. On trouve la lettre d’amour. C’est parfait. On attrape un stylo. On se gratte la tête. On hésite. On se lance.
« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. »
On s’arrête. Que pourrait-on bien faire d’une carte d’état major, d’un mitigeur, d’une boule de lavage, d’un brin d’herbe, d’une capsule ou d’un débardeur ? On l’ignore. On verra plus tard. On doit établir ce qui manque, vite, comprendre, pour ne plus souffrir.
Ce qui manque ou ce qui manquait ?
Ce qui a manqué ?
On est d’accord. Ce n’est pas la même liste. On l’avait pressenti. On a pris une page vierge. On laisse de côté la Bible et compagnie. On reprend ce qui est au dos de la lettre d’amour. C’est ce qui nous intéresse, le verso.
« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. Une fable de La Fontaine. Un stéthoscope. Un éléphant. Une tondeuse à gazon. Une étoile. Un saxophone. Un comprimé. Du persil. Un manteau. Une expromission courante. Une bassine. Une limace. Un tapis. Une tente. Une portion de frites. Un crochet. Une galipette. Un gobelet. Une machine-outil. Un germe. Un maroquin. Un jardin. Une perfusion. Un orgue de Staline. Du sable. Un élastique. Une scie. Un foulard en soie. Une hémorragie. Un témoin. Un billet d’avion. Un truc. Une barrière de corail. Un bonhomme de neige. Une poubelle. Un cahier. Des perles. Un chiffon. Un cercueil. Une contravention. Un parfum. Une casquette. Des cotillons. Un préservatif. Une mèche de cheveux. Une calculatrice. Des allumettes. Une colonne de direction. Une règle. Un tas de gravats. Une brindille. Une boucle de ceinture. Des lunettes de piscine. Une serviette hygiénique super plus spécial nuit. Un laminoir. Une facture. Un tube de colle blanche. Des cerises. Un pylône. Un brocolis rose. Une touche. Un wagon. Des farces et attrapes. Un lecteur DVD. De la poudre de perlimpinpin. Un savon. Un râteau. Du vinaigre de vin. Un manche à balais. Un coquelicot. Une chaussette. Une pagaie. Un camion. Une ampoule. Un café. De l’encre. Une balle dans la tête. Une fourchette. Une photographie. Un casque. Un Interphone. Un as de pique. Un atome crochu. Une route de montagne. Un oignon. Une pince multiple. Un cadavre. Un écrou. Du wasabi. Une vitre. Une cruche. Un… »
Ah ! la Samaritaine. Jésus avait du goût, c’est sûr. On attrape la poupée au vol et on la rassoit sur nos genoux. On lui caresse la nuque. On lui demande comment elle va. « Très bien, répond-elle. L’orbite est un endroit un peu sombre mais somme toute très accueillant. On y croise des objets incroyables ! Je me suis fait des copines et j’y retourne quand tu veux. » On est contente pour elle. On lui propose de rester un peu. Elle accepte. On la remercie. On relit la liste par-dessus son épaule. Elle est longue et pourtant rien de tout ce qui est inscrit ne nous a jamais véritablement manqué à part la pagaie, peut-être, pour avancer.
Et le camion, pour rouler. Transporter. Aller. Conduire.
Sortir.
La liste ne peut rien face au manque.
Respirer.
Était-ce l’air qui manquait ? On est dubitatif. On aurait bien besoin du secours de… Du secours ! Il nous manquait un secours, une parole, un échange. Un partage. Les objets ne sont rien que ce qu’ils sont utiles. On préférait les gens, même les plus inutiles. Et le sourire de la poupée. Les gens, des autres. Des sentiments. Des sensations.
Être.
Sortir.
Exister. Ressentir.
On chassait parfois les émotions à l’arbalète. On avait peur qu’elles ne nous fassent souffrir. La poupée réclame que l’on ajoute une robe à la liste. La pauvre ! On mange la liste. On ouvre la poupée. Elle n’a pas de cœur. On savait bien qu’il manquait quelque chose. On a trouvé d’où venait ce vide. Il était dans le corps de la poupée. On la renvoie en orbite. On vomit la lettre d’amour avec la liste. Elle est intacte.
On la relit.
« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un débardeur. Une fable de La Fontaine. Un stéthoscope. Un éléphant. Une tondeuse à gazon. Une étoile. Un saxophone. Un comprimé. Du persil. Un manteau. Une expromission courante. Une bassine. Une limace. Un tapis. Une tente. Une portion de frites. Un crochet. Une galipette. Un gobelet. Une machine-outil. Un germe. Un maroquin. Un jardin. Une perfusion. Un orgue de Staline. Du sable. Un élastique. Une scie. Un foulard en soie. Une hémorragie. Un témoin. Un billet d’avion. Un truc. Une barrière de corail. Un bonhomme de neige. Une poubelle. Un cahier. Des perles. Un chiffon. Un cercueil. Une contravention. Un parfum. Une casquette. Des cotillons. Un préservatif. Une mèche de cheveux. Une calculatrice. Des allumettes. Une colonne de direction. Une règle. Un tas de gravats. Une brindille. Une boucle de ceinture. Des lunettes de piscine. Une serviette hygiénique super plus spécial nuit. Un laminoir. Une facture. Un tube de colle blanche. Des cerises. Un pylône. Un brocolis rose. Une touche. Un wagon. Des farces et attrapes. Un lecteur DVD. De la poudre de perlimpinpin. Un savon. Un râteau. Du vinaigre de vin. Un manche à balais. Un coquelicot. Une chaussette. Une pagaie. Un camion. Une ampoule. Un café. De l’encre. Une balle dans la tête. Une fourchette. Une photographie. Un casque. Un Interphone. Un as de pique. Un atome crochu. Une route de montagne. Un oignon. Une pince multiple. Un cadavre. Un écrou. Du wasabi. Une vitre. Une cruche. Un… »
Ah ! la Samaritaine.
Était-ce l’eau ou la soif qui nous manquait ? On avait les deux. Alors ?
On cherche.
— Bon chien !
Ça suffit !
Sortir.
Aimer. Rire. Penser. Jouir. Débiter. Cogner. Savourer. Vivre.
Doit faire une liste de verbe ? C’est difficile, ce d’autant que l’on n’ose plus ouvrir le dictionnaire. On craint qu’il ne soit désormais vide, [55f] aussi vide que la poupée et que la corde à linge. On déraille. On doit se ressaisir.
Sortir. C’est tout ce qui nous occupe. [56f]


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[56dDébut-2011:04:07

[54fFin-2011:04:04

[55fFin-2011:04:05

[56fFin-2011:04:07





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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