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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-11 janvier 2011



Cy Jung feuillets — V-01 11 janvier 2011

 [3d] [2d] [1d]

1.

C’était donc ça. Juste ça. Pas plus que ça ? Quand on pense à ce que l’on a pu croire, espérer, inventer, codifier. Juste ça. Ni plus, ni moins. On y est.
On y va ?
Allez ! Il faut sortir de là.

2.

On nous avait parlé d’un couloir, d’une porte, d’un passage, d’une rivière, d’un désert à traverser, d’une oasis, d’une destination à trouver. On nous avait parlé de paix, de sérénité, d’un silence inconnu. Quel vacarme ! Et vas-y que ça pisse dans un sens, que ça grouille dans l’autre, que ça se dilate, que ça se tord, que ça se fend ; que ça pète. On attend son tour. Il fait encore chaud. On se prélasse. Les humeurs nous emporteront-elles ou partirons-nous avec la chair quand elle se décomposera ? On ne sait pas. On n’est un peu perdue. Calme mais perdue. On s’ennuie. Ça suinte cette fois. On craint la prochaine déflagration. On n’a jamais aimé les coups de feu. Cela nous faisait peur.
On a envie de pleurer. C’est très subit. Puis de rire. Pleurer. Rire. C’est pareil. On ne contrôle plus les émotions. Il faut laisser filer. Et partir. Se tirer. Bye-bye, c’est fini, fini, cette vie. On nous a parlé d’une autre qui commencerait alors. On ne sait pas. On dit, sans savoir. On a besoin de se rassurer. Cela fait peur. Comme les coups de feu. Pan ! Et les bombes. Boum ! On ne comprend pas pourquoi cela explose. On s’inquiète. On s’angoisse. Il ne faut pas. On est bien, au chaud de la chair, fut-elle en train de se putréfier. Il faut en profiter. Cela ne va pas durer. On va sortir. Quand ? Vers où ? Un crochet fait un jeté. Il ramène le fil dans la maille. La boucle se forme. C’est une maille serrée. Pour faire une bride, il aurait fallu faire un second jeté. De quoi parle-t-on ? De sortir le crochet de la maille avec le fil pris au piège. Sortir le poisson de l’eau. Il se débat. Il frétille. Il suffoque. Ses branchies ne sont pas poumons. On lui ouvre le ventre. On retire l’intérieur. Cela ne sent pas très bon. On gratte ses écailles. Comment va-t-on le faire cuire ?
On l’ignore.
Le poisson.
On ignore le poisson, les écailles, l’air, la ligne et l’hameçon. On ignore tout de ce qui est. On est là dans un autre monde qui est le même que le monde que l’on doit quitter. C’est juste la perspective qui change. On ne sait pas vraiment. C’est assez nouveau. On va devoir faire un effort, comprendre, sortir. « Bouge de là ! », disait une chanson. « Sortez-vous les doigts du cul ! », braillait un entraîneur sportif. On n’est pas sur un stade. On pourrait y être. On pleure. Non, c’est le corps qui suinte. Ça pue pire que les entrailles du poisson.
Comment sentir ?
Comment entendre ?
On éprouve. On ne voit plus. On ne pense plus. On éprouve. Les mots n’y sont plus. On les utilise juste pour les besoins de la retranscription. Un café. Il est froid. Une minute au micro-onde va le réchauffer. Il sera moins bon. Tant pis. Un thé. Le thé supporte mieux d’être passé au micro-ondes. La tisane encore plus. Et l’amour ? On ne réchauffe pas l’amour ; c’est lui qui nous réchauffe. On le dit. On y croit. Et le café est de nouveau froid. On parlera de la vie, aussi. C’est important. La perdre autorise la sortie. Et la vivre, cela autorise quoi ? On va bientôt savoir, on le sent. À moins, qu’une fois encore, on n’y comprenne rien, à la vie, à la mort, à l’amour, à la manière de réchauffer le café et de vider le poisson.
Sortir. [2f]
Ce n’est pas encore le moment. Il faut tuer le temps. Pan ! Boum ! Pardonner. On est seul. On peut tout se permettre. Dieu, le fameux, n’y est pas. On ne l’a pas encore vu, en tout cas. Ni éprouvé, puisqu’il est bien question de cela. Et si un souvenir passait par là, on en fait quoi ? On ne nous a pas donné le mode d’emploi. On a confiance, pourtant. On sait improviser. C’est dans nos gènes, une sorte d’atavisme propre à ce que l’on est. Qu’est-ce que l’on est ? On n’a pas vraiment le mot exact pour le dire. On est de ce qui du corps après la mort doit sortir. L’espace se resserre un peu. Il fait plus chaud encore. On étouffe. On suffoque.
— Atchoum !
Qui a éternué ?

3.

