[

Les Feuillets de Cy Jung

]
Feuillets

V01-21 mars 2011



Cy Jung feuillets — V-01 31 mars 2011

 [46d]

Mieux vaut jouer à l’élastique, ou au jeu des sept familles.
On a viré Lacan. On n’a plus de famille. [27f] [35d]
Sortir.
C’est à pleurer.
On voulait rire et voilà où cela nous mène. Dans une impasse, une voie sans issue, un corps sans canaux d’évacuation. C’est impossible, impossible que tout soit ainsi bouché alors que l’ensemble se délite. On va trouver. On n’a guère le choix. On refuse de se décomposer sans luter, là, à l’instar de la chair qui se laisse dépouiller d’elle-même. On doit revenir à la vie.
C’est quoi encore que cette histoire, « revenir à la vie » ?
On déraille ; il n’y a que Jésus à qui s’est arrivé, d’après ce que la rumeur dit. Sortir. On va devoir creuser. On réclame un marteau-piqueur. Il faut au moins ça pour fendre la croûte terrestre. Il doit faire si bon à l’intérieur et sans doute que l’odeur est moins nauséabonde. On prend la main de la poupée. On fabrique une fronde avec l’élastique et on envoie valser la tartine. On reprend Lacan. Il peut toujours servir. On récupère aussi les merguez. On ajoute de la moutarde. On en badigeonne l’intérieur du pain. On revient au jeu de l’amour. On doit établir les règles. C’est urgent. [34f] On en a besoin, pour sortir. Attendre. Jouer à la marelle. [44d]
Faut-il fuir ou gagner l’enfer ? On doit y réfléchir. On a le choix entre la Bible et le dictionnaire. À ce stade, on préfère la tarte aux fraises.

21.

On résume.
Sortir.
On est là depuis combien de temps ? L’horloge du téléphone portable ne fonctionne plus. À l’odeur, on pourrait dire… On l’ignore. On n’avait pas fait d’études de thanatologie. On ne sait donc rien de la putréfaction des corps et pourtant, on affronte, la tête haute et les épaules larges, cette chair qui nous quitte. Les muscles n’ont pas l’air très entamés. Les organes se vident, l’estomac, le foie, l’intestin. On dirait que même dégagés de leur cavité les yeux brillent toujours, surtout le gauche, celui qui a vu l’érection divine. Une côte a pris la tangente. Les paumons ont les alvéoles pleines d’une épaisse liqueur. Le reste tient.
Pour celles et ceux que cela intéresse, les seins, après avoir explosé, ont recouvré une certaine plasticité en dépit de la mise en orbite des tétins. Et le clitoris ? On oublie toujours le clitoris. On le néglige. Il proteste et se renfrogne. Il est un peu boudeur, de nature. Là, il semble apaisé. Il flotte sous son capuchon, comme rétracté, rétréci, serein. Il est sous protection. Il se repose. Cela donne envie de lui avancer une chaise longue avec un plaid tricoté main et de lui servir une orangeade. Avec ou sans paille ? Ah ! si on lichait à petites gorgées tous les clitoris du monde plutôt que de se les enfiler cul sec.
On oublie. On se fait du mal. Le clitoris est mort. Le temps de la jouissance a expiré. Feu la vulve. Feu le point G. La nostalgie nous gagne. On ne doit plus y penser. Et à l’amour, on y pense ? Plus tard. À cet instant, on établit le bilan clinique. Mais l’état de l’amour, n’est-ce pas aussi de la clinique ?
Pan !
Cette fois, on a vraiment tué Lacan ; qu’il se taise à jamais. [42f] A-t-on éliminé quelqu’un d’autre ? Un ver de Victor Hugo remonte l’œsophage et sort par l’orbite vacante. « L’œil était dans la tombe et regardait Caïn. » On le préfère en voyeur dans la culotte de Dieu à moins qu’il n’en porte pas ce qui enchâsserait l’œil directement entre les testicules. C’est grotesque ! Dieu n’a rien de tout ça, ni globe oculaire, ni slip, ni génitoires. Dieu n’a rien. Il est. On aime la nuance. On la voudrait pour soi. Le corps nous échappe. L’être gicle et l’on en prend plein les merguez pendant que les oreilles en pissent leur cérumen. On s’essuie le visage avec un pan du linceul. On prend la poupée sur les genoux. On lui demande ce qu’elle en pense de l’être et de l’avoir. Elle répond que tant que l’os n’aura pas libéré la moelle, on ne saura rien de la substance. Sacrée poupée ! On l’embrasse. Elle rougit. On s’arrête là. Il y a plus urgent que de mettre une barrette dorée dans ses cheveux et de lui poudrer le nez.
Sortir. C’est de plus en plus compliqué.
On se concentre.
On passe la rate. On chatouille le pancréas puis on tâte le cœur d’un pied de l’échelle. La texture est bonne, plus élastique que celle du foie. Une bonne purée décorée d’un brin de persil irait bien avec ça. Le cerveau peut faire l’affaire. Il résiste. Il ne veut pas finir en bouillie comme si le corps était mort par choc frontal. Les neurones se tiennent encore par le synapse et, pour le coup, c’est un peu de beurre qu’il nous faudrait pour le passer à la moelle.

