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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-1er avril 2011



Cy Jung feuillets — V-01 1er avril 2011

 [52d]

27.

Un étrange silence règne. Plus rien de pète, plus rien n’explose. On entend quelques écoulements et autres goutte à goutte, quelques chuintements, des « Psssss… » ou des « Pffuittt ! », quelques craquements. Une clochette tinte. Une clochette ? Serions-nous à l’enterrement ? Ou seulement à la mise en bière ? Pourvu que le corps ne soit pas incinéré ; il nous faudrait nous trouver un autre refuge, sortir sans vraiment y aller. [25f] On panique. On ne veut pas brûler ! On veut que l’on nous laisse là le temps nécessaire. Que l’on nous enterre pour nous donner le temps. On tend l’oreille. Un chant nous parvient. [51d]

28

Je pose deux doigts sur ma pommette. Elle est brûlante. Un hoquet secoue ma respiration. Je gaine. Je plisse les yeux. La lumière entre à peine. Elle m’éblouit encore. De l’intérieur, la source arme son flot. Je me voûte. La brûlure réclame un peu de fraîcheur. Je ne veux rien lui céder. Je contiens. Je résiste.

29.

On attend. Le silence extérieur est revenu. On dirait que c’est la nuit. Il fait un peu froid. Le corps ne goutte plus, ni ne chuinte, ni ne craque. Il se délite sans bruit mais on le sent toujours là, mu par sa propre décomposition.
On écouterait volontiers un nouveau morceau de musique, quelque chose de doux et de rythmé à la fois. Cela manquait tout à l’heure ; Lady Gaga. Non ! il ne faudrait pas que la chair se croie autorisée à entamer une danse avec des pseudo-baisers lesbiens en prime ; les morceaux risqueraient de s’éparpiller au-delà de ce que la putréfaction autorise.
Un peu d’ordre doit régner.
On portait pourtant des chemises fripées, sauf si Jeanine les repassait.
Elle inventait aussi des plats pour nous régaler. On salive à l’idée d’un gratin de légumes aux crevettes ou d’une pizza aux ingrédients impossibles. On bave. On essuie le coin des lèvres d’un revers de kimono suisse. On tend encore l’oreille. Il n’y a véritablement aucun bruit. Ce n’est pas si désagréable. On avait peur pourtant, avant, quand il n’y avait pas trace sonore d’une présence. On avait peur du vide. On se sentait comme abandonnée, perdue, égarée. Ici, c’est différent. Le silence ne raisonne pas comme un vide qui lui ne raisonne pas comme un manque. On éprouvait souvent le manque. Cela nous faisait souffrir. Beaucoup. On ne veut plus souffrir.
Sortir.
On doit conjurer le mal qui nous ronge.
On doit encourager la chair qui se délite. On jette l’oreille qui n’entend plus rien. Un tendon la ramène contre la tempe. On joue au yoyo quelques minutes. On se lasse. On revient au silence.
On monte le chauffage pour accélérer le processus de décomposition.
On branche le fer.
On repasse la chemise. On met un pantalon propre. On cire nos chaussures. On On se lave les dents. On se coiffe. On vérifie dans le miroir que l’on est prête.
On ressemble à un croque-mort.
On ne change rien. C’est de circonstance.
Sortir.
Qu’est-ce qui nous manque ? Rien, on l’a dit. On reprend la liste, pour vérifier. Une Bible, un dictionnaire, un poisson qui pue, un couteau suisse, une tartine, un oreiller, une couette et un tire-bouchon. Depuis, on a ajouté une échelle, une poupée, une paire de merguez, Jacques Lacan, une tarte au fraises, un pétard, une boite de champignon, Dieu, une lettre d’amour et une corde à linge. On thésaurise. Et le vide devient plus grand. On n’a rien fait de la couette. Et Dieu, on l’a mis au rancard. C’est sans doute le plus à plaindre, dans cette affaire. Il s’en remettra. [52f]


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[52dDébut-2011:04:01

[25fFin-2011:03:01

[51dDébut-2011:03:31

[52fFin-2011:04:01





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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