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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-5 avril 2011



Cy Jung feuillets — V-01 5 avril 2011

 [55d]

31.

On dirait qu’il fait nuit, encore. Même la chair semble s’être mise au repos. L’oreille pendouille sans se balancer. L’œil est devenu terne. Le cerveau a atteint la consistance d’une épaisse soupe de lentilles mais ne coule pas. Peut-être attend-il une ouverture à moins que lui ne soit pas destiné à sortir mais à se figer, sur place. Sécher. Et le clitoris ? Il résiste, planqué sous son capuchon la tige encore ferme. Sera-t-il le dernier à se déliter ? Il est en compétition directe avec les tétins que la mise en orbite a placé sous vide. Les paris sont ouverts. Gageons que l’on aura la réponse assez vite. On a autre chose à faire que de départager des zones érogènes en décomposition.
Sortir.
Par exemple.
Aimer. Peut-être. Pardonner. Et reprendre la liste.
On doit la compléter. [54f] Il y a forcément quelque chose qui manque. On cherche une feuille blanche. On trouve la lettre d’amour. C’est parfait. On attrape un stylo. On se gratte la tête. On hésite. Que manque-t-il ?
« Une carte d’état-major. Un mitigeur. Une boule de lavage. Un brin d’herbe. Une capsule. Un déb… »
Non. Ce n’est pas compléter dont il s’agit, c’est établir ce qui manque. Et d’ailleurs, que pourrait-on bien faire d’une carte d’état major, d’un mitigeur, d’une boule de lavage, d’un brin d’herbe, d’une capsule et d’un débardeur ? On l’ignore. C’est justement le souci ; ce qui manque n’est pas forcément très utile et ce qui serait utile ne manque pas forcément.
Ce qui manque ou ce qui manquait ? Ce qui a manqué ?
Ce n’est pas la même liste. On l’a pressenti. On a pris une page vierge. Cela devrait satisfaire aux exigences formelles de l’exercice.
On reprend.
« Un éléphant. Une tondeuse. Un élastique. Des cotillons. Un préservatif. Une mèche de cheveux. Une calculatrice. Une colonne de direction. Une règle. Un tube de colle blanche. Un brocolis rose. Une pagaie. Un camion. Un casque. Un as de pique. Une route de montagne. Un oignon. Une pince multiple. Un cadavre. Une vitre. Une cruche. Un… »
Ah ! la Samaritaine. Jésus avait du goût, c’est sûr. On attrape la poupée au vol et on la rassoit sur nos genoux. On lui caresse la joue. On lui demande comment elle va. « Très bien, répond-elle. L’orbite est un endroit céleste. » On est contente pour elle. On lui propose de rester un peu. Elle accepte. On la remercie. On lit la liste par-dessus son épaule. On comprend que l’on s’est trompée. Rien de tout ce qui est inscrit ne nous a jamais manqué à part la pagaie, peut-être, pour avancer.
Et le camion, pour rouler. Transporter. Aller. Conduire.
Sortir.
Évaluer le manque.
Respirer.
Était-ce l’air qui manquait ? Ce n’était en tout état de cause pas les objets. Les gens peut-être. Et le sourire de la poupée. La lame du couteau suisse et les mots du dictionnaire. Les gens, des autres. Des sentiments. Des sensations. Le pouvoir. L’être. On chassait les émotions à l’arbalète. On avait peur de souffrir. La poupée réclame que l’on ajoute une robe à la liste. La pauvre ! On mange la liste. On dissèque la poupée. Elle n’a pas de cœur. On savait bien qu’il lui manquait quelque chose. On cherche d’où venait ce vide.
On cherche ce qui nous manquait et qui aurait été utile.
Utile à quoi ? À la joie, au bonheur. On n’est pas sortis de l’auberge.
Sortir, justement.
On cherche.
— Bon chien !
Ça suffit !
Aimer. Rire. Penser. Jouir. Débiter. Cogner. Savourer. Vivre.
Était-ce les verbes qui manquaient ? On n’ose plus ouvrir le dictionnaire. On craint qu’il ne soit désormais vide. [55f]


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[55dDébut-2011:04:05

[54fFin-2011:04:04

[55fFin-2011:04:05





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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