Pourquoi pas ? L’amour.
Parce que c’est trop compliqué.
On oublie et on va faire la vaisselle. Il y a toujours une petite cuiller à laver, quelque part, surtout dans la bassine. Elle trempe, entre deux bulles de savon, un couteau d’office, un couvercle brûlé par les cuissons et un ramequin en Pyrex. Oh ! la belle éponge. Ça va gratter !
On prend ses marques. On oublie encore. Et on descend la poubelle.

4.

Ta main se pose. Je m’en souviens. Elle est d’emblée sur mon ventre, froide. Je frissonne. Tu la retires. Je la rattrape. Tu as cru que je la refusais. Ce n’était pas le cas ; c’est juste mon corps qui a dû gérer la différence de température. Tu ne dois pas avoir peur. Viens. Colle ta peau à la mienne, comme tu aimes. Viens. Viens sur moi. Appuie, fort, écrase-moi de ton poids de judoka. J’aime quand tu es là, même si ta peau est froide. Je la réchauffe. Ton pubis épouse le mien. Ta tête fraie dans mon cou. Tes baisers cherchent mon oreille. Ils trouvent ma bouche. Ma langue ouvre tes lèvres. On s’emballe. [1f] Je pose mes mains sur tes fesses. J’appuie avec toi. J’écarte les cuisses. Nos cliotris se rencontrent, presque ; On y croit. C’est bon.
C’est bon d’y croire.
C’est bon de jouir. On y va. Partir.
Non ! Je veux rester là, près de toi, toi sur moi, bientôt toi dans dans moi, ton doigts, tes doigts, ta main. Et tes baisers. Ta langue, aussi, qui fouit dans ma bouche. Tes lèvres qui reviennent à mon cou. Viens. Entre ; Prends. Fonds. Fonds-toi. Imprègne. Éprouve ; Viens ! Éprouve ton désir de moi.
Caresse-moi.
Pas les seins. S’il te plaît. Je n’aime pas ça.

5.

J’ai mal dans les avant-bras, à l’intérieur, exactement là où l’on se coupe les veine. Du moins, j’imagine que c’est là. Je ne me suis jamais coupé les veines. Je ne pourrais pas. Tout ce sang ! Rien que d’y penser je me sens mal. Je ne supporte pas la vue du sang. Je ne supporte pas l’idée de la vue du sang. L’idée me suffit ; la vue me défaut. Je ne veux pas mourir. Jamais.
Pas maintenant.
Je ne veux pas pisser le sang. J’ai mal. L’intérieur de ms avant-bras est un point de souffrance. Elle sort par là. Ou par le ventre. Ce n’est pas la même. Par le ventre, c’est l’angoisse qui sort. Par les avant-bras, c’est le mal-être. C’est pire. Il aurait pu choisir une voie ouverte, le mal-être, car à travers la chair et la peau, cela fait vraiment mal. Un mal étrange, pas comme un mal de dent. Un mal de mal-être. Et je dois le retenir, sinon je prends le risque de pisser le sang.
Pas maintenant.
Je verrai plus tard pour mourir. Là, ce n’est pas le moment. Mais il faudrait que cela arrête de faire mal.
Maintenant.

6.

On relit une lettre d’amour, celle écrite il n’y a pas si longtemps. Une lettre de rupture. L’amour est en rupture de ban. Si seulement ! Sortir. Peut-être que cela nous permettra d’aimer. La belle affaire ! Il est trop tard. Sait-on lire à présent ?
Ce sont les mots, encore, qui ne dise pas exactement ce qui se passe. On éprouve mais il faut le dire, utiliser les mots que l’on sait mais voir n’est pas voir, entendre n’est pas entendre, lire n’est pas lire, penser n’est pas penser, etc. On se comprend. C’est l’essentiel.
 ??? [Développer]

7.

« JF, 47 ans — on était encore jeune à cet âge-là — cherche âme éclairée pour m’aider à t’aimer. »
 ??? [Développer]
« JF, 47 ans — on était encore jeune à cet âge-là — cherche âme éclairée pour me guider dans mon amour. »
« La guider » ? Ce n’est sans doute pas le bon terme. On a du mal à trouver ses mots depuis qu’on est enfermée là, à attendre, comme si les mots n’avaient plus de matérialité, juste du sens. Ça commence à manquer sacrément d’air frais. C’est drôle ; on n’a plus besoin de respirer et pourtant on réclame de l’air. C’est une image. Éprouver. Se jeter dans le vide. Voler.
« JF, tout sa vie — on le restera — cherche âme douce et éclairée pour aimer à ma place. »
C’est idiot ! Plus rien n’est idiot. Ici tout a droit de cité.
C’est désespéré.
Il nous faudrait au moins une chanson de Joe Dassin pour remettre un peu de joie dans tout ça. L’équipe à Jojo ? C’est parfait. [3f]


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[3dDébut-2011:01:11

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[1dDébut-2011:01:03

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[1fFin-2011:01:03

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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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