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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-31 mars 2011



Cy Jung feuillets — V-01 31 mars 2011

 [51d]

28

Je pose deux doigts sur ma pommette. Elle est brûlante. Un hoquet secoue ma respiration. Je gaine. Je plisse les yeux. La lumière entre à peine. Elle m’éblouit encore. De l’intérieur, la source arme son flot. Je me voûte. La brûlure réclame un peu de fraîcheur. Je ne veux rien lui céder. Je contiens. Je résiste.

29.

On éprouvait souvent un manque, un vide, sans savoir si les deux correspondaient à la même chose. Cela nous faisait souffrir. Beaucoup. On ne veut plus souffrir.
Sortir.
On doit conjurer le mal qui nous ronge.
On doit encourager la chair qui se délite.
On monte le chauffage.
Sortir.
Qu’est-ce qui nous manque ? On reprend la liste. Une Bible, un dictionnaire, un poisson qui pue, un couteau suisse, une tartine, un oreiller, une couette et un tire-bouchon. Depuis, on a ajouté une échelle, une poupée, une paire de Merguez, Jacques Lacan, une tarte au fraises, un pétard, une boite de champignon, Dieu, une lettre d’amour et une corde à linge. On thésaurise. Et le vide devient plus grand. On n’a rien fait de la couette. Et Dieu, on l’a mis au rancard. C’est sans doute le plus à plaindre, dans cette affaire. Il s’en remettra.
Et la Samaritaine ? On y trouvait tout. On n’y trouve plus rien. Un grand hôtel a pris la place. Le champagne y coule à flots. On se gratte le nez. On n’a jamais aimé le champagne. On trouvait que ça sentait le poisson qui pue. On préférait les lettres d’amour. À chacune, l’émotion nous tirait une larme et, comme pour le dictionnaire, la larme effaçait les mots alors que les mots n’effacent rien.
C’est trop compliqué.
— C’est comme l’amour.
Et le pardon.
On était en manque d’amour. On aurait voulu… Quoi ? On aurait voulu quoi ? On n’a jamais su. Peut-être une pizza à la place de la tarte aux fraises ? Une pizza avec des merguez, mais sans moutarde. Une pizza pas trop cuite, avec une pâte plutôt épaisse. Une pizza en entée. Une tarte au fraises pour le dessert. Ça fait beaucoup ! Et ça ne comble pas.
Ça remplit.
Ça écœure.
Ça vomit.
Non, ça c’est l’estomac qui libère ses dernière humeur. Ça mousse comme du champagne. On trinque à la santé du dictionnaire. On l’ouvre au hasard. « Faillir ». On n’a jamais cru au hasard.
Qui a failli ?
On court le long de la voie de chemin de fer. L’air est frais. Le soleil nous sourit. On transpire. On souffle. L’air manque. On jette un louche de pâte dans la poêle à crêpes. Elle crépite. On l’étale d’un savant coup de poignet. On repose la poêle. On décolle les bords de la tranche d’une spatule en bois. On ne la fera pas sauter. 12, rouge, pair et manque.

30.

Je plisses les yeux. Je déglutis. Les vases communique. Je pleure. [51f]


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[51dDébut-2011:03:31

[51fFin-2011:03:31





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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