22.

On résume.
Sortir.
Non. Aimer. Sortir viendra tout seul quand la chair aura fondu à moins qu’il n’existe une issue dont on ignore encore la voie. On caresse la joue de la poupée. Cela avive le souvenir. Aimer. On aime depuis combien de temps ? On l’ignore. On n’avait pas fait d’études de cardiologie. Le cœur garde ses secrets. On coupe à l’atout. On souffle de la salive dans le logement du jack. La musique revient. Elle nous berce.
Aimer. Et l’on songe à une berceuse.
Ce doit être à cause de la poupée. On l’assoit sur la boîte de champignons et on l’envoie au ciel. Elle fera un bon messager. On rit ! On chante ! On danse ! On rit encore. On essaie. Quelque chose cloche ; c’est évident. La joie est feinte. [44f] On verse une larme. Une seconde la rejoint. Les deux s’écrasent sur la lettre qui a surgi de nulle part. Ne l’avait-on pas déchirée ? On ne doit pas déchirer les lettres d’amour. Le temps les restaure dans leur vérité. On en fait une boule et on la planque sous une rotule. On ressort le dictionnaire. On s’assoit dessus en suçant son pouce. L’appareil en métal nous empêche d’écraser la pulpe du doigt sur le palais. N’aurait-on pas dû nous l’enlever ? Et la bague. Ai judo, il fallait l’enlever.
« Hajime ». C’est du japonais. Cela veut dire que le combat commence. On brandit les merguez. À vos marques. Prêt. Partez ! On décolle.
On confond encore. On doit se séparer. Diviser. Fendre. Enlever la bague et le dentier. Aimer. On se coupe avec le tire-bouchon. On s’étrangle avec la corde à linge. On se brûle avec l’amour. On se consume. On forme un petit tas de cendre. Personne ne nous ramasse. On doit se reconstituer. On cherche un tube de colle. On trouve une pâte à pizza. Elle colle. C’est parfait. On ne pas se perdre. On ne doit plus.
Aimer.
Sortir.
On coupe la poire en deux. « Aimer, c’est donner. » On arrête la phrase à cet endroit. [45d] On a envie de pleurer. Aimer. C’est maintenant ou jamais. Rire. Pleurer. On aurait voulu vivre sans résister. On aurait voulu… On n’est pas là pour regretter. [43f] [46f]


--------------

[46dDébut-2011:03:21

[27fFin-2011:02:16

[35dDébut-2011:03:01

[34fFin-2011:02:28

[44dDébut-2011:03:18

[42fFin-2011:03:15

[44fFin-2011:03:18

[45dDébut-2011:03:20

[43fFin-2011:03:17

[46fFin-2011:03:21





Feuillet précédent / Feuillet suivant
Retour à tous les Feuillets


Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Lire le Feuillet du jour.



Si vous êtes éditeur,
découvrez les manuscrits de Cy Jung
ici.