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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-25 mars 2011



Cy Jung feuillets — V-01 25 mars 2011

 [49d]

22.

On résume.
Sortir.
Non. Aimer. Sortir viendra quand la chair aura fondu à moins qu’il n’existe une issue dont on ignore encore la voie. Les deux hypothèses se valent bien que l’on ait une préférence pour la seconde, peut-être parce qu’elle est plus volontaire, peut-être parce que marcher nous faisait du bien, peut-être parce qu’il serait temps de rompre avec la contrainte du corps, peut-être parce que l’on obéit à la liberté. Peut-être. Sûrement.
Agir. Bouger. Décider. Penser. Voir.
Aimer, cela reste trop compliqué. On doit s’y appliquer. On le sait. Il nous manque une clé. Elle est là-bas, toujours accrochée au lourd trousseau posé sur l’étagère dans l’entrée. On ne sait pas plus l’attraper. On caresse la joue de la poupée. Cela avive le souvenir. Aimer. On essaie depuis combien de temps ? On l’ignore. On coupe à l’atout. On souffle de la salive dans le logement du jack. La musique revient. Elle nous berce.
Aimer. Et l’on songe à une berceuse.
Ce doit être à cause de la poupée. On doit s’en débarrasser. Grandir. Pourquoi pas, grandir ? Est-ce ce qui nous manque pour aimer ? La poupée n’y est sans doute pas pour grand-chose. Tant pis. On doit faire un sacrifice. On l’embrasse, on l’assoit sur la boîte de champignons et on l’envoie au ciel. Elle fera un bon messager. On bat des mains ! On rit ! On chante ! On danse ! On rit encore. On essaie. Quelque chose cloche. La joie est feinte. [44f] On verse une larme. Une seconde la rejoint. Les deux s’écrasent sur la lettre qui resurgit alors qu’on l’avait soigneusement enfouie dans les viscères. L’avait-on déchirée ? Qu’importe ! On ne doit plus déchirer les lettres d’amour. On en reçoit si peu et le temps est là pour les restaurer dans leur vérité.
La leur.
On n’a jamais su de la vérité que ce qui nous blessait.
On déglutit. On fait la lippe puis une boule de la lettre. On la planque sous une rotule. Le fémur grince. On l’ignore. On ressort le dictionnaire. On s’assoit dessus en suçant son pouce. L’appareil en métal nous empêche d’épouser le palais avec la pulpe du doigt. N’aurait-on pas dû nous le retirer ? Et la bague ? Au judo, il fallait l’enlever avant de monter sur le tatami. Ne pas blesser. Jamais. On a pourtant tellement envie de cogner.
Toc ! Toc !
Entrer. Non, sortir.
Aimer.
« Hajime ». C’est du japonais. Cela veut dire que le combat commence. On brandit les merguez. À vos marques. Prêt. Partez !
On force sur les appuis et on gicle.
On confond encore. On doit se séparer. Diviser. Fendre. Restituer la bague et le dentier. Aimer. On se coupe avec le tire-bouchon. On s’étrangle avec la corde à linge. On se brûle avec l’amour. On se consume. On forme un petit tas de cendre. Personne ne nous ramasse. On doit se reconstituer. On cherche un tube de colle. On trouve une pâte à pizza. Elle colle. C’est parfait. On s’agglutine. On s’étale. On ajoute de la sauce tomate, des anchois, de la mozzarella et du basilic. On se fait cuire. On ne doit pas se perdre. On ne doit plus.
Aimer.
Sortir.
On coupe la poire en deux et on en nappe les moitiés de chocolat chaud et de quelques amandes grillées. Avec de la chantilly, le foie chancelle. On y renonce. La poupée fait sa première révolution. « Aimer, c’est donner. » On arrête la phrase à cet endroit. [45d] C’est aussi bien. Donner. Et prendre. Compter. On aurait voulu compter, pas les pièces dans le porte-monnaie ; compter, être considérée. On a envie de pleurer. Aimer. C’est maintenant ou jamais. Rire. Pleurer. On aurait voulu vivre sans résister. On aurait voulu… On n’est pas là pour regretter. [43f] [46f] On est là pour quoi, alors ?
Pardonner.
C’est encore plus compliqué que d’aimer.
On oublie.
On résume.
Voilà. On s’est plantée. L’arbre a traversé la route alors que l’on roulait sans permis une main sur le volant, l’autre sur la cuisse de la poupée. On s’est écrasée. Le Samu est arrivé. On a été désincarcérée. Le cerveau était en bouillie. On nous a déclarée morte. On n’a pas protesté. On a sucé son pouce comme un bébé. On a fait caca et le nichon a explosé. On croyait pourtant que le corps savait. Il était impuissant, comme le reste. Maintenant, il se délite. Il s’enfuit. Et on est là, les fesses dans l’herbe mouillée du talus, la poupée déchiquetée et l’œil éteint. L’arbre a été transformé en papier. On y a imprimé une Bible et un dictionnaire. On s’est logé un couteau dans le dos. On a pleuré. Les mots se sont dissous au rythme de la chair qui pourrit. Le silence a couvert l’explosion. On a renoncé.
Aimer.
On aurait dû parler. On l’a fait. Puis on n’a plus eu rien d’autre à dire que souffrir. À l’amour, les mots sont parfois étrangers.
Pleurer. On n’est pas là pour regretter. Pardonner. Vivre. Retrouver qui l’on est. S’y ancrer. Pardonner. On doit y arriver. On serre le poing. On regarde passer la poupée. On fronce un sourcil. L’autre est déjà occupé. Il manque un écrou à la tarte aux fraises. [49f]


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[49dDébut-2011:03:25

[44fFin-2011:03:18

[45dDébut-2011:03:20

[43fFin-2011:03:17

[46fFin-2011:03:21

[49fFin-2011:03:25





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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