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Les Feuillets de Cy Jung

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Feuillets

V01-20 mars 2011



Cy Jung feuillets — V-01 20 mars 2011

 [45d]

On a envie de pleurer. Aimer. C’est maintenant ou jamais. Rire. Pleurer. On aurait voulu vivre sans résister. On aurait voulu… On n’est pas là pour regretter. [43f]

23.

Les draps sont froids. Je me recroqueville, le coin de la couette serré dans une main, la seconde à plat entre mes cuisses, les pieds emboîtés l’un dans l’autre. Je voudrais grelotter mais mes chairs coagulent. Mon sang circule à peine. Il va du cœur au cerveau, avec un détour de pure nécessité par les poumons. Ils s’essoufflent. Je me crispe. Je me rétracte. Je rétrécis. Il faudrait que je bouge ne serait-ce qu’un orteil pour remettre le radiateur en route. Je ne peux pas. Un vent glacé me recouvrirait, me roulerait dans son tapis et me porterait jusqu’à ces steppes lointaines où le givre règne en maître. Une stalactite me perce le cœur. Il cesse de battre. La douleur est si vive qu’elle le relance sans que ses battements ne soient assez profonds pour que frémissent mes tempes.
Un soupir me secoue. Je bloque l’ondulation. Je suis plongée dans un bain d’azote liquide. Mes ovules surgèlent. Je dois pousser sur les bras pour relever le couvercle de la bonbonne. Je me fige. La chambre froide est suspendue de carcasses bovines éviscérées. Une alarme sonne. Vite ! Ma conscience émerge une fraction de seconde. Mon souffle expire entre matelas et couette ce qu’il lui reste des trente-sept degrés intérieurs. L’air est bloqué par une congère. Je me ratatine. Je suis incapable de bouger. Mon cerveau semble le dernier à fonctionner. Je l’appelle. Je l’implore. Mes sourcils se froncent. Une douleur d’effort barre mon front. Il y a là un désert. Mon parachute est étalé sur le sol. Des militaires courent vers moi. Ils me donnent à boire. Je souris. Elle est là. Elle me guide jusqu’à son hélicoptère et me donne un joli blouson d’aviateur. Elle me prend dans ses bras. Mon corps se brise aussitôt en mille pièces. Elle sort une pelle et une balayette. Trop tard ! Les cristaux ont fondu au soleil ; la vapeur est montée au septième ciel et s’est mue en nuage.
Je suis transie, la chair en miettes réparties dans des milliers de grêlons. Elle n’a pas pensé à me protéger dans la glacière. Elle s’évapore à son tour. Je suis seule. Les draps sont toujours aussi froids. Je dois me rassembler. Ma main vole au secours de ma pensée. Elle remonte entre mes cuisses. Elle peine à les ouvrir. Il lui faudrait un mobile. Un doigt se hisse jusqu’à ma vulve. Il ne rencontre qu’une chair molle, décatie, pourrie, viciée. Il se tire. La main revient se caler plus bas, presque au niveau des genoux. L’autre main serre toujours la couette. Le nez souffle un air tiède. La peau transpire une sueur glacée. Je m’éteins. Mon cœur se serre. Ma gorge l’imite. Je suis raide de toute pensée, percluse, dépossédée. Ma main tente une dernière sortie. Elle se disloque en route. Trou noir. [<38d>Début-2011:03:04]]

24.

On n’oublie pas. Pas question.
On a encore quelques comptes à régler.
On n’a pourtant dit que l’on n’était pas là pour régler des comptes. Et pourquoi pas ? On a bien le droit de se défouler un peu et puis, là où l’on est, on ne risque plus rien. Ou presque. Qu’importe si l’on risque quelque chose. On aurait de toute façon tort de nous taire.
On s’est trop tue.
On a été lâche à ne pas dire. On en a perdu l’histoire là où on voulait la garder. On se retenait. On se blessait. On se froissait. Et on prenait des coups. On en donnait.
Vlan !
Et boum ! Badaboum ! « Dis-moi que l’amour ne s’arrête pas. »
Non, on ne le dit pas. On n’y pense pas. On pense à sauver sa peau. On pense à relever la tête. On esquive le coup qui part. Il porte quand même. On doit arrêter ça.
Sortir.
On prend la tarte aux fraises et on balance. Ça tache plus que les merguez dans le pain. [45f]


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[45dDébut-2011:03:20

[43fFin-2011:03:17

[45fFin-2011:03:20





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Tableau de bord

13 novembre 2013

[Petit déroulé : 30:06 ; 3,8 km. Texte en reprise]

Je démarre cette matinée de travail avec l’idée que je vais aller au bout de cette V-06. Il me reste sept pages à relire et, sauf urgence à réécrire la fin (cela arrive), je devrais aller rapidement au bout ce matin. Je remettrai ensuite ce texte en jachère en espérant qu’un jour il sorte de cet ordinateur et rencontre un éditeur qui me le fasse travailler afin de le publier.
Vain espoir ? Je repousse la question à une autre fois et pose ma balise. Mon écran est baigné de soleil. Aimer. Ce n’est pourtant pas si compliqué.

Un « comment » était amputé de son « nt » ; je le lui rends.
Et je suis au bout de mon texte. J’avais oublié qu’il se termine sur la lettre d’amour, celle encore à écrire. Je suis bien aujourd’hui dans cette fin. Surtout les deux dernières phrases. Je m’arrête donc là et m’en vais écrire ma prochaine nouvelle en e-criture. Je suis heureuse d’avoir eu l’idée de relire ces Feuillets. Je n’avais vraiment pas mesuré leur portée ; littéraire, je ne sais pas ; mais personnelle, c’est sûr.
Je vous tiendrai au courant de la suite, ici, ou sur mon site ou ma page Facebook. À très bientôt, donc. L’écriture ne s’arrête jamais… Comme l’amour ? L’amour ? Je ne sais pas. Aimer ?
Aimer.
Ce n’est pourtant pas si compliqué.